Lundi 6 janvier 2014
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Chronique du jour : Kiosque arabe
Des kilomètres de preuves


Par Ahmed Halli
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Comment peut-on être pour et contre, dedans et dehors, seul et mal accompagné, économiquement entreprenant et spirituellement frileux, commercialement libéral et religieusement protectionniste et isolationniste ? «Yes we can!» : la réponse jaillit, spontanée et solidaire, de tous les bureaux capitonnés où se gèrent les carrières, avec ou sans portefeuilles. Ils savent, y compris ceux qui ont renoncé à nos rêves et piétiné les leurs, que tout est possible dans nos pays, hormis l'impossible qui est d'être un citoyen normal que ses droits civiques n'autorisent pas à mépriser ceux des autres. Ce mépris peut se manifester de diverses manières, mais il est de bon ton et hautement recommandable de lui faire porter barbe et gandoura. Le deuxième accoutrement étant plus facile à acquérir et à gérer qu'un système pileux, parfois réfractaire et obéissant à d'autres facteurs naturels quasiment incontrôlables. D'où la difficulté qu'il y a de nos jours à rencontrer des barbes réversibles, alors qu'une gandoura bien ajustée peut servir à camoufler bien des infractions, en sus des bedaines annonciatrices d'une aisance récente.
Une fois cette enseigne acquise, vous pourrez alors dénoncer les démarches incertaines, faire la chasse à la différence et débusquer la non-conformité. Bref, s'il vous prend l'envie de chercher des noises à votre voisin, chez qui vous avez cru déceler une certaine «tiédeur rituelle», assurez-vous de le faire sous le sceau de la piété brutalement offensée. Sans le suivre pas à pas, il vous est facile de constater qu'il ne prie dans aucune des six mosquées du quartier et qu'il ne participe pas aux causeries, au coin de l'immeuble, sur la licéité de la bière turque sans alcool. Avec un peu plus d'efforts, vous pourriez constater qu'il viole la sacralité du Ramadhan tous les matins en prenant son café. Vous pourriez en sentir l'arôme si vos obligations religieuses ne vous astreignaient pas à vous lever tard, si tard, que vous pouvez même rater le moment, plus long, où il dé-jeûne. N'ayez aucun regret, toutefois, puisque le calendrier vous offre encore beaucoup d'opportunités. Puisque le destin du père Noël est de finir dans les bennes des éboueurs, rabattez-vous sur le réveillon de la St-Sylvestre, et prenez soin de relever l'heure à laquelle «il» rentre, tout en humant l'air autour de sa personne. Il y a des effluves qui ne trompent pas, même si l'odorat en a perdu le souvenir.
Ah ! Il est rentré au moment de la prière du «Fedjr», et vous étiez à la mosquée ? C'est fâcheux, mais rien n'est perdu puisqu'il nous reste, il vous reste toujours Yennayer, et c'est dans six jours, le 12 janvier, plus exactement, mais je crains qu'il vous faille du renfort. En effet, grâce à la fatwa du cheikh Hadj-Aïssa, «ils» seront plus nombreux encore à célébrer Yennayer, cette année, puisqu'il s'agit de mériter la désapprobation des intégristes de tous poils. Chaque année, ces moralisateurs, plus riches que riches de leurs stupidités plurielles, nous gavent de sermons et de déclarations comminatoires. «Ne faites pas ceci, ne faites pas cela !» ; du coup, il nous prend une envie irrésistible de ne pas faire comme ils disent, d'agir contre leur guise, juste pour leur signifier que nous ne sommes pas comme eux. Que nous ne serons jamais comme eux ! Et comment pourrait-il en être autrement, alors qu'ils nous apportent chaque jour que Dieu fait des preuves de leur «ignorance sacrée», pour reprendre le regretté Arkoun, et de leur intolérance. Des kilomètres de preuves, devrait-on l'entendre dire de la bouche de ce «constructeur» d'autoroutes, pris la main dans le seau à ablutions. Un «constructeur» d'autoroutes qui n'est pas encore sorti du tunnel, le pauvre !
En parlant de l'autoroute Est-Ouest, celle du scandale kilométrique, on évoque ces jours-ci le prolongement marocain de la branche ouest qui paraît moins sujette à éboulements. Il est encore heureux que ce prolongement n'ait pas lieu, parce ce que les nouvelles qui nous parviennent du Maroc n'y encouragent pas. J'appréhende l'arrivée massive de prédicateurs fondamentalistes, encore plus virulents que notre production nationale, sans compter les ballots de hachich. Ce hachich dont se servait abondamment jadis le sanguinaire Hassan Sabbagh pour mobiliser et doper ses troupes d'assassins, dans sa forteresse d'Alamut. Ali Haïdar, l'un des chroniqueurs attitrés du magazine Shaffaf (Middle East Transparent), n'hésite pas d'ailleurs à comparer le leader du Hezbollah au fondateur de la secte des «Hacchachines». Comme Hassan Sabbagh, Nasrallah galvanise ses troupes avec des slogans et des textes religieux, notamment pour susciter des vocations de martyrs. Ainsi, dit-il, les quartiers chiites de Beyrouth sont placardés d'affiches incitant au martyre, comme celle qui proclame que «les martyrs sont les émirs du paradis». Alors que Hassan Sabbagh droguait ses recrues avec du hachich, Nasrallah leur distribue des comprimés de «Keptagon» (l'équivalent de notre «Madame Courage»), ajoute-t-il. Est-il nécessaire d'ajouter que le «Keptagon» n'est pas prescrit exclusivement à la jeunesse chiite ?
A. H.

Hommage
Haddad Oumessad nous a quittés vendredi dernier, dans sa 97e année, entourée de l'affection des siens, auxquels elle n'a pas ménagé son amour et ses attentions. Je me compte évidemment parmi les siens puisque j'ai eu maintes occasions de partager la sollicitude maternelle de «Na Messad», avec ses enfants. En particulier avec son cadet Mustapha, mon vieil et très cher ami, que nous avons perdu, prématurément, il y a une douzaine d'années. On ne quittait jamais la demeure de «Na Messad» le ventre vide et l'âme en peine. Elle avait, en permanence, quelque chose à offrir dans son garde-manger et des réserves infinies de mots qui réconfortent. Elle se débrouillait toujours pour vous laisser repartir repu et le cœur plus léger. C'était une grande dame, comme on n'en fait plus, et c'est pour elle que je verse ici ces quelques larmes, moi qui ne pleure pas souvent. J'ajouterai qu'à des personnes comme «Na Messad», il serait superflu de souhaiter une demeure qui leur est certainement déjà acquise : le paradis.

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