Samedi 25 janvier 2014
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Chronique du jour : Lettre de province
Forfait des candidats contre la forfaiture du clan ?


Par Boubakeur Hamidechi
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Avant toute chose, citons une brève dépêche, insignifiante en soi mais d’où un seul mot vaut son pesant de sens. Lisons : «Algérie : le Président Bouteflika a fixé au 17 avril la date de sa RE-ELECTION.» Rédigée comme un calembour, ne nous suggère-t-elle pas avec finesse ce qu’il fallait retenir du fameux décret qu’il venait de signer ? Mise en ligne par un site d’information à la tonalité satirique, sa tournure sémantique frappe néanmoins par sa pertinence. Car, quelque part, elle indique clairement à quoi l’Algérie doit s’attendre malgré les secrets et les artifices du pouvoir. L’irrémédiable opération de sa reconduction est effectivement mise en rodage depuis quelques jours, au cours desquels s’ébauchent les structures du chapiteau où se jouera la farce. Un meeting de l’UNFA faisant allégeance, ici et un austère aréopage de magistrats superviseurs, là, indiquent bel et bien que la mise en route de la machine n’avait pas besoin d’attendre sa «décision» ou que, formellement, il daigne s’adresser au pays à ce sujet. C’est ce que demandait, par exemple, Louisa Hanoune qui feint d’être outrée et angoissée par ce mépris mutique alors qu’elle n’a pas hésité à devancer, in fine le souhait des maîtres d’œuvre s’agissant de sa possible participation – alibi. Même s’il n’est pas dans le même cas de figure que la dirigeante du PT, Benflis semble lui aussi pécher par excès de précipitation en annonçant trop tôt sa participation. L’étonnante synchronisation des timings entre la signature du décret présidentiel et de la déclaration de sa candidature risque de valoir, à cet ex-chef de gouvernement, ex-SG du FLN et ex-sparring-partner à la présidentielle de 2004, quelques déconvenues lorsque viendra le temps de battre campagne et d’entrer dans le «dur» de la confrontation avec son lot de révélations – accusations. Tactiquement, tout au moins, Benflis avait bien plus intérêt à temporiser, au cours de la séquence intermédiaire, avant le dépôt du dossier de validation auprès du Conseil constitutionnel. Lui qui n’a rien d’un lièvre électoral contraint de courir après la récolte des signatures, n’avait-il pas plus que d’autres la latitude de braver les martingales de la coterie en jouant à son tour au même poker-menteur ? Dès l’instant où le seul écueil qui pose quelques difficultés au régime consiste précisément dans le «recrutement» de personnalités suffisamment notoires, tout l’enjeu n’est-il pas justement de parvenir à caricaturer jusqu’au ridicule le rendez-vous du 17 avril 2014 ? Car cette fois-ci il y va bien plus du destin global de la nation que l’ont été les présidentielles de 1999, 2004 et même celle de 2009. Alors que par le passé, il s’était agi de contester au Président sortant son bilan (2004) puis de réfuter en 2009 son recours au viol de la Constitution, 2014 s’inscrit au contraire dans le pire scénario catastrophe que l’Algérie avait eu à vivre depuis 1962. Dans les singulières circonstances qui sont les siennes, nul n’ignore que Bouteflika est définitivement inapte à assumer la marche du pays pour une période de cinq ans. A 77 ans (né le 2 mars 1937), est-il concevable de projeter l’Algérie avec une direction du quatrième âge ? Poser en termes clairs cette question ne revient-il pas à mettre clairement en accusation ceux qui sont à l’œuvre pour imposer à la tête de la République un Président-candidat cloîtré dans un palais-clinique ? Et si cinq ans et même dix années auparavant lorsque l’opinion ne se consolait alors que de quelques «hélas» au vu de l’indécence de la fraude, il n’en est plus de même maintenant dès lors que des voix amies au Président n’hésitent pas à lui conseiller amicalement de «mettre les pantoufles de la retraite», pour ne citer que l’allusion de Yacef Saâdi. C’est dire que le pays est passé du «hélas» au «hola !». Mais alors que faire, lorsqu’on est contraint de s’adresser à ceux qui, déjà, acceptent de tenir des rôles dans cette fictive course où le principal adversaire à défaire ne sera pas de la partie en ne daignant concourir que par délégation de tribuns à sa solde ? Eh bien, en déclarant d’abord forfait mais tout en faisant campagne contre l’appareil d’Etat afin de le priver de sa capacité à exhumer des arguments en sa faveur. De ceux qu’ils ont pris pour habitude d’opposer en pareil cas aux lièvres et qui furent entendus aussi bien en 2004 qu’en 2009. En effet, prenant à témoin l’électorat, les Sellal, Saâdani (ou quelqu’un d’autre), Bensalah, Sidi Saïd et tant d’autres, répéteront en chorus ceci : «Constatez par vous-mêmes ! Tous jouent le jeu des élections et ambitionnent de lui succéder malgré les accusations diffamatoires dont ils l’accablent. N’est-ce pas une preuve suffisante que sa légitimité vient des urnes et qu’ils désirent la conquérir à leur tour ?» C’est cette dialectique subtile, consistant à retourner avantageusement les situations délicates du moment qui leur serviront de quitus, au soir du 17 avril et pour l’Algérie de 2014 des lendemains de gueule de bois dont les complices n’étaient ni plus ni moins que ces vaincus «magnifiques» qui avaient servi de porteurs d’eau à une énième escroquerie électorale.
B. H.

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