Samedi 7 décembre 2013
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Chronique du jour : Lettre de province
4e mandat : scepticisme et voix contraires


Par Boubakeur Hamidechi
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«Bizarre… Bizarre ! Vous avez bien dit bizarre ?» Cette réplique d'acteur de cinéma n'illustre-t-elle pas, à juste propos, les scrupules d'un animateur de comités de soutien à Bouteflika ? Une étrange pirouette d'un partisan du Président qui, pour lui prouver son indéfectible approbation à sa longue trajectoire, le prie de «renoncer, cette fois-ci, à un 4e mandat»(1). Sans doute que les déclarations de ce genre sont tellement rarissimes qu'elles sont a priori perçues comme des galéjades. Or, il n'en est rien. Le sieur Touhami existe bien dans le vieux catalogue de ces fameux comités et qu'il avait même occupé les estrades des campagnes en 2004 et 2009 pour chauffer les salles. Mais alors comment expliquer cette conversion qui lui vaudra certainement quelques volées de bois vert de la part de ceux qui se préparent à dire et faire le contraire. Qu'il soit accusé de félonie politique ou, à peine d'absurdité discursive, ne gomme pas le contre-pied tactique qu'il propose et dont il a pris le soin d'étayer. En laissant entendre que, dans le contexte présent, le Président serait l'otage de lobbys, il vole à son secours en l'alertant au sujet du conditionnement dont il serait la proie. «Partir», selon lui, serait par conséquent la meilleure façon de parapher une grande trajectoire politique. Or, malgré le caractère déconcertant de l'appel de ce fidèle prétorien du régime, l'on ne peut s'empêcher de relever qu'il est frappé au coin de bon sens par son contenu. Sauf que toutes ses références à l'inéluctabilité d'un nouveau «processus historique» sont entendues différemment par l'élite politique en place depuis un demi-siècle. Et c'est ce terrible constat qui de nos jours paralyse le pays. En effet, il va falloir rappeler en toutes circonstances que c'est à travers les péripéties du mouvement national et les origines des pouvoirs que les héritages politiques se sont imposés comme des marques de fabrique. L'on demeure scrupuleusement légaliste ou culturellement putschiste selon que l'on se reconnaisse dans les crédos de la plateforme de la Soummam (20 août 56) ou que l'on se définisse comme les dépositaires d'une légitimité conquise dans le fracas de l'été 1962 et confortée par un coup d'Etat en 1965. La dualité de ces deux visions pèse toujours dans la détermination de ce que doit être le pouvoir dévolu. D'ailleurs, c'est à travers le concept de l'alternance que l'on peut facilement identifier «qui est qui» et, dans le même temps, étalonner le déficit démocratique de nos régimes. L'actuel chef de l'Etat n'a-t-il pas été justement «exemplaire» par sa fidélité aux dogmes ayant prévalu de 1965 à 1995 ? Son abrogation de la règle limitative des mandats en novembre 2008 est significative à plus d'un titre. Révélé à l'opinion pour ce qu'il est, dès le 3e mandat, le voilà rattrapé par des impondérables de santé, lesquels posent bien plus des problèmes à l'Etat qu'à son devenir personnel. Autrement dit, l'extraction politique, qui l'avait enclin à s'accrocher au pouvoir par n'importe quel artifice constitutionnel en 2009, serait-elle encore un moteur de l'ambition en 2014 ? Mais cette fois, les perspectives, aussi bien humaines que nationales, deviendront dangereusement aléatoires. Avec à sa tête un Président septuagénaire déclinant et aux capacités de travail limitées, l'Algérie pourra-t-elle prétendre encore être gouvernée ? Si la question est clairement abrupte, c'est qu'elle s'impose depuis des mois à l'opinion.
Or, face à l'angoissante incertitude qui pèse sur le pays, le porte-parole attitré administre des discours soporifiques. Sellal a, en effet, recours à la méthode Coué en guise de thérapie. Sauf qu'il s'épuise à convaincre à force de répéter les mêmes incantations et que les échéances légales se rapprochent sans que rien ne semble encore se décider. Or, en politique et notamment dans les moments graves, aucune source ne peut être crédible en dehors de celui qui est en charge du destin de la nation. Par n'importe quel moyen d'expression, il est maintenant du devoir du président de la République de trancher devant le peuple de ses intentions afin de libérer les initiatives et que puisse s'organiser la prochaine présidentielle avec ou sans sa candidature. Aussi bien les partis que l'opinion supputent d'ailleurs sur des scénarios et craignent, à bon droit, que les cabinets qui s'activent en secret essayent de trouver la formule magique pour une reconduction plébiscitaire, sans même des candidats de témoignage.
Autrement dit, vise-t-on à organiser en avril prochain un référendum d'allégeance au nom de la «stabilité» ? Serait-ce là un vœu auquel son entourage travaille à sa réalisation ? Pourquoi pas, car dès l'instant où tous les formalismes de la compétition seront balayés, il leur importe peu que l'urne du jour «J» devienne alors une urne funéraire pour les libertés politiques. Il est vrai que sur ce sujet, l'on n'a pas d'état d'âme au sein de cette caste. Tant il est exact qu'entre un Aït-Ahmed, par exemple, et un Bouteflika il y a autant de différence dans leur culture politique qu'il y avait eu entre le Robespierre de 1789 et le consul Bonaparte de 1803. Voila comment l'on évolue du légalisme des urnes vers le putschisme rampant.
B. H.

(1) Lire dans El Watan du jeudi 5 décembre l'entretien intitulé «Renoncez à un 4e mandat» (P3).

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