Lundi 14 juillet 2014
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Chronique du jour : Kiosque arabe
Le danger des névralgies patriotiques


Par Ahmed Halli
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Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ceux qui disent que l'incendie qui couve chez nous devrait nous libérer de toute tentation d'aller jouer les pompiers ou les bons samaritains, au-delà de nos frontières. On peut aimer le quartier de Belcourt sans être obligé d'aller le déclarer à Ghaza, d'autant plus que Ghaza est déjà dans Belcourt, à voir la levée de boucliers contre la réouverture des synagogues. Je me suis laissé dire, au passage, qu'il était vain de brandir des clés dont on n'a plus l'usage, les serrures et les portes qu'elles servent à ouvrir n'étant quasiment plus là. Quant aux fidèles, ils sont si peu nombreux et si peu visibles qu'ils se seraient bien passés de cette publicité inattendue, plutôt fâcheuse et inopérante. Fermons vite la parenthèse avant que les Égyptiens ne s'avisent de refermer le passage de Rafah.
Étant d'origine contrôlée, je ne me laisserai pas aller jusqu'à m'excuser de ne pas avoir mal à la Palestine, comme tant d'autres victimes de névralgies patriotiques. C'est précisément de cette catégorie de concitoyens, plus dangereux selon moi qu'Israël et le Hamas réunis, en vertu de la loi du «mort kilométrique». Un confrère qui a le mérite de nager à contre-courant et qui a tenu à se démarquer de cette «solidarité», douteuse et intempestive, vient d'en faire la triste expérience sur les réseaux sociaux. Je n'ose d'ailleurs imaginer la somme d'injures et de boues qu'il a dû recevoir sur sa boîte e-mail.
Au-delà des centaines ou des milliers de victimes de la barbarie à Ghaza, se profile déjà le portrait des futurs grands bénéficiaires arabes de cette tragédie. Ils sont déjà au premier rang, non pas des victimes ou des combattants, mais des va-t-en-guerre, Coran à la main, rivés à leurs minbars, et lançant des anathèmes qui font plus de dégâts que les bombes israéliennes.
Chaque journée de guerre contre Ghaza était «jour de gloire» pour Karadhaoui et pour les prêcheurs saoudiens, qui saisissent l'occasion pour se laver des crimes commis en Irak et en Syrie. C'est paradoxalement l'Égypte, qui a tant donné pour la Palestine, qui se retrouve sur la sellette, avec un pouvoir qui a mis fin au règne des Frères musulmans, jumeaux des islamistes du Hamas. Se souvenant des cris de guerre lancés contre l'Égypte, il y a un an à peine, à partir de Ghaza, la presse égyptienne ne pouvait rater une telle occasion de rafraîchir les mémoires. L'éditorialiste du quotidien Al-Misri-Alyoum, Hamdi Rizk, interpelle Khaled Machaal, le leader du Hamas qu'il tient pour responsable des attentats du Sinaï contre l'armée égyptienne(1). Toutefois, il tempère son propos en soulignant que «ce n'est pas le moment des reproches, alors que les soldats sionistes piétinent le sol de Ghaza et que le drame commande d'être solidaire. Mais la solidarité n'est plus qu'au peuple palestinien, principale victime, et non pas à ses dirigeants repus et rassasiés». Aussi, exhorte-t-il à Khaled Machaal «qui aspire au statut de "héros arabe", à aller se battre en première ligne contre les Israéliens, ainsi que le font les martyrs». Dans la même veine, un commentateur du même journal, Mohamed Amine, s'interroge : «Quels sont ceux qui meurent à chaque raid israélien? Pourquoi ce n'est pas Machaal, ni Hanieh, ni les dirigeants du Hamas ?» D'autres journalistes égyptiens sont encore allés plus loin, jusqu'à justifier, au nom de leur aversion pour le Hamas, l'insoutenable guerre menée contre des civils palestiniens. Le comble aurait été atteint par cette journaliste de télévision, originaire de Ghaza, qui a commis la «trahison» suprême en souhaitant qu'Israël prenne encore plus de mesures contre le Hamas.
Comme s'il n'attendait que cela, le quotidien islamiste Al-Misriyoune s'est empressé de dénoncer une éditorialiste d'Al-Ahram, en qui il croit voir le noyau de la «sionisation» de l'Égypte en marche. Il va même jusqu'à comparer cette consœur à la célèbre espionne égyptienne du Mossad, Habet Salim(2), qui aurait été, à l'en croire, «plus charitable à l'égard des Palestiniens». Quant au calife de Mossoul, il a réglé la question palestinienne à sa manière : la guerre contre Israël et la libération de la Palestine ne font pas partie de son programme. Son argument majeur est que le Coran n'en parle pas, et qu'il serait donc malvenu d'aller faire une guerre qui n'est pas approuvée ou bien ordonnée par la divine providence. Ce qui suggérerait que le nouveau calife a trouvé en revanche des passages non accessibles au commun des mortels et enjoignant de massacrer les ennemis actuels, à savoir les chiites et les apparentés là où ils se trouvent.
Et, de préférence au voisinage immédiat des nappes de pétrole, en particulier là où les Kurdes risquent de s'en emparer. En attendant, bien sûr, le futur redécoupage géographique, qui devrait concerner au moins dix-huit États de la Ligue arabe, selon les plans du Pentagone. Mais, pour l'heure, un débat passionné agite la toile autour de la marque de la montre que le calife de Mossoul arbore à son poignet. Certains ont suggéré que ce serait une Rolex, cette montre si chère qui lui aurait été donnée en cadeau par ses sponsors du Qatar. Ces derniers renoueraient ainsi avec le geste du calife Haroun Al-Rachid offrant une montre à Charlemagne. Faut-il préciser que la montre offerte à Charlemagne était de fabrication arabe, lorsqu'il s'agissait de domestiquer le temps et non de le tuer, comme on le fait si bien en période de Ramadhan..
A. H.

1) Ce n'est pas la première fois que les milices du Hamas sont accusées de commettre des attentats dans le Sinaï contre des militaires égyptiens, une accusation récurrente à la période Moubarak. Mais depuis la destitution du président Morsi et les déclarations bellicistes du Hamas, les accusations sont devenues plus précises.
2) Habet Salim, une jeune Egyptienne exécutée en 1974 pour espionnage au profit du Mossad israélien, est considérée comme l'une des plus redoutables informatrices d'Israël. Elle aurait notamment fourni à ses recruteurs les plans détaillés des sites de missiles antiaériens mis en place avant la guerre d'octobre 73. Jugée et condamnée à mort, elle aurait été pendue le jour même où Kissinger venait de solliciter sa grâce auprès du président Sadate, au nom de Golda Meir.
http://ahmedhalli.blogspot.com/

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