Lundi 14 juillet 2014
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Actualités : 14 JUILLET 1958
L’UN DES ACTEURS DE CET ACTE DE BRAVOURE RACONTE
Comment nous avons déployé le drapeau algérien aux Champs-Elysées


Dans un témoignage poignant, Ammar Layachi raconte comment, il y a 56 ans, le 14 juillet 1958, l’emblème national avait été brandi lors du défilé sur les Champs-Elysées par un groupe de jeunes algériens aux cris de «A bas l’Algérie française,Tahia El Djazaïr».
«Je m’appelle Ammar Layachi, je suis né le 16 décembre 1940 à Bône. Je voudrais apporter mon témoignage et raconter comment le 14 juillet a été pour moi – et pour d’autres jeunes de mon âge — la date d’entrée en clandestinité contre le colonialisme français. En l’occurrence je voudrais raconter ma première action dans les rangs du FLN. Comment celle-ci avait été préparée et organisée une semaine avant.
En 1958, ce qu’on appelait “les événements d’Algérie” avait fait revenir au pouvoir le Général de Gaulle. Cette année-là, pour le traditionnel défilé du 14 Juillet, les autorités avaient décidé de faire venir en France 4 000 anciens combattants musulmans ainsi que 3 000 jeunes, pieds-noirs et “Français musulmans”. La France voulait ainsi glorifier et justifier aux yeux du monde le bien-fondé de la colonisation.
Nous étions de jeunes sportifs de 16 à 17 ans qui, le 7 juillet 1958, faisaient pour la première fois la traversée de Bône à Marseille par bateau. Jusqu’ à notre arrivée à Marseille, nous croyions naïvement que ce voyage était une sorte de colonie de vacances organisée par nos clubs. Nous ne savions pas encore que nous venions pour le défilé du 14 Juillet, pour crier “Algérie française !”.
Une fois à Paris, nous avons été pris en charge dans un camp de toile militaire situé à Maison Laffitte en banlieue parisienne. Malgré l’interdiction de quitter le camp, nous avons trouvé le moyen de “faire le mur” pour aller à Paris : notre but était de fuir et d’entrer en contact avec des responsables FLN de la fédération de France.
Il était impensable en effet de défiler en scandant «Algérie française !». Cependant, comment faire pour établir un contact. Où chercher ?
Nous avons alors marché dans le quartier latin, découvrant la ville, à la fois émerveillés et perdus. Des militants FLN, étonnés de cette inflation subite de jeunes musulmans dans les rues de Paris, nous ont abordés. Après avoir écouté nos explications, ils nous ont demandé de les suivre dans un établissement, “Le Tam-Tam” pour discuter plus tranquillement. Ledit établissement était tenu par le père de la grande diva algérienne Ouarda el Djazaïria.
Nous étions impressionnés par ces hommes déterminés et de toute évidence très bien organisés. Ils nous parlaient de leur engagement et nous voulions leur prouver que nous étions des leurs. Nous leur avons dit que nous n’irions pas défiler, que nous allions fuir. Ils nous ont écoutés. Puis ils nous ont dit qu’ils avaient une meilleure idée : il fallait au contraire participer, mais en donnant une autre tournure à l’évènement. Semer le trouble en brandissant l’emblème national algérien. Ils nous donnèrent des instructions très précises : les drapeaux qu’ils nous remettraient devaient absolument être brandis devant la tribune officielle. Ni avant ni après.
Le jour venu, le défilé a commencé normalement. Arrivés devant la tribune officielle et comme prévu, nous avons brandi les drapeaux algériens en criant et en répétant : “A BAS L’ALGÉRIE FRANCAISE ! A BAS L’ALGÉRIE FRANCAISE !”, “VIVE L’ALGÉRIE LIBRE ET INDÉPENDANTE !”,”TAHIA EL DJAZAIR !”.
L’effet de surprise a été total : les autorités françaises étaient tétanisées à la vue de l’emblème national. Cependant, pris de panique, certains camarades sont sortis des rangs. Ils ont été repérés et arrêtés par la police. Ils étaient facilement repérables avec leur tenue kaki.
Mon groupe était composé de 10 jeunes. Nous n’avions pas été arrêtés parce que, contrairement aux autres, nous n’avions pas quitté les rangs durant la cohue. Rentrés au camp, nous avons vite changé de tenue vestimentaire et pris la fuite pour rejoindre nos contacts FLN.
Trois mois plus tard nous étions acheminés clandestinement dans différentes directions : pour certains au Maroc, pour les autres en Tunisie. Nous allions grossir les rangs de l’ALN, accomplir notre devoir : lutter contre le colonialisme.
A peine sortis de l’enfance, nous venions de franchir un pas lourd de conséquences. Subitement, la conscience d’avoir laissé sur les quais du port d’Annaba une vie qui, désormais, appartenait au passé ; de ne peut-être plus jamais retrouver nos familles et nos repères.
Ce témoignage me donne enfin l’occasion de rendre un vibrant hommage à mes frères de la fédération de France qui, au péril de leur vie, nous ont hébergés, nourris, protégés et conseillés. Dans cet exil moral et géographique, durant cette épreuve d’entrée en clandestinité, nos frères à Paris ont été notre seule famille. Merci mes frères !»
Ammar Layachi, ancien membre de la Wilaya V historique.

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