Dimanche 5 janvier 2014
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Chronique du jour : Ici mieux que là-bas
J'ai décidé... d'être heureux !


Par Arezki Metref
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En un battement de cils, 2014 est déjà là, bien charpentée sur ses ergots ! Ne se démontant jamais, votre serviteur a pris une résolution. Oui, parfaitement, une résolution. Pas deux, pas trois, une seule ! Laquelle ? Pas du genre déjà vu ! J’arrête de fumer ? A mon âge, ce genre de truc ne modifie pas substantiellement la suite du feuilleton. Encore moins sa fin ! J’arrête de boire du jus d'orange d'abricot ? Kif-kif la même chose ! Je fais du jogging ? N'ayant jamais appliqué cette résolution dans mes jeunes années, ce n'est sûrement pas maintenant que je vais m'y mettre. Et puis avec la rate qui se dilate et le ménisque qui prend des risques !...
Ma résolution est plus simple et plus,— disons —, copernicienne.
Promis, juré, j’arrête le pessimisme. J’arrête de broyer du noir. De boire le verre à moitié vide. De me manger le sang. De cafarder grave. D'avoir le bourdon aigu. Le blues. J’arrête tout ça, quoi !
Je bazarde l'intégrale de ce bon vieux grincheux de Cioran, l’œuvre complète de Nietzsche. Je fais un autodafé des opuscules qui hantent le rayon «philosophes pessimistes» de la grande bibliothèque de l’humanité : Montaigne, La Rochefoucauld, Schopenhauer, Giacomo Leopardi et j'en passe. Je ne m’enivrerai plus de syllabes fielleuses.
A la poubelle, ce morceau de pensée mortuaire du susdit Emil Cioran : «C'est dans ses intolérances que l'homme est un homme. Quelqu'un t'a fait du tort ? Couve la haine en toi, nourris ta rancœur secrète et chauffe la bile dans tes veines.» Même de mon vieux pote Si Mohand ou Mhand, je ne garderai que quelques corolles de fleurs parsemées dans cet enfer d'épines et de pierres tranchantes qu'ont été sa vie et son œuvre. Peut-être qu'en me défaussant de ce regard sombre, j'aurais une chance de regagner les suffrages de cette fidèle lectrice qui, un jour, sans crier gare, me plaqua, découragée, en me laissant ce petit mot définitif : «J'aime bien votre prose. Mais ce n'est jamais rose, elle est noire, trop noire. Je laisse tomber. Chaque fois que je vous lis, j'ai envie d'aller me pendre.» Comme je ne veux pas participer à gonfler les statistiques du suicide, je me range parmi les optimistes.
Et puis, comme dirait l'autre, pour des raisons de stricte prophylaxie mentale, mieux vaut être optimiste. Comme Voltaire, «j'ai décidé d’être heureux parce que c'est bon pour la santé». Bonheur, optimisme ? Le duo, le pied !
A quoi bon chercher, dans chaque situation, chaque événement, chaque personne, ce qui cloche ? A quoi cela sert-il de se contorsionner les neurones pour débusquer le grain de sable, le défaut de la cuirasse ? N'est-il pas planant de contempler plutôt l'harmonie des apparences ?
Donc, promis, à partir d'aujourd'hui, c'est du «tout va bien». Ce sera toujours le verre à moitié plein. Au lieu, par exemple, de braquer les projos sur cette poignée de prédateurs gloutons qui te bouffent vite fait les 9/10 du fromage national, j'exalterai, vaillant et magnanime, le geste auguste de l'immense majorité des nôtres qui se contentent de se jeter sur les reliefs du festin. Au lieu de fustiger l'avion d'Air Algérie qui arrive en retard, je promets de tenir la comptabilité méticuleuse des avions qui arrivent à l'heure. Qu'importe, ce faisant, si je contreviens à cette loi d'airain du journalisme qui veut qu'un avion qui arrive à l'heure n'est pas plus une information qu'un chien qui mord un homme.
Au lieu de se lamenter de ce que l'affaire Khalifa ait causé à l'Algérie un préjudice oscillant entre 1,5 et 5 milliards de dollars, mieux vaut focaliser sur ce point positif : elle ne nous a coûté QUE, au pire, 5 milliards de dollars ! Et elle nous en a laissé beaucoup, beaucoup, beaucoup d'autres !
Se taper la tête contre les murs devant la 94e place sur 177 de l'Algérie au classement 2013 de Transparency International, ONG de lutte contre la corruption ? Réjouissons-nous, au contraire, que 73 pays soient plus corrompus que le nôtre.
Geindre parce que Bouteflika serait tenté de rempiler pour un quatrième mandat après 15 ans de pouvoir, le plus long de notre histoire ? Soyons plutôt satisfaits qu'il n'ait fait que la moitié du règne de Hosni Moubarak en Égypte, pharaon, lui, pendant trente ans, ou un peu plus du tiers de celui de Kadhafi, Guide de la Libye 41 ans durant !
Autre exercice d'optimisme : au lieu de verser mon écot à la chasse aux sorcières visant le chevalier noir Chakib Khelil, je retiendrai plutôt, optimiste en bonne et due forme que je suis devenu, que sa loi «américaine» sur la dénationalisation des hydrocarbures a été abandonnée. On l'aura échappé belle, c’est ça qui compte !
Tiens, j’ambitionne de ressembler à partir de maintenant à un copain des années fac qui, fréquentant avec nous la Cinémathèque d'Alger, était d'un optimisme tel qu'il ne trouvait jamais à redire aux films que l'on visionnait. Il ne voyait que les aspects positifs d'un film, dusse-t-il être un authentique navet. Il avait toujours un satisfecit à décerner : «... Mais le scénario n'est pas mauvais... Mais la distribution est bonne... Mais l'acteur est à sa place... Mais la musique colle...» Un jour où il n'y avait rien à tirer du film que l'on venait de voir, son optimisme lui fit exprimer quand même du plaisir. «Dans cette Cinémathèque, les fauteuils sont tellement confortables !»
Alors, tachons pour 2014 de faire de ce coin le rendez-vous des Anges, un paradis où l'innocence tient la main à la pureté, et où la douceur et l'insouciance feront la paire pour notre plus grande félicité. Au fond, peut-être que, comme disait Georges Bernanos, «la seule différence entre un pessimiste et un optimiste, c'est que l'optimiste est un imbécile heureux. Le pessimiste, un imbécile malheureux».
A. M.

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