Dimanche 9 février 2014
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Actualités : L’honneur du soldat

Par Hocine Snoussi, Colonel à la retraite
Depuis la maladie du président de la République, nous assistons à un activisme et une effervescence hystérique qui ont fini par emporter les règles les plus élémentaires de l’éthique, de la morale, du respect, de la mesure et même de la simple politesse.
Malgré les discours assourdissants de l’optimisme, l’Algérie a mal. Elle a mal parce que son élite, depuis un demi-siècle, est marginalisée et poussée à l’exil pour laisser la place à la médiocrité. Elle a mal parce que sa classe politique, après une éclaircie prometteuse en 1988, s’est retrouvée littéralement laminée par les pratiques sournoises d’un système autoritaire. Elle a mal, parce que son économie est prise en tenaille entre l’incompétence et une prédation inhumaine. Elle a mal parce que le peuple a perdu tous ses repères tant il a été malmené, par le mensonge, la démagogie, et un système socioéducatif et culturel d’une extrême indigence.
C’est là tous les ingrédients qui ouvrent la voie à une aventure préchaotique. Les choses ne s’arrêtent pas là.
Nous venons d’assister à un passage à la vitesse supérieure de cet affolement et cette hystérie avec l’attaque de front et systématique par le secrétaire général contesté du FLN contre le Département du renseignement et de la sécurité, partie intégrante de l’ANP.
Aux yeux de l’opinion publique algérienne et aux yeux des observateurs étrangers, cette attaque est une atteinte grave à l’unité et à la cohésion de l’institution militaire qui reste encore jusqu’à présent un des rares corps constitué républicain organisé, hiérarchisé et discipliné.
Je tiens à informer le lecteur que je suis le fils de l’ALN et un des pères fondateurs de l’ANP puisque j’ai fait partie du premier noyau des officiers-pilotes de l’ALN.
Ceci me donne le droit et me fait l’obligation, pour tous ceux, dans le passé et dans le présent, qui sont tombés au champ d’honneur, de défendre notre armée jusqu’au dernier souffle de ma vie. Comme je tiens à rappeler au lecteur que moi aussi j’ai été critiqué vis-à-vis de l’armée avec mes compagnons, mais jamais publiquement, parce que les gens de ma génération n’étaient pas des officiers de carrière mais des militants en uniforme.
Je n’ai jamais caché à mes compagnons qui acceptaient la critique que nous avions tort, nous les militaires, de nous fourvoyer dans le marécage politique, bien que la responsabilité incombe essentiellement à nos dirigeants, qui ont fait de l’ANP une source d’un pouvoir dont la finalité est le pouvoir.
Mais de là à accepter d’un certain Saâdani, dont l’extraction et l’itinéraire longuement controversés par ses pairs, qu’il s’attaque à l’armée, cela devient insupportable. Il s’est permis de porter un jugement destructeur d’un département de la défense, qui, même s’il avait tous les défauts du monde, il a largement contribué au prix de centaines de martyrs à sauver le pays du désastre intégriste, comme il jouit aujourd’hui d’un grand respect des services de renseignement étrangers les plus redoutables.
Que ce coup de poignard dans le dos de l’ANP soit dirigé de l’extérieur ou qu’il soit tout simplement le fait de l’inconscience d’Algériens, prêts à tous les forfaits pour garder ou conquérir le pouvoir, nos officiers portent la lourde responsabilité directe ou indirecte d’avoir permis cette brèche qui peut être le prémice de l’implosion de nos forces armées. Et là, les exemples de l’actualité internationale sont nombreux et édifiants. A l’automne d’une vie tumultueuse, partagée entre l’enthousiasme et l’espoir pour mon pays mais aussi les désillusions et la tristesse, je garde en moi les lambeaux de ce qui me reste du rêve du 1er Novembre 1954, c’est pourquoi j’invite les officiers et les responsables de l’ANP à la vigilance extrême pour qu’ils puissent, avant qu’il ne soit trop tard, sauvegarder leur honneur de soldats.
H. S.
[email protected]

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