Jeudi 9 janvier 2014
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Chronique du jour : CE MONDE QUI BOUGE
Crise du monde arabe, l’Algérie est-elle à l’abri ?


Par Hassane Zerrouky
Le Grand-Moyen-Orient (GMO), ce projet cher à George Bush, mis au point par les néoconservateurs américains pour détruire les Etats-nations sous prétexte de démocratisation des sociétés arabes, est-il en train de se réaliser sous nos yeux ? Si l’on en juge par ce qui se passe en Syrie, en Irak, en Egypte, en Libye, on serait tenté d’y répondre par oui. Mais la réalité est tout autre.
Quand en Tunisie et ailleurs, des centaines de milliers de personnes, parmi lesquelles un nombre important de femmes, sont descendues dans la rue pour crier leur colère, elles étaient mues par une soif de liberté et de demande de dignité face à des pouvoirs autoritaires et corrompus, et ce, dans un contexte d’aggravation des conditions socio-économiques où le chômage des jeunes, notamment des diplômés, se situait selon les pays entre 30 et 40%, et de corruption endémique.
Par conséquent, les révoltes populaires ayant emporté Moubarak, Ben Ali – Kadhafi est un cas différent — ne participaient pas d’un complot ourdi par un Occident impérialiste qui, il ne faut pas l’oublier, avait été pris de court par les évènements. Barack Obama, par exemple, a bien tenté dans un premier temps de sauver le pouvoir de Moubarak avant de se résoudre à le sacrifier. Il en a été de même de Nicolas Sarkozy, surpris par la chute de Ben Ali dont le pays devait assurer le secrétariat de l’Union pour la Méditerranée (UPM).
Ce n’est qu’ensuite que les Etats-Unis et leurs alliés ont décidé d’accompagner ce mouvement de révolte sans précédent pour lui imprimer un cours conforme à leurs intérêts géostratégiques. De ce fait, l’intervention de l’Otan en Libye participait de la volonté des puissances occidentales et de leurs alliés arabes du Golfe de ne pas laisser s’instaurer une situation pouvant leur échapper, quitte pour ce faire à propulser au-devant de la scène des groupes islamistes, en les armant et en les encadrant. En Egypte, le choix s’était porté sur les Frères musulmans, qui avaient pourtant pris le train de la révolte en marche. Mohamed Morsi, devenu chef d’Etat, avait étudié aux Etats-Unis. La CIA se félicitait même de bien le connaître ! Même cas de figure en Tunisie où Ennahdha s’était engagé en faveur d’une «alliance stratégique» entre la Tunisie et les Etats-Unis. Quant à la Syrie, les prévisions de Washington et de ses alliés saoudiens et qataris, qui pensaient rééditer le scénario libyen en poussant l’opposition syrienne à radicaliser ses positions, ne se sont pas réalisées comme escomptées. Le pays a vite plongé dans la guerre civile et les islamistes, dont le poids avait été volontairement sous-estimé afin de ne pas faire peur à l’opinion occidentale, sont aujourd’hui la principale force d’opposition armée à Bachar. Trois ans après, ce qui au départ était plus une révolte populaire qu’une révolution – ce dernier terme mériterait une analyse approfondie – est en train de tourner à un conflit régional. La crise syrienne a débordé au Liban, puis en Irak, où elle a ravivé les tensions entre sunnites et chiites déjà exacerbées par l’intervention américaine en 2003. Et avec la chute de Fallouja, ancien bastion de la résistance irakienne à l’occupation US, désormais aux mains de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, affilié à Al Qaïda), l’Iran serait tenté d’intervenir pour éloigner le feu qui se rapproche de ses frontières. La Jordanie, où se trouvent des centaines de milliers de réfugiés syriens, risque à son tour d’être emportée : les islamistes de toutes obédiences menacent ouvertement cette monarchie alliée des Etats-Unis. Autre acteur régional, qui risque également d’être entraîné dans la tourmente, la Turquie dont le territoire sert de base arrière aux insurgés islamistes.
Et ce, sans compter l’Egypte où la violence gagne de plus en plus de terrain et la Tunisie où les djihadistes d’Ansar Chariâa font peser de sérieuses menaces sur le pays. Même les pays du Golfe seront tôt ou tard rattrapés par le feu qu’ils n’ont eu de cesse d’attiser. Quant au règlement de la crise palestinienne … Et l’Algérie ? A vrai dire les tensions à ses frontières Est (Libye et Tunisie), Sud (Mali) et Ouest (Sahara occidental) conjuguées aux tensions internes sociales et identitaires, pèsent de plus en plus sur une Algérie souffrant de surcroît d’un réel déficit démocratique. D’autant que certains pays occidentaux trouvent le pays trop grand pour ses habitants.
H. Z.

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