Jeudi 5 juin 2014
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Chronique du jour : Les choses de la vie
Samba si, dollar no !


Par Maâmar Farah
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Dans moins de deux semaines, la planète se mettra à l’heure du football, sport-roi par excellence, qui soulève les passions partout. Source de prestige pour les états, il mobilise aussi un argent fou. Depuis que l’aventure a commencé un certain été de l’année 1930 au cœur de Montevideo, capitale d’un pays méconnu, l’Uruguay, la compétition planétaire revient comme un métronome tous les quatre ans et n’a manqué son rendez-vous que deux fois (1942 et 1946) à cause de la Seconde Guerre mondiale. C’était le début d’une fantastique aventure qui allait marquer la vie des peuples et des nations. De ce premier tournoi regroupant quelques pays aux grands rendez-vous des années 2000, c’est une longue histoire qui aura suivi l’évolution du monde, ses guerres, ses grands moments d’apaisement, ses soubresauts inattendus et collé à ses évolutions technologiques et à ses grandes révolutions médiatiques. Mais aussi, hélas, à ses appétences financières qui, sous les couleurs du capitalisme ultralibéral, draineront des torrents de malversation, de corruption et de grands scandales.
L’argent a pollué le football au plus haut point et le mal va en s’aggravant. Tels des vautours, les affairistes qui tournent autour de la balle ronde installent un immense marché qui profite à une minorité. Grand paradoxe : ce sport dit des pauvres est monopolisé par une minorité de fraudeurs qui utilisent tous les moyens pour s’enrichir. Le joueur devient une marchandise que l’on achète et vend au gré des valeurs boursières qui atteignent des sommes colossales. Les propriétaires de clubs se transforment en véritables marchands d’esclaves, entourés d’une pléiade de managers, experts et autres intermédiaires qui font leurs marchés dans les pays du tiers-monde.
L’argent a pourri le football. Des preuves flagrantes sur l’achat, par le Qatar, de sa Coupe du monde 2020, sont publiées par la presse anglaise ! De sport populaire, pratiqué pour le plaisir dans un système amateur qui respecte les valeurs éthiques du sport et de l’olympisme, le football est passé au stade de véritable industrie qui a ses ramifications dans la publicité, les droits de télévision, les droits sur l’image, les couleurs, les sigles, etc. Quant au star système, il est l’exemple édifiant des dérives qui ont dévié le football de ses nobles objectifs. Aujourd’hui, les clubs qui raflent les titres sont ceux qui regroupent les meilleurs talents grâce à l’argent qu’ils mettent sur la table. La longue domination du foot européen et mondial par le FC Barcelone est l’exemple type de la loi de l’argent. Mais cela n’est pas toujours valable et un groupe de stars n’est pas forcément un groupe de champions. Le nouveau PSG, par exemple, monté à coups de milliards par ses propriétaires qataris, n’a pas remporté de titre continental alors qu’un club sans grandes stars, comme l’Atlético de Madrid est arrivé au sommet de la Champions League. Les observateurs avertis ont cité ce dernier club comme l’exemple d’une entreprise qui, tout en s’intégrant dans le système, continue de privilégier les grandes valeurs du sport comme la joie de jouer, l’esprit d’équipe, la solidarité, que l’on ne retrouve plus sur les terrains des années 2000.
Pour revenir au premier rendez-vous de 1930, il fut marqué par la ferveur à l’état pur, l’esprit sportif originel et le meilleur exemple reste ce voyage en bateau de quelques équipes européennes qui se mélangeaient fraternellement, sans malveillance, ni peur d’être espionné et tant d’autres maux du football moderne. Après onze jours de voyage, ce bateau (le Conte Verde) fera escale à Rio de Janeiro pour embarquer le Brésil qui n’avait pas les moyens de se déplacer en Uruguay ! Un scénario inimaginable aujourd’hui où les compétiteurs se regardent en chiens de faïence et se surveillent scrupuleusement comme s’ils étaient en guerre !
