Lundi 31 mars 2014
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Chronique du jour : Kiosque arabe
La preuve par la peau sèche


Par Ahmed Halli
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Il y a des islamistes qui s'emploient avec une énergie rare à vous démentir, sitôt que vous oubliez qui ils sont et que vous pensez, à tort, que ces gens-là pourraient sans doute s'accommoder de la démocratie. C'est le cas de Mokri Abderrezak, le leader du MSP ou HMS, autrement dit Hamas, ce qui le positionne clairement, par rapport aux islamistes arabes. Personnage affable, en complet-veston, mais sans cravate (il n'a pas besoin d'un nœud papillon pour prier), Mokri offrait le visage de cet «islamisme modéré» que l'Occident s'acharne à nous vendre. Pour mieux coller à cette image, Abderrezak Mokri s'efforçait d'intégrer durablement dans son vocabulaire des mots honnis comme démocratie, pluralisme, alternance, etc. De quoi se laisser prendre, mais il arrive que le naturel que l'on peine à réfréner comme le bras du Dr Folamour, vous tombe dessus sans crier gare, et c'est l'erreur historique. Dans une lettre à Louisa Hanoune, candidate à l'élection présidentielle du 17 avril prochain, Dr Mokri a cédé la place à Mister Al-Baz (Ibn), en criant haro sur Louisa, non parce qu'elle a brouté l'herbe du talus, mais pour avoir tenu un verre de vin. La belle affaire ! Voilà que non contente de jouer au «Grand Huit», en s'étourdissant à son propre vertige, Hanoune aurait bu un verre de vin à Paris.
Et ce geste irréparable, que dis-je fatal, n'a pas échappé au regard acéré d'un musulman pur et dur qui se trouvait là, par le plus grand des hasards. Un musulman qui sait toutefois reconnaître le vin à sa couleur, puisque Louisa ne se serait pas donné la peine, comme tout le monde, d'entourer son verre d'une serviette en papier. Ce n'est pas, à proprement parler, un coup de Jarnac, puisque de tels traits font partie de la panoplie connue des islamistes. C'est simplement un coup bas, de ceux qui sont défendus aussi bien sur un ring que dans une arène politique, un coup bas indigne qui pue l'ignorance crasse, autant que la misogynie. Je suis sûr que M. Mokri en connaît plus sur le vin, et sur les buveurs, qu'il veut en laisser paraître, mais il sait comment discréditer une femme aux yeux d'une société, jadis croyante, aujourd'hui outrageusement pratiquante. Une société formatée selon le bon vouloir de ceux qui pensent qu'une femme allumant une cigarette dans la rue, est un spectacle intolérable pour un terroriste repenti. Peut-être seraient-elles plus avisées de renoncer à la cigarette, et de se mettre au tabac à chiquer, une des autres plaies de notre société. C'est moins voyant discret, mais beaucoup plus salissant qu'une cigarette, et il n'est pas sûr, toutefois, que les hommes-piliers apprécieraient.
Vous avez remarqué la tiédeur avec laquelle j'ai défendu Louisa Hanoune(1), malgré ma proximité assidue avec les amateurs de vins et autres félicités, promises aux bons croyants. Je n'aime pas beaucoup le Qatar, qui ressemble pour moi à une lointaine comète perdue dans une lointaine, mais riche galaxie. En raison de cet éloignement, le Qatar aurait dû, selon moi, s'occuper à gérer, d'une main sa surcharge pondérale, et de l'autre des clubs de football, ce qui semble lui réussir le mieux. Au lieu de cela, le Qatar veut faire la révolution partout, alors qu'elle gronde sous ses fenêtres, avec l'ambition de bouleverser le cycle des saisons, et de faire pousser du fumier sur le supposé «croissant fertile». C'est pour cette unique raison que je n'aime pas le Qatar, ni son émir, ni sa chaîne de télévision, avec l'opulence voilée de Bengana, et les certitudes figées de Fayçal Al-Kassem(2). Cependant, si la critique acerbe contre l'émir, Karadhaoui et autre est légitime, et même recommandée, elle ne doit pas franchir certaines limites. Or, depuis quelques mois, des attaques directes fleurissent, si le mot est de mise, sur les réseaux sociaux, et visent uniquement la personne de Mouza, l'épouse légitime et officielle du prince régnant.
Cette semaine, c'est l'acide et sulfureux propriétaire de la chaîne égyptienne Al-Faraeen, Tewfik Okacha, qui a pris le relais des informations, fausses ou avérées, circulant sur le Net, et concernant Mouza. Tewfik Okacha, ancien député du Parti national démocratique, au pouvoir sous Moubarak, s'était mué en pourfendeur du système finissant, avant de devenir un adversaire résolu du président islamiste déchu, Mohamed Morsi. Sa chaîne au titre ambitieux, renvoyant aux pharaons de l'ancienne Égypte, et rejetant le pouvoir des Frères musulmans, avait été suspendue durant plusieurs mois. Depuis son retour, Tewfik Okacha a repris son répertoire traditionnel, y ajoutant cette fois-ci un soutien résolu à Abdelfattah Sissi, prochain candidat, et très certainement vainqueur, aux élections présidentielles. Comme le Qatar est avec les Frères musulmans contre Sissi, Tewfik Okacha n'a pas hésité à emboîter le pas aux détracteurs de la «Cheikha Mouza». En homme pieux, et tel qu'il se présente, il ne s'est pas arrêté aux insinuations des internautes sur les frasques et les aventures extra-conjugales prêtées à la belle Mouza. Ce n'est d'ailleurs pas son genre, mais sachant que l'effet boomerang peut jouer de ce côté-là, il a joué une seule note : Mouza ne serait pas Mouza!
Tewfik Okacha affirme, en effet, que l'épouse officielle et actuelle de l'émir du Qatar pourrait être une certaine Salia Younès, espionne du Mossad, et de la CIA, et vice-versa. Il s'accroche fermement à cette hypothèse, et il exige même que des prélèvements d'A.D.N soient effectués sur la supposée Mouza et sur les enfants du couple. Ceci, pour déterminer s'il n'y a pas eu, à un moment ou à un autre, substitution de personne, et donc de l'espionne à l'épouse authentique et légitime. Et si le procédé de l'ADN est rejeté par le Qatar, Tewfik Okacha qui n'est jamais à court d'arguments propose mieux : demander aux actrices égyptiennes qui ont rencontré récemment la «Cheikha», et l'ont embrassée, si la peau de ses joues était humide ou sèche. Et il nous explique que si la joue est humide, c'est la preuve incontestable que ce n'est pas la vraie Mouza qu'elles ont rencontrée, mais l'espionne américano-israélienne Salia Younès. Si la peau est sèche, en revanche, comme celle d'une femme à l'orée de la cinquantaine, qui aurait subi un lifting, et c'est le cas de Mouza, ce serait la preuve qu'elle est authentique. Ouf ! Un vrai conte des mille et une nuits, comme on devrait y croire puisque la réalité, autour de nous, est plus burlesque, voire ubuesque, et qu'elle menace de tourner, à terme, au tragique.
A. H.

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