Samedi 21 juin 2014
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Soirmagazine : ATTITUDES
J-7


Par Naïma Yachir
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Il gare sa voiture à proximité de son immeuble, ouvre son coffre, et entame le déchargement de sa marchandise. Il lui faut un sacré temps et de bons biceps pour vider la malle.
Il commence par les 5 bidons de 5 litres d’huile, suivront les dix paquets de sucre, les sacs de 10 kilos de farine, ceux de semoule, les packs de jus de fruits, de lait. Il est en nage. Il fait une pause, éponge son front et reprend le déballage. Il plonge la tête dans sa grosse caisse et vérifie les produits qu’il doit encore transporter. C’est au tour du bidon de miel. Une mauvaise manœuvre, et il se retrouver par terre. Il se relève, et le ramasse en rouspétant. Les articles s’amoncellent sur le trottoir. Les voisins, pas discrets, les inspectent avec des yeux ronds ; l’un d’eux lâchera : «Ma parole, on dirait qu’il vient de dévaliser une supérette !»
Lui, les yeux rouges de colère, les fustige du regard. Eux, sourire en coin, se permettent même une plaisanterie :
- Si t’as besoin d’aide, on est là !
- Non merci, répond-il en grinçant les dents.
Il continue son étalage. Il aura toutes les peines du monde à extirper la viande : une bonne moitié de mouton enfouie sous la montagne de commissions Ses efforts ne seront pas vains puisqu’il réussit son exploit. Il faut à présent disposer tout ça dans la cage d’escalier. Des va-et-vient incessants s’en suivirent alors. Il n’en peut plus. Il reste encore des cartons, qu’il n’a pas encore enlevés : les boîtes de tomate en conserve, le thon, le beurre. Il ferme la porte de son coffre, prend son téléphone, et appelle à l’aide. Son fils lui répond : «Désolé, je ne suis pas à la maison.»
Il raccroche, excédé. Il se résigne à accomplir l’ultime étape seul, celle de tout disposer dans l’ascenseur qu’il réquisitionnera. Les voisins devront prendre leur mal en patience. Lui, confus et fou de rage à la fois, se confondra en excuses. Il arrive à bon port, prend le temps qu’il faudra pour vider le monte-charge, pendant que ceux qui attendent pour qu’on leur renvoie l’ascenseur grommellent : «Mais quelle folie, il a peur de mourir de faim pendant le mois sacré, on dirait qu’il a vidé un supermarché.»
Lui, soulagé de n’avoir pas failli à sa mission, rassuré que sa famille ne manquera de rien le jour J, se réjouissant qu’il s’y est pris à temps, s’affale sur le canapé, pendant que son épouse procède à l’inventaire. Tout à coup, elle pousse un cri qui le fera sursauter.
En une fraction de seconde il est dans la cuisine au garde-à-vous. «Tu as oublié les feuilles de briks, tu verras, le premier jour de Ramadhan, elles seront prises d’assaut et coûteront le double.»

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