Hélas, le football a perdu de sa spontanéité, de sa magie, de sa créativité. Sa planète ne pourra plus jamais enfanter un Pelé ou un Maradona, joueurs d’exception qui ont marqué de leurs empreintes l’histoire de la balle ronde. Ce football continue, néanmoins, d’être adulé par les foules et c’est pourquoi les gouvernants l’utilisent pour soigner leur image de marque. En 1934 et 1938, par exemple, les fascistes italiens en firent un tremplin pour la propagation de leurs idées néfastes. C’était avant la grande parenthèse de l’apocalypse…
Une fois la paix revenue, de nouvelles nations brillent dans le gotha du football mondial alors que les anciennes continuent de dominer l’épreuve. Les coups d’éclat de la Tchécoslovaquie et de la Hongrie, qui ont inventé un football collectif où la maîtrise technique de quelques génies s’exprime librement, marqueront le retour de la compétition qui est, en dépit de ces révélations, toujours dominé par le Brésil, l’Italie, l’Allemagne. Quelques incursions : l’Angleterre, l’Argentine, pour changer un peu mais ça ne dure pas longtemps. Les favoris reviennent toujours à la charge. Le Brésil rafle cinq Coupes du monde, l’Italie quatre et l’Allemagne trois. A eux seuls, ces trois pays ont remporté douze fois le titre sur vingt tournois ! Plus de la moitié ! Ne laissant que des miettes aux autres nations.
Le dernier rendez-vous, qui planta son décor sur les terres africaines, nous offrit un champion inédit : l’Espagne, une nation de grande tradition footballistique qui n’a jamais pu s’imposer au niveau mondial, malgré ses prestigieux clubs comme le Réal ou le Barça et ses grands joueurs pétris de qualité. Mais, au fond, peut-être que ce n’est là qu’un juste retour des choses. Ces clubs qui ont longtemps brillé de mille feux, gagnant des centaines de milliers de supporters en dehors de l’Espagne, devaient un jour ou l’autre permettre au pays de pousser loin en Coupe du monde. La cuvée exceptionnelle de 2010, s’inspirant de cette véritable machine à gagner qu’était le Barça et de son système de jeu moderne qui repose sur un collectif bien huilé et des individualités d’exception, a pu porter la Roja au firmament. Son adversaire, la malheureuse Hollande, battue trois fois en finale, a toujours manqué de ressort psychologique pour s’imposer dans le finish…
La Coupe du monde sera suivie par des milliards d’individus. Mais le temps où l’on se regroupait autour de l’écran familial pour voir toutes les rencontres est fini. Désormais, il faudra débourser pour suivre toute une phase finale de Coupe du monde.
Les nouvelles lois imposées par le tout-puissant dollar privent les plus pauvres de jouir du spectacle majestueux de cette compétition. Un tribunal européen a débouté la Fifa qui voulait interdire la diffusion en clair des matches du championnat d’Europe des nations, jugeant que chaque citoyen a le droit de voir évoluer son équipe nationale sans débourser un sou. La sélection d’une nation est devenue, au fil des ans, un symbole du pays, un porte-drapeau, une source de fierté pour les peuples qui s’identifient à leurs équipes. «BeIN Sport», détenteur des droits sur cette Coupe du monde 2014, a fait payer à l’Algérie des sommes faramineuses pour lui céder vingt-huit matches dont trois de l’équipe nationale ! Et le tout sur la chaîne terrestre ! Pour suivre toute la compétition, il faudra débourser plus de 33 000 DA, presque deux mois de Smig ! Ou alors se débrouiller comme d’habitude. ZDF par-ci, TF1 par-là ! Nous ferons de la résistance et nous n’achèterons pas leur récepteur à la noix de coco. Nous vous dirons comment suivre toute la Coupe à l’œil. Notre collègue Nacer Aouadi a préparé un long article qui détaille toutes les astuces. Il sera inséré dans le supplément spécial que le Soir d’Algérie compte publier dans les prochains jours. Réservez-le chez votre marchand de journaux habituel.
Et Bon spectacle ! Bon vent aux Verts ! Qu’elle soit verte devant eux et derrière eux, comme disait ma grand’mère…
M. F.

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