Samedi 5 juillet 2014
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Soirmagazine : ATTITUDES
Folie


Par Naïma Yachir
[email protected]

Les yeux à peine ouverts, les cheveux ébouriffés, il est tout juste 7h et elle est déjà debout malgré une nuit perturbée par une terrible insomnie. Elle se rafraîchit le visage, passe sa main sur ses cheveux, les attache et les couvre d’un foulard, enfile son hidjab, prend son couffin et ferme la porte de la maison où dorment à poings fermés mari et enfants. Elle se dirige vers l’épicier du coin. Elle presse le pas. Elle a peur d’être en bout de file. Cette fois, elle emportera coûte que coûte ses sachets de lait. De loin, elle aperçoit un attroupement, elle entend des voix qui portent. Elle avance plus vite. Elle arrive essoufflée, se place derrière une dizaine de quidams qui s’agitent, gesticulent et parlent fort. Le rideau du magasin est fermé. Son propriétaire roupille encore, pendant que les clients, levés aux aurores pestent contre lui. Il est 9h, le voilà qui arrive dans sa camionnette. Tous les regards se dirigent vers lui. Il monte le rideau, visiblement étonné par la masse de clients agglutinés devant son commerce. Il les regarde et leur lance tout de go : «Ce n’est pas sûr que le camion vienne aujourd’hui.» Il n’a pas terminé sa phrase que des voix à l’unisson détonnent : «Nous ne bougerons pas d’ici tant que l’on n’a pas pris notre lait.» Puis notre mère de famille, explose : «Ce sont toujours les femmes qui sont reléguées au second plan. Hier, vous n’avez servi que les hommes.
Eh bien, aujourd’hui cela ne se passera pas comme ça.» Elle sera relayée par la gent féminine, qui, solidaire, renchérit : «Oui, elle a raison, cette fois, tu as intérêt à ce que nous soyons servies les premières.»Notre commerçant se fera tout petit, et ne consentira pas mot, de peur d’attiser le feu. Le ventre creux, les jeûneurs sont imprévisibles.
Assis sur des charbons ardents, nos humains s’impatientent.
Mais voilà que le camion pointe. Tout à coup la foule s’agite, prête à l’assaut. Après un branle-bas de combat, des cris, une hystérie générale, nos femmes sortiront vainqueurs de la bataille. Les visages en sueur, la bouche asséchée, elles emporteront le liquide précieux avec elles, fières de leur victoire !

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