Jeudi 3 juillet 2014
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Chronique du jour : CE MONDE QUI BOUGE
Irak, l’EIIL et la création d’un califat


Par Hassane Zerrouky
Ce que l’Aqmi et ses alliés du Mujao et Ansar Dine n’ont pas réussi à faire dans le Nord-Mali, à savoir établir un califat, l’EIIL (l’Etat islamique en Irak et au Levant) est-il sur le point de le faire sur un territoire à cheval sur l’Irak et la Syrie ? C’est du moins ce que donne à voir la réalité du terrain depuis le 9 juin, début de l’offensive de l’EIIL sur l’Irak. Après avoir pris le contrôle de Mossoul, deuxième ville irakienne, Falouja, Tikrit, une grande partie de la province de Ninive (nord), une partie de la région de Diyala et la région ouest de Kirkouk, l’EIIL, qui menace désormais les régions périphériques de la capitale irakienne, a ainsi franchi le pas en proclamant dimanche dernier, premier jour du Ramadhan, «l'établissement du califat islamique» allant d’Alep en Syrie à Diyala en Irak. Les mots Irak et Levant ont été supprimés du sigle EIIL qui devient l’Etat islamique (EI).
Dans un enregistrement audio, le porte-parole de l’EIIL, Abou Mohamed al-Adnani, a annoncé que «la choura (conseil) de l'Etat islamique», qui a décidé d'annoncer l'établissement du califat islamique», a désigné «le cheikh djihadiste Abou Bakr al-Baghdadi calife des musulmans». Ce dernier, qui portera désormais le nom de «calife Ibrahim», «a accepté cette désignation par allégeance et est devenu ainsi calife des musulmans partout dans le monde». Ajoutant que le califat est devenu «le rêve de tout musulman» et «le souhait de tout djihadiste».
Abou Mohamed al-Adnani a également «prévenu les musulmans qu'avec l'annonce du califat, il est désormais de leur devoir de prêter allégeance au calife Ibrahim». «Croyants, obéissez à votre calife et soutenez votre Etat qui devient plus fort de jour en jour grâce à Dieu», a-t-il lancé. L’avertissement vaut également pour ces divers groupes djihadistes restés à l’écart de l’EIIL, et ce, même s’ils poursuivent un objectif commun. «Vous n'avez aucune excuse religieuse pour ne pas soutenir cet Etat. Sachez qu'avec l'établissement du califat, vos groupes ont perdu leur légitimité. Personne ne peut ne pas prêter allégeance au califat», a expliqué le porte-parole de l’EIIL. Et en conclusion de ce discours d’une autre époque, ce dernier appel : «Musulmans ! rejetez la démocratie, la laïcité, le nationalisme et autres ordures de l'Occident, revenez à votre religion (...) L'Occident et l'Orient se soumettront à vous, c'est la promesse de Dieu.»
Si ce message attribué à l’EIIL reste à confirmer, il n’en reste pas moins qu’il a eu un grand écho sur les sites islamistes et qu’il peut modifier la donne islamiste transnationale. Il faut savoir que le mouvement dirigé par Al Baghdadi a été désavoué par Ayman Zawahiri le chef d’Al Qaïda, lequel soutient le Front al-Nosra. Il lui avait même demandé de se retirer du territoire syrien. En vain. L’EIIL a fait de Raqa en territoire syrien la capitale non encore officielle du califat après en avoir chassé son rival le Front al Nosra et soumis les autres groupes à son autorité. Autre différence avec Al Qaïda, al-Baghdadi et son groupe sont dans l’action, alors que Zawahiri se cantonne à la lecture de messages «savants» loin des zones de conflit. Qui plus est, des Maghrébins, des Européens, des Tchétchènes, des Turcs, des ressortissants du Caucase et d’Asie centrale combattent sous la bannière de l’EIIL. Au Maghreb, Ansar Chariâa, pour qui «les victoires» de l’EIIL «couronnent nos têtes» et l’Aqmi ont salué la naissance de ce califat en des termes qui s’apparentent à une allégeance à Al-Baghdadi, ce disciple de Zerkaoui et de Abou Hamza el Muhadjer, vrai fondateur de l’Etat islamique en Irak avant qu’il ne prenne l’appellation d’EIIL.
S’il est un peu prématuré de dire comment va évoluer la situation dans les prochaines semaines, il n’en reste pas moins que l’EIIL, bénéficiant du soutien en sous-main des pétromonarchies du Golfe, peut amener l’Iran à intervenir en Irak pour maintenir l’équilibre des forces entre sunnites minoritaires et chiites majoritaires, quitte à user de pression sur ces derniers afin qu’ils acceptent de partager le pouvoir. C’est ainsi qu’il faut également comprendre l’appel de l’ayatollah irakien Ali Sistani, qui a désavoué le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki en appelant à un gouvernement d’union nationale. Pour conclure : si l’EIIL, par ses délires politico-religieux, fait le jeu de ceux qui souhaitent une partition de l’Irak, les Irakiens qui ne veulent pas voir l’Irak disparaître en tant qu’Etat et nation restent majoritaires.
H. Z.

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