Dimanche 10 août 2014
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Chronique du jour : Ici mieux que là-bas
Le goût des cimes


Par Arezki Metref
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Nous étions, Nadjib Stambouli et moi, en train de chercher un restaurant à Azazga quand le téléphone vibra. Hacène me demande si on peut récupérer un conteur tunisien à la descente d’un bus et le convoyer jusqu’à Agoussim, sa destination et la nôtre, où se déroule le festival Racont’arts. A vrai dire, depuis Alger, nous n’avions pas cessé de spéculer sur la réputation d’Azazga, l’une des villes d’Algérie où l’on mangerait le mieux. Nous récupérons Salah Souia, un grand gaillard à la voix gouailleuse et au crâne rasé à la Taras Boulba, dans une rue de la ville. Après un excellent repas dans un petit restaurant, nous décidons de partir à l’assaut de l’altitude. A table, Salah, conteur et comédien, raconte l’homérique voyage en bus qu’il a effectué depuis l’oasis de Douz, dans le Sud tunisien, jusqu’à Azazga. Il prend un premier autocar qui le dépose à El-Oued, en Algérie, un deuxième qui le conduit jusqu’à Béjaïa et, enfin, un troisième d’où il vient de descendre. Total : près de 40 heures de cahots. Je n’ose pas lui dire que nous ne venons de parcourir que quelque 150 kilomètres en presque six heures de temps. Salah décrit les changements qui se sont produits dans le domaine culturel, celui de l’art théâtral en Tunisie depuis la fuite de Ben Ali. Du bon et du moins bon, évidemment.
Les choses sont simples pour Salah. Artiste itinérant, il a appris par Internet l’existence de Racont’arts, ce festival off, atypique, un esprit autant qu’un événement. Il a téléphoné. On lui a dit : t’as qu’à venir. Et il vient !
Dans ce festival pluridisciplinaire qui transhume depuis 11 ans d’une halte à l’autre, l’arrêt à Agoussim, ce village qui coiffe une cime à un battement d’aile d’un des sommets du Djurdjura, s’est choisi cette année un thème : Chants sacrés et profanes de Kabylie. On chante du sacré à la manière – moderne – de Mother, cette chanteuse hollandaise polyglotte qui, avec un orchestre constitué d’excellents jeunes musiciens de Laghouat, puise à une inspiration qui ne soit seulement humaine. Ou de Nadia Amour qui collationne et chante les vieux chants festifs et profanes kabyles qu’elle va chercher au fin fond des montagnes.
Racont’arts, c’est surtout la surprise des rencontres. Voici Abderrahmane Yefsah, frère de Smaïl, qui vient dédicacer un roman, … et Caïn tua Abel (éditions à compte d’auteur). Tout est déjà dans ce titre. Comme tout ce qu’écrit Abderrahmane, ce roman est marqué par l’assassinat de son frère, un choc parfaitement compréhensible.
Voici aussi l’audacieux Ameziane Lounès qui présente Timucuha, une adaptation en berbère des fables de Jean de la Fontaine, ainsi que Nuits de Jeunesse, un recueil de poésie encore marqué par une forme de classicisme rimé. Voici encore Sadia Tabti, cette racont’artiste endurcie qui écrit des livres pour enfants avec toute la tendresse qu’elle a dans les yeux. Puis Chabane Imache, un cadre de l’Education nationale à la retraite, qui présente L’Algérie au carrefour/ La marche vers l’inconnu (Editions L’Odyssée), un recueil de textes politiques écrits par son père, Amar Imache