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Chronique du jour : Lettre de province
Foot : pour quelques moments de ferveur patriotique


Par Boubakeur Hamidechi
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Comme à chaque fois que le football s’est offert une dimension œcuménique, à travers les rassemblements du «Mondial», il devient alors difficile de ne pas en parler. Même si on doit le faire d’une manière approximative. Fait social total, comme le qualifient les sociologues, il doit à sa médiatisation exceptionnelle, le fait qu’il n’est plus une affaire exclusive d’exégètes décortiquant la geste des stades à partir de grilles de lecture dont ils seraient les seuls à en posséder la «grammaire». La ferveur quasi religieuse qu’il suscite est telle qu’elle ne trouve d’équivalent dans aucune des autres passions collectives qui se donnent elles aussi en spectacle. De plus, elle prend souvent les accents de la passion lorsqu’il se trouve que ce sont leurs représentants qui font partie des heureux élus. L’Algérie étant parmi ceux-là qui, pour la seconde fois de suite, communiera avec son équipe. Ainsi lorsqu’une si douce trêve vient à point nommé pour gommer la morosité d’un pays mal parti, il semble presque déraisonnable d’aborder les sujets qui fâchent. C'est-à-dire les convulsions ridicules d’un pouvoir esseulé et dans la peine. Demeurer, l’espace d’une modeste chronique, en phase avec l’air du temps ne consiste-t-il pas justement à la consacrer à l’expédition brésilienne de l’équipe nationale ? Elle qui engagera le fer dès ce mardi 17 juin va en effet entretenir tous les rêves insensés durant une décade prodigieuse. C'est-à-dire 10 jours et 3 matches seront suffisants pour nous fournir le supplément d’âme qui nous avait manqué durant des années. C’est que le football pratiqué à ce niveau et amplifié à un tel degré est toujours gratifiant à la veille des épreuves pour finir souvent par devenir une sanction sans appel au sifflet final. Dans le succès, il vous grandit dans votre propre estime alors qu’il laisse de profondes cicatrices en cas de déroute.
Ce fut le cas déjà en 2010 quand, après une prestation peu convaincante en Afrique du Sud, les dirigeants s’étaient engagés à approfondir le travail des réformes structurelles des compétitions afin d’élargir la base de la prospection des talents in situ. C'est-à-dire dans le terreau algérien. Or, cet «après» Mondial n’a pas eu lieu. Celui qui devait mettre en route et au plus vite une nouvelle méthode de gestion des clubs professionnels en leur interdisant le laxisme et en leur imposant dans le cahier des charges la mission de formation. Or, cette promesse a fini par se résumer au changement d’entraîneur national. Le Bosnien Halilhodzic succédant à Saâdane, n’a fait que reprendre le schéma de travail de son prédécesseur faute de volonté de la part de la FAF de faire d’abord le ménage dans le fonctionnement des clubs. C’est qu’après une disette de 24 ans, au cours de laquelle nous fûmes absents du Mondial (1986 - 2010), Saâdane est parvenu à nous bricoler une respectable EN mais dont le cru n’a pas mûri dans les vignes locales. Dès 2008 - 2009, il s’en était affranchi en posant avec clarté le constat de l’échec du professionnalisme marron à l’origine de l’affaissement de la qualité de nos championnats. Obtenant le feu vert pour aller dénicher quelques pépites hors des frontières, il réussira à donner une factice visibilité à l’Algérie du football. Hélas, cette impulsion psychologique n’a pas connu le nécessaire enchaînement au plan national. Celui qui aurait dû, dès 2010, entamer ce travail d’inversion de la courbe par la généralisation obligatoire des centres de formation. L’inclination pour le court terme et pour les tickets en or d’une qualification a justement contribué à reconduire au profit du nouveau coach la même démarche.
Contractuellement, il était en quelque sorte payé à la performance et donc à l’abri des contraintes de la moindre stratégie de développement. Jusque-là, il est dans les «bons clous» de ce que l’on attendait de lui dès lors que l’Algérie se trouve parmi le gotha mondial. Halilhodzic, en bon mercenaire, n’a en fait réussi que le pari d’entretenir l’arbre qui cache le désert de notre football. Ces Algériens de sang et de filiation mais de formation étrangère auxquels nous devons ce retour sur la scène internationale et dont l’attachement au sentiment national ne fait pas de doute, sont, en définitive, le miroir déformant de l’échec global de toutes nos politiques sportives. Tant il est vrai que les exploits de cette armada des stades ne sont que la négation de la misère des terrains vagues d’ici. D’ailleurs, certains spécialistes étrangers «bien intentionnés» à notre égard n’ont pas manqué de relever la prédilection du football algérien à façonner une élite au sommet grâce au travail foncier de l’Europe alors qu’elle est totalement incapable de se hisser au même rang dans les catégories de jeunes. La critique qu’ils distillent peut sûrement froisser notre ego cependant elle est statistiquement exacte pour peu que l’on se souvienne que la seule fois où l’Algérie s’était qualifiée à un Mondial junior remonte à l’édition de 1978 au Japon. En calcul d’âges, cela fait 36 années, soit 4 générations de footballeurs !
En rappelant ceci ne nous empêchera évidemment pas de vibrer durant ces joutes avec nos représentants et surtout prendre un plaisir platonique à entendre un Kassaman monter des arènes de ce lointain Brésil. D’ailleurs, il nous importe peu que l’on soit battu ou pas à condition que ceux qui régentent le sport comprennent enfin qu’une élite de haut niveau est d’abord la somme de plusieurs paliers de sélections.
B. H.

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