Samedi 8 février 2014
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Chronique du jour : Lettre de province
Affaire DRS, un abcès de fixation pour faire diversion ?


Par Boubakeur Hamidechi
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Est-il allé trop loin dans la stigmatisation de la police politique opérant sous le sigle du DRS ou, au contraire, n'a-t-il simplement fait que répéter publiquement les ressentiments que les coteries proches du palais vouent à ce Big-Brother nommé Tewfik soupçonné, cette fois, de fliquer leurs agissements douteux alors que, depuis 1999, il était de leur bord ?
Saâdani, le parachuté de fraîche date à la tête du FLN, a sans doute manqué de subtilités dans ses propos en faisant des amalgames inappropriés mais, au bout du compte, il est parvenu à affranchir l'opinion sur la nature de la poudrière qui menace de faire exploser le système qui régente l'Algérie depuis un demi-siècle. En y allant à la hache tout au long de son acte d'accusation, cet imprévisible procureur nous livre quand même quelques bribes de cette guerre secrète à laquelle se livrent actuellement les centres influents. Alors que, par le passé récent, les conflits, toujours suivis de rabibochages circonstanciels, s'expliquaient par les caractéristiques classiques de la dualité du militaire et du civil avec ses incessants compromis, nous voilà édifiés enfin au sujet d'une autre ligne de partage : cette fois au sein même de l'armée. Malgré les dénégations récurrentes, il existe en effet un énorme contentieux entre Gaïd Salah, chef d'état-major de l'ANP, et le général major Mediène, patron du renseignement, à travers lequel il est possible de percevoir les enjeux actuels. Le fait qu'à partir des Tagarins l'on n'avait pas estimé utile, nécessaire et impératif de se démarquer officiellement des assertions outrancières de Saâdani quand il émaillait son réquisitoire d'allusions malveillantes, indique bien que l'on se trouve devant un différend majeur opposant deux corps d'une même institution de l'Etat. Or, au-delà du choc des égos de deux galonnés obsessionnellement ambitieux (ce qui est, en soi, absolument dérisoire au moment où se joue un acte majeur pour le devenir du pays), le péril d'une telle désintégration de la capacité dissuasive de l'armée ne contribuera-t-il pas à l'instauration d'un césarisme de caste, sans même un caudillo visible, autoritaire et au-dessus de la mêlée des courtisans ? Ce sera donc sur cela qu'il est urgent d'interpeller l'armée et non sur sa prétendue neutralité apolitique dont on sait à quoi avait servi cet oripeaux depuis les présidentielles de 2004. Certes, il ne s'agit pas ici de trouver quelques vertus républicaines au DRS pour l'absoudre de ses méthodes anti-démocratiques mais de s'efforcer à mettre en perspective sa démarcation notoire vis-à-vis du 4e mandat. Son hostilité à cette option qui lui vaut cette violente campagne axée étonnemment sur la défense de principes, louables en terme de liberté, n'a évidemment aucun sens dans la mesure où ceux qui l'orchestrent et celui qui a été chargé de la décliner sur la place publique ont eux-mêmes participé à des traques politiques, joué aux nervis au sein des appareils et ont souvent sollicité cette fameuse police politique pour l'obtention de sésames «d'habilitation» à certaines fonctions ! C'est par conséquent un régime qui lui était, jusque-là, redevable de sa pérennité qui se pose désormais en épurateur ! Cette spectaculaire conversion à un idéal aussi ancien que le Congrès de la Soummam (le primat du civil sur le militaire) n'est rien d'autre qu'un subterfuge de plus pour balayer les obstacles que rencontre la mise en route de son complot. En fait, ce n'est pas le Département du renseignement et de la sécurité (qu'il faut d'ailleurs écrire en toutes lettres) qui joue de nos jours à la roulette russe avec le pays mais bien lui qui alerte, jusqu'à émettre des vétos à la tournure que prend le pouvoir pour se maintenir. Parmi les sphères d'influences, le DRS serait-il alors le seul à prendre la véritable mesure du risque de créditer une énième reconduction et à le faire savoir ? Probablement. Sauf, qu'à ses dépens et en bonne logique, son rôle historique a toujours laissé les plus exécrables souvenirs. La paranoïa du secret et du masque (différent celui-ci de la cagoule) a fini par projeter dans l'imaginaire collectif l'idée d'une structure de la répression entièrement orientée vers les pratiques du fichage des compatriotes. Or, ces «services» tentaculaires, peu sympathiques dans l'opinion, n'ont-ils pas été également, depuis la cooptation de Chadli, les faiseurs et les défaiseurs des pouvoirs ? Et c'est ce versant obscur de leur existence que les réseaux proches d'El Mouradia veulent mettre justement en exergue opportunément au cœur de la campagne en réécrivant l'histoire de leurs basses besognes. Inauguré par Saâdani, le thème de la police politique comme malédiction du pays fera sûrement florès. Il sera l'argument de campagne que l'on opposera en tout lieu et sur n'importe quel autre sujet. Le DRS ferait donc du chantage par dossiers interposés et de surcroît malhonnêtement fabriqués de toutes pièces, comme d'ailleurs vient de l'expliciter, par l'exemple de Chakib Khelil, le patron du FLN ! Tant décriée par les authentiques courants démocratiques pour son existence même, la police politique dirigée par Tewfik vient d'être mise à l'index par le clan et les lobbies, lesquels se réapproprient à l'occasion les vieux griefs qui n'ont jamais été les leurs. Sauf que si cela venait à ce qu'un 4e mandat lui était accordé, les Algériens découvriraient alors qu'une police cache toujours une autre. Et c'est cette double peine qui menace le pays.
B. H.

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