Mercredi 23 juillet 2014
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Chronique du jour : Tendances
Mêlée, à l’algérienne


Youcef Merahi
[email protected]

En ce mois de jeûne qui dit ses derniers jours, la mêlée algérienne, elle, ne dit toujours pas ses derniers jours. Au contraire, elle s’enchevêtre, coince, s’interpénètre et se complique, pour compliquer davantage un avenir atteint de sinistrose. La canicule n’arrange rien dans la tête de l’Algérien. Ni les feux de forêt qui crament notre dernière énergie. La faim s’invite dans le débat des passions algériennes, pauvre de nous ô ! De jour, l’apathie dessine des nerfs à fleur de peau. Pour un rien. Allahouma inni sa’im ! De nuit, c’est la grande bouffe. Chorba, at home. Bourak. M’touem. Le cœur des amandes. Kebda mechermla, pour les bourses pleines. Puis, ruée vers la ville. Café. Limonade à gogo, comme au temps de la prohibition. Glaces. Eau minérale, par bouteilles entières. Trottoirs encombrés. Voitures défilant, en cortège, comme lors d’un mariage. L’Algérien revit. Il a rempli sa panse. Les maisons se vident. Les rues explosent. Achat, par-ci. Les traîne- savates, par-là. Chacun trouve son compte. Et ceux qui vont remplir leur devoir religieux. Tarawih. Quiam llil. On se bouscule quêtant le paradis, mains levées vers le Ciel. Jusque-là, tout me semble normal. C’est comme ça, c’est l’Algérie. C’est nous, quoi ? Dix dans les yeux des envieux. Sauf que l’incivilité touche même les mosquées. Et pourtant ! De quoi s’agite-t-il ? Des prieurs qui veulent se retrouver dans les premiers rangs, juste derrière l’imam, c’est un plus de piété, dit-on, se font réserver ces places. Un porte-clés, par-ci. Un téléphone, par-là. Ou tout autre objet qui indique que ce coin est à qui de droit. Ça existe, oui, oui. Etre dans les premiers rangs, surtout le premier, c’est être en pole position dans la piété. Donc être plus près de Dieu. J’ai vu ces scènes-là. J’ai entendu ce discours. Des salafistes, me dit-on, qui compliquent le rapport au Seigneur par un rigorisme de mauvais aloi. Dans ma naïveté, je me suis dit que la mosquée n’est pas un parking réservé, mais la maison de Dieu, bâtie pour tous. De là, commence le rejet de l’autre, y compris entre croyants. C’est le début de la violence. Dieu reconnaîtra les siens !
Depuis toujours, les mangeurs de carême existent. Ils existeront toujours. Jeûner implique un acte individuel. Il n’y a pas de contrainte en religion. A l’époque, ils se cachaient. Pas par peur. Mais par le regard réprobateur de la société. Ça n’allait pas plus loin. Rebbi yehdih, disait-on. Dieu le ramènera sur la voie de la raison. Désormais, puisque la religion s’est transformée en idéologie, ces bouffeurs de carême se font tabasser par les «autres», les jeûneurs. A Tizi, il y a quelques jours, des citoyens ont cassé le jeûne publiquement, sur la désormais célèbre place de l’Olivier. Tout un symbole ! Cette action appelle la réaction de l’autre camp. Comment osent-ils ? Où est la horma du jeûne ? Ils ont souillé cette place. On va la nettoyer par la prière du Maghreb et nous prendrons notre chorba, là-bas. Ce qui fut dit, fut fait. On est loin, très loin, de la tolérance humaine. Ni des casseurs de carême. Ni de ceux qui font dans la stigmatisation. Dieu a créé deux voies, chacun est libre de choisir la sienne. Notre ministre du culte l’a répété, récemment. Courageux, le bonhomme. Oui, lucide, surtout. Et les atavismes fondamentalistes reviennent à la charge ! A Béjaïa, les choses sont passées à la vitesse supérieure. Comme si Ibn Tumert ressuscitait ! On dit de lui qu’il a donné du bâton, pour mettre de l’ordre dans ce qu’il considérait comme désordre, de son temps. On connaît la suite. Un esprit furieux disait ceci : «Ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres». Ce n’est pas Voltaire, non. Ça aurait pu, mais ce n’est pas lui. Les dé-jeûneurs ont été bastonnés. Des blessés, il y en a eu. Le spectre de 1990 hantera l’Algérie pour longtemps encore. Qu’a fait la puissance publique ? Rien pour le moment. Pas même un communiqué de presse. Ou une lettre au citoyen. Des activités