Lundi 7 juillet 2014
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Actualités : Mohamed Mechati : la grandeur, jusqu'au bout de la vie

Par Noureddine Fethani
Qui a vu Si Mohamed résister aux ultimes douleurs du corps aura su avec quelle superbe et avec quelle dignité il avait, sa vie durant, tout affronté.
S'il a été en telle unanime faveur, il l'a du à son opiniâtreté, son courage intellectuel, son humilité, sa sociabilité, son immense empathie et sa prodigieuse générosité.
Je l'ai vu dans une grande gêne, rougissant presque, chaque fois que, apparaissant dans les rues d'Alger, dans les halls des salles de conférences, dans tous les endroits, toutes les têtes penchaient humblement vers lui. Il ne lésinait sur rien pour être agréable, accessible.
Extraordinairement prodigue, Il donnait plus qu'un milliardaire, lui qui ne vivait que de sa pension. On l'aimait dès qu'on le rencontrait, son amitié comblait de joie et de reconnaissance confuse. Comme un cadeau insuffisamment mérité. Il fallait le côtoyer pour saisir la grandeur sans pareille de sa présence. Son sourire lumineux et sa sollicitude de tous les instants brillaient bien au dessus de bien de ses pairs ensevelis sous les accommodements, l'allégeance et la flagornerie ; On se redressait, on restaurait peu à peu de sa présence, de sa condition et de ses propos une épopée qui eut du faire de ce pays autrement que ce lamentable motif de désespoir et de frustration et de révolte ; Il fallait la foi embrasée de cette figure, l'exemple de sa rectitude et de sa probité pour réhabiliter, rallumer de tous ses feux notre Révolution, la ré-appréhender sous toute sa gloire et toute sa noblesse. Un être roboratif, revigorant, vivifiant.
Son amitié subodorait avec une attention affectueuse la moindre occasion de faire plaisir alors qu'on ne s'y attendait pas.
Sa sincérité, tantôt tranquille, tantôt tonitruante, ne l'autorisait à rien enjoliver, rien cacher ; il se racontait sans prétention, sans jamais essayer de faire passer pour héroïque une existence pourtant peu commune. Cette démarche, comme celle qui marque son ouvrage sur son itinéraire révèlent un personnage d'une émouvante humilité et qui fut pour ses raisons entièrement détaché de lui-même.
Patriote à l'état pur, symphonie du patriotisme. Il aura été ainsi l'un des rares révolutionnaires chez qui l'on pouvait voir aussi distinctement les attributs primordiaux de l'engagement pour la lutte de libération.
Mohamed se tenait loin des cérémonies, des ors et des fastes ; Il se consacrait à la fidélité aux compagnons de combat , à ses amis, à la mémoire de ceux qui avaient partagé son idéal. Son observation et son écoute de la société lui en faisaient capter les vibrations les plus ténues et il se bouleversait, s'insurgeait en permanence, se rendait malade de la profusion des prébendes, des privilèges, des passe-droits et de la corruption qui enlaidissent et rétrogradent un pays auquel il aura tant donné sans jamais le crier, sans jamais avoir rien demandé, rien accepté pour lui- même.
Au plus fort de la douleur et de la maladie, il a puisé dans ses dernières énergies pour sortir et retrouver de brefs moments ses amis, ses habitudes dans le centre d'Alger où, superbe chevelure au vent, déambulait sa silhouette familière et tellement respectée. Jusqu'à la fin, il observe son propre état avec une vigilance tout simplement héroïque.
Jusqu'à la fin, il observe son propre état avec une vigilance tout simplement héroïque.
Dans ses derniers instants, il fera la recommandation à sa famille de refuser une inhumation officielle, comme il avait toujours rejeté de rien devoir à un régime qu'il avait si copieusement pourfendu. Il reposera, comme il l'avait souhaité, dans le petit et paisible cimetière algérois de Sidi Abderrahmane.
Il n'est pas beaucoup à qui je sois aussi redevable d’amitié qu'à cette figure héraldique, encore si présente et d'une si formidable humanité. Et je ne suis pas le seul à le ressentir aussi intensément.
Sans lui, les petits-déjeuners au «Big Bag» et les sardines de Zidi n'auront plus la même saveur .
N. F.

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