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Actualités : SOUFIANE DJILALI AU SOIR D’ALGÉRIE :
«La “main de l’étranger,” c’est le pouvoir actuel»


Le Soir d’Algérie : La visite de M. Kerry a été différemment commentée sur son opportunité en pleine campagne électorale. Qu’en pensez-vous ?
Soufiane Djilali : Oui, en effet, le moins que l’on puisse dire est qu’elle fait l’objet de polémique et son utilisation éhontée de la part du candidat Bouteflika est flagrante.

Comment cela ?
Il y a eu d’abord cette manipulation du texte du Secrétaire d’Etat américain par l’APS et dans son sillage par les porte-voix de Bouteflika. Nous étions au bord de l’incident diplomatique. Ensuite, les images télévisées de la réception de M. Kerry par le président de la République : en regardant ce spectacle, j’ai eu mal à mon pays. L’image de M. Bouteflika était pathétique. Nous avions vu un naufragé politique prêt à tout pour sauver sa peau.

Il a tout de même parlé des besoins de l’Algérie dans les questions du renseignement, et il a même semblé décontracté en parlant du prix Nobel de la paix à Monsieur Kerry ?
En réponse à une question de M. Kerry sur les éventuels besoins de l’Algérie, Monsieur Bouteflika a dit que le pays avait besoin de «technologie et d’intelligence». C’étaient ses mots et en français. Je sais qu’en anglais, «intelligence» signifie «renseignement». Mais M. Bouteflika a parlé en français, pas en anglais. En fait, je pense qu’il avait fait allusion à l’école américaine qui doit s’implanter en Algérie en 2015. «L’Algérie a besoin du savoir-faire américain», c’est ce qu’il voulait dire, c’était dans la logique de sa phrase. Quant au prix Nobel de la paix à M. Kerry, c’était tout simplement hors contexte. J’ai l’impression que Monsieur Bouteflika a été contaminé par la manie des jeux de mots de M. Sellal. Ce n’est pas sérieux à ce niveau-là !

Malgré tout, les Algériens ont vu leur Président en activité.
Les Algériens ont surtout compris que Monsieur Bouteflika n’a pas une seule seconde depuis deux ans à leur consacrer pour leur dire ne serait-ce que «es salam». Il ne leur a accordé que du mépris. Par contre, pour les puissants du monde, il s’est mis au garde-à-vous, surmontant son handicap physique dans un effort surhumain, puis il a marmonné quelques mots incompréhensibles. Ces images étaient tout simplement un exhibitionnisme malsain. Le Président a toutes les peines du monde à se faire comprendre. M. Kerry, qui parle très couramment le français, a préféré échanger quelques mots en anglais, pour permettre à l’interprète de rendre compréhensibles les propos de Bouteflika. C’est la finesse du diplomate.

Mais pourquoi Kerry était là ? Est-ce pour soutenir le 4e mandat ?
Soutenir le 4e mandat ? Non, je ne le crois pas. Monsieur Kerry est venu, en bon patriote, défendre les intérêts de son pays. D’ailleurs, sa déclaration était centrée sur les affaires qui le préoccupaient. Il a concédé une phrase sur les élections en exigeant diplomatiquement qu’elles soient transparentes et aux normes internationales, c'est-à-dire pas aux normes algériennes ! Les Etats-Unis ne se compromettront plus avec les régimes à la Moubarak et Benali !

Alors pourquoi M. Kerry est venu à Alger en ce moment même ?
C’est le moment idéal pour lui de tirer un maximum de bénéfices pour son pays d’un homme qui est en grande difficulté pour le 4e mandat et qui est sûrement enclin à céder beaucoup pour avoir peu en retour. Les partisans du 4e mandat sont tout simplement aux abois et c’est pour cela qu’ils deviennent dangereux pour le pays.
Cela n’explique pas les intentions des Américains.
Les Etats-Unis ont aujourd’hui un problème avec la Russie de Poutine. Ils ont peu de moyens pour faire pression sur celui-ci pour le contenir après l’épisode de la Crimée. Or, l’Europe elle-même est très fortement dépendante au plan énergétique du gaz russe. Des sanctions économiques contre la Russie se retourneraient très vite contre les pays européens, surtout l’Allemagne, tous en grande difficulté économique et financière. Les Etats-Unis doivent donc contribuer à court et à moyen terme à la sécurisation énergétique de leurs alliés.
Aujourd’hui, les Etats-Unis ont les gaz de schiste. Mais il faut que des pays producteurs de gaz naturel prennent le relais. C’est ce qui explique la présence de l’émir du Qatar au même moment. Ce dernier est un acteur important dans le marché gazier. J’imagine qu’il a été demandé au Qatar et à l’Algérie de faire un effort particulier dans l’investissement productif du gaz pour garantir l’approvisionnement de l’Europe en cas de difficultés supplémentaires avec la Russie.

C’est de bonne guerre, et puis ça fait gagner de nouveaux marchés à l’Algérie ?
Le problème est que l’Algérie se retrouvera indirectement impliquée dans la crise entre la Russie d’une part et les Etats-Unis et l’Europe d’autre part. S’il ne s’agissait que de parts de marché, d’investissements et de commerce, chacun est libre. D’ailleurs l’Algérie a trouvé en la Russie et en le Qatar de redoutables concurrents sur le marché du gaz. Mais la question est plus délicate. L’Algérie a fondé sa politique de défense sur une coopération stratégique avec la Russie. L’essentiel du matériel de défense provient de cet ancien allié. Pensez-vous sérieusement que l’Algérie puisse mettre à mal ses relations avec ce pays ? Cela n’est ni sérieux, ni sage, ni profitable pour nous.
Une crise profonde avec la Russie signifiera tout simplement la perte de confiance entre les deux pays et l’effondrement de nos équilibres géostratégiques. Je crois que les Américains comprennent très bien cela, mais ils profitent de la situation politique désastreuse de M. Bouteflika pour faire bouger les lignes en leur faveur.

Un dernier mot ?
J’ose croire que M. Bouteflika ne mettrait pas le pays dans une situation ingérable s’il devait céder sur les intérêts fondamentaux et sécuritaires du pays juste pour se maintenir pour un 4e mandat. Mais ce qui vient de se passer, montre à l’évidence à ceux qui avaient des doutes, que c’est le pouvoir actuel qui est en passe de devenir «la main de l’étranger». Le monde fonctionne sur la base des intérêts objectifs. Les Etats-Unis, comme la Chine ou la Russie ne dérogent pas à la règle. C’est à nous Algériens de défendre nos intérêts en bonne intelligence avec tous. Le problème est que M. Bouteflika ne croit pas à l’intelligence algérienne, voilà pourquoi il veut l’importer d’Amérique !
Mokhtar Benzaki

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