Mardi 17 juin 2014
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Chronique du jour : A fonds perdus
Leçons d’Irak


Par Ammar Belhimer
[email protected]

Raed El-Hamed, journaliste irakien, membre du syndicat de la corporation, signe une précieuse contribution dans Sada, un site américain consacré aux questions arabes (*).
Felloudja échappe au contrôle du gouvernement fédéral depuis un an et demi, cependant que Da’sh (Etat islamique en Irak et au Levant, ad-Dawla al-Islāmiyya fi al-’Irāq wa-sh-Shām en arabe) échoue à instaurer son autorité sur la ville de Roumady et à élargir l’espace de la rébellion armée. Pour atténuer la pression sur Felloudja, l’Etat islamique autoproclamé entreprend des contre-attaques furtives dont il choisit le lieu et le moment, ce qui se traduit par des incursions suivies de retraits immédiats en différentes villes, à l’instar de Samra, ou des implantations plus durables dans d’autres cités, comme à Mossoul.
Quatre jours de combats pour le contrôle de Mossoul ont signé l’échec, la débandade et la fuite de ses autorités politiques, policières et militaires. Avec cette victoire, Da’sh contrôle les pipelines acheminant le pétrole vers le port de Jihane en Turquie, les centrales électriques du barrage de Mossoul et des ressources hydrauliques, ce qui met sérieusement en péril la capitale irakienne Baghdad.
Le grand espace désertique qui longe la frontière irako-syrienne sur 300 kilomètres à l’ouest de la ville de Roumadi dans la province d’Al Anbar, abrite aujourd’hui l’essentiel des forces de l’Etat islamique en Irak et au Levant.
Al Anbar se trouve également dans une position stratégique pour la circulation des armes et des combattants dans le Nord-Est syrien – aujourd’hui largement contrôlé par l’Etat islamique. C’est pourquoi l’essentiel des forces de ce dernier est concentré sur la ville de Roumadi, récemment tombée entre les mains de ses combattants. Une telle situation résulte initialement de la réaction des tribus locales à l’arrestation du député Ahmed Al Alouani en décembre 2013, qui a facilité l’avènement des troupes de l’Etat islamique.
L’emprise de Da’sh sur les territoires nouvellement conquis a provoqué la fuite de centaines de milliers d’habitants.
Pourtant, la chute de Felloudja a donné lieu à un accord non écrit entre les forces du nouvel Etat islamique et les tribus locales ainsi que le Conseil militaire qui regroupe les anciennes factions de l’opposition armée, et certains officiers supérieurs de l’institution militaire. Par cet accord, le nouveau pouvoir s’abstient de s’emparer des biens publics, d’engager des représailles visant les anciens responsables et chefs de partis et de tribus, de poursuivre toute personne pour apostasie ou de lui exiger allégeance, d’étaler les slogans et les couleurs de l’Etat islamique, etc.
En réalité, tout cela n’est que ruse de guerre pour les islamistes.
De tels engagements paraissent surréalistes au regard de ce dont témoigne un religieux de Mossoul (Irak) : «Je vous écris depuis Qaraqosh, dans une situation très critique et apocalyptique de violence à Mossoul. Plusieurs milliers d’hommes armés des groupes islamistes de Da’sh ont attaqué la ville de Mossoul depuis deux jours. D’après les chiffres non officiels, plus de 300 véhicules et 7 000 hommes armés et masqués sont entrés dans la nuit de lundi à mardi dans la ville, et la dominent aujourd’hui.
La plupart des habitants de la ville ont déjà abandonné leurs maisons et fui dans les villages où ils logent à la belle étoile, sans rien à manger ni à boire. Les groupes islamistes assassinent petits et grands. Les cadavres, d’après les témoins, se comptent par centaines. Ils sont abandonnés dans les rues et dans les maisons sans pitié. Les forces régulières et l’armée ont fui elles aussi la ville, ainsi que le gouverneur Al Nujaifi. Plus de trois mille familles, chrétiennes et musulmanes, ont déjà quitté la ville vers les villages de Tel Keif, Bartella, Qaraqosh et autres.»

De leur côté, les forces kurdes – les Pechmergas - mettent à profit ce chaos pour s’installer dans des zones qu'elles convoitaient depuis des années. Ainsi ont-elles pris le contrôle de la ville pétrolière de Kirkouk, dont la sécurité est assurée par une force de police arabo-kurde et turkmène. Outre Kirkouk, les Pechmergas se sont déployés dans les zones à dominante arabe du sud de la ville, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Mossoul, ainsi que plus au sud dans la région de Khanaqin, dans la province de Diyala. Avec, comme perspective immédiate, la dislocation du pays.
Au-delà de la bestialité, somme toute naturelle, attachée à toute emprise terroriste, la scène irakienne est le réceptacle du conflit irano-saoudien, comme l’atteste une étude de Foreign affairs. «Be careful what you wish for» («Attention à ce que vous envisagez»), semble être le conseil de Washington à l'Arabie Saoudite et aux autres Etats du Golfe qui soutiennent les djihadistes sunnites contre le régime de Bachar al-Assad à Damas. L'avertissement est d'autant plus approprié aujourd'hui que les combattants sanguinaires de l'Etat islamique d'Irak ont poussé des centaines de milliers de leurs coreligionnaires sunnites à fuir.
Jusque-là, Riyad voyait en Nouri al-Maliki un agent iranien, allant jusqu’à refuser d’envoyer un ambassadeur à Baghdad tout en encourageant les autres membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) - Koweït, Bahreïn, Qatar, les Emirats arabes unis, Oman – à faire de même.
Ces Etats, en particulier le Koweït et Qatar, ont soutenu financièrement les groupes radicaux comme Jabhat al-Nusra, un des groupes islamistes les plus actifs opposés à Assad en Syrie.
Les monarchies n’ont pas fini de sévir.
A. B.

(*) Raed El-Hamed, L’Etat islamique et la crise d’Al Anbar, 14 juin 2014, http://carnegieendowment.org/sada/2014/06/12/
(**) Simon Henderson, Battle for Iraq is a Saudi war on Iran. Why the ISIS invasion of Iraq is really a war between Shiites and Sunnits for control of the Middle East, Foreign Affairs, 12 juin 2014, http://www.foreignpolicy.com/articles/2014/06/12/.

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