culturelles ont été suspendues, suite à cet excès de zèle de certains agités de la rédemption. Qu’a fait la puissance publique ? Aucune explication n’a été donnée par le premier magistrat de la wilaya. La responsable de la maison de la culture ne sait plus à quel saint se vouer. Comme je la comprends. «On m’a dit de…», la suite est connue. Les instructions d’en haut et celles du Très-Haut, c’est du kif-kif au pareil ! L’infortune religieuse perdure dans notre pays, malheureusement. Des places réservées dans les mosquées aux interdictions de la liberté de conscience, le pas est vite franchi : de l’anathème aux violences physiques. 1990 traîne encore ses guêtres, il peut exploser de nouveau, comme quand on assassinait la lumière de ce peuple. Les boutefeux, il y en a partout. Y compris dans les mosquées. Et en dehors ! Il faut un discours clair dans ce sens. Des actions concrètes, surtout. Ne traînons pas les choses, comme en 1990.
Je comprends ce qui fait courir Hamrouche, lui qui n’a rien dit depuis 1991. J’avais pensé qu’il s’était totalement retiré de la chose publique. Le voilà qu’il mène une campagne pour dénoncer, expliquer et donner des solutions au blocage actuel. Il ne voit rien venir. Le statu quo, dit-il, risque de nous mener vers l’implosion. Si le feu, dont parle Hamrouche, atteint la maison Algérie, aucun pompier au monde ne pourra l’éteindre. Taghennent est née chez nous, tout le monde le sait. Si je comprends son souci de pédagogie sociale, je ne comprends pas, par contre, son entêtement à demander à l’armée d’intervenir. Elle qui refuse de bouger le petit doigt. Puis, intervenir, comment ? Pour quoi faire ? Un coup d’Etat ? Imposer une transition, à l’égyptienne ? Il y a un Président, en place, que je sache. Pourquoi alors, lui et les autres, n’ont-ils pas réussi à former une force pour gagner les élections présidentielles ? Ah, oui, le système ! N’êtes-vous pas à contre-temps des événements, Monsieur Hamrouche ? Préparez-vous déjà les prochaines élections ? Disposez-vous d’un parti, une machine à gagner ? N’êtes-vous pas la fameuse hirondelle du fameux printemps ? Il y a un tas de questions. Je n’ai pas de réponses.
Vous faites un constat. Mais vous ne donnez pas LA solution. Ni les moyens d’y parvenir. Ni les politiques à suivre. N’êtes-vous pas, vous aussi, un homme du passé qui ne peut prétendre à réconcilier l’Algérie avec son avenir ? N’êtes-vous pas un homme du système qui veut casser, justement, ce même système ? Je partage avec vous le souci du danger de l’implosion (de l’explosion !), les Algériens en ont marre, je ne partage pas avec vous la méthodologie, même si votre démarche est louable, à plus d’un titre.
Vous ne pouvez pas demander à ceux qui ont monté le système de le mettre de côté, de se retirer, de voir leur pouvoir fondre comme beurre au soleil, de se réformer, de se déjuger, de poser la république sur des socles solides… Au fond, vous savez qu’ils ne seront pas crédibles. J’applaudis votre baroud d’honneur, même si au fond de moi, je pense que vous n’y croyez pas beaucoup à votre solution. Pardon, je fais partie des sceptiques. Mon pays m’a appris à cultiver le doute politique, je le fais aussi pour votre démarche.
Waad Essadek ? Savez-vous ce que c’est ? C’est à Sour-El-Ghozlane, semble-t-il. Pas très loin de la capitale, Alger. Cette entreprise achète et vend tout. Avec l’argent des autres. Une «madofferie», à l’algérienne, bien de chez nous, comme on sait les faire. Rappelez-vous du Madoff américain ! Alors Waad Essadek, c’est quoi ? Une philanthropie ou une escroquerie sociale ? Mais comment cette histoire scabreuse a-t-elle démarré ? Avec quelles autorisations administratives ? Quel était son cahier des charges ? L’enquête a-t-elle déblayé le terrain ? Qui est responsable de cette madofferie, en amont et en aval ? Aurons-nous le fin mot de Waad Essadek ?
Je suis curieux de savoir, de la genèse à la chute. Comme pour Khalifa Bank ! Je n’ai encore rien compris. Pour le moral, c’est bon de ne rien savoir ! Surtout, évitez la mêlée, à l’algérienne !
Y. M.

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