Jeudi 23 janvier 2014
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Chronique du jour : CE MONDE QUI BOUGE
Ali Benflis, la candidature et les réalités


Par Hassane Zerrouky
Dix ans après, Ali Benflis est de retour sans qu’on ait eu l’impression qu’il a créé un évènement. Mais bon, ceux qui, en avril 2004, avaient entre dix et 15 ans, voire même 18 ans (l’âge de voter), savent-ils qu’il a été Premier ministre d’Abdelaziz Boutefika avant qu’il n’aille le défier à l’élection présidentielle, et avant que ce dernier, postulant alors pour un second mandat, ne le dégomme en le remplaçant en mai 2003 par Ahmed Ouyahia ? Savent-ils qu’en octobre 2003, Ali Benflis alors secrétaire général du FLN, investi par le parti pour l’élection présidentielle de 2004, avait eu à faire face à un «mouvement de redressement» mené par Abdelaziz Belkhadem, alors ministre des Affaires étrangères, lequel avait introduit une requête pour annuler les décisions du 8e congrès du FLN ?
Ali Benflis, fort de l’appui de l’armée, soutenaient à l’époque de nombreux commentateurs, de nombreux acteurs de la société civile, des démocrates, affirmait être porteur d’une vision de la société différente, démocratique, pluraliste, moderniste fondée sur une vraie séparation des pouvoirs, à l’opposé du projet incarné et défendu par Abdelaziz Bouteflika. Il dénonçait alors «une conception éculée» du pouvoir, un «Parlement étouffé» quand il n’était pas aux ordres, les atteintes à la liberté de la presse (2003 était l’année des records en matière de condamnations de journalistes à la prison ferme pour diffamation) et une justice, accusait-il, «mise aux ordres» !
Ali Benflis, qui avait mené une campagne tambour-battant, faisant jurer ceux qui venaient l’écouter de ne pas se laisser voler leurs voix, dénonçant l’utilisation de l’argent public à des fins électoralistes, avait beaucoup mobilisé : par dizaines de milliers, ils venaient écouter ce Premier ministre ayant osé défier le Président sortant. Le duel avait tourné court. A la surprise générale, l’ex-Premier ministre n’avait récolté que 6,8% de voix. Il en était sorti sonné, abasourdi. Et sans attendre, et surtout sans se battre, il avait remis sa démission lors d’une réunion extraordinaire de la direction du FLN le 20 avril 2004. La parenthèse qu’il avait ouverte, faire du FLN un parti libre de toute tutelle, avait été vite refermée. Et les gens ayant juré de ne pas se laisser «voler» leurs voix sont restés gentiment à la maison ! Durant dix ans, on n’a plus entendu Ali Benflis, plongeant dans un total anomymat, presqu’oublié de tous. Avant de réapparaître le 19 janvier pour annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2014.
Par rapport à 2004, le contexte est totalement différent. Le FLN, dont Benflis avait été éjecté, est plongé dans une crise symptomatique d’un mal plus profond, celui d’un système politique agonisant, en net décalage avec les réalités sociologiques et les aspirations de la grande masse des Algériens, avec à l’arrière-plan une montée des tensions (sociales, identitaires ) sur le plan interne, un retour inquiétant du religieux sous sa forme la plus rétrograde, le salafisme, alors que la répression syndicale et les atteintes aux libertés n’ont jamais cessé, et une partie de la jeunesse qui, faute de perspective, rêve d’exil, quitte à braver la mort en tentant de traverser la Méditerranée, quand elle n’est pas tentée par le repli identitaire ou religieux, voire djihadiste, comme ces jeunes Algériens partis combattre en Syrie.
Le tableau est sombre, j’en conviens, mais au regard de l’argent dont dispose le pays, placé à l’étranger sous forme d’achat de bons de trésor US et autres, ou dans des dépenses de prestige, on a perdu dix ans, sinon plus. A titre d’exemple, les trois milliards de dollars investis pour construire la plus grande mosquée du monde auraient mieux servi à sauver la Casbah d’Alger, rénover les quartiers et les rues qui sont dans un état de délabrement qui fait honte à un pays comme l’Algérie car elle mérite mieux ! Ali Benflis, si c’est lui qui sera l’heureux élu – Abdelaziz Bouteflika, malgré l’insistance de Louisa Hanoune, ne semble pas en mesure de mener une campagne électorale et encore moins de diriger le pays durant cinq ans —aura donc bien des défis à relever dans tous les domaines, à commencer par redonner la parole aux Algériens sans faire dans ce populisme socio-religieux aux effets politiquement dévastateurs. L’homme, dit-on, a pris du recul, consulté, mis en place des comités et des sites internet pour soutenir sa campagne, tout en bénéficiant du soutien d’une partie de l’appareil du FLN. Il a tenu un discours consensuel, il ne veut fâcher personne, alors qu’il sait que le statu quo et l’immobilisme politiques ont fait un tort énorme à ce pays. On verra…
H. Z.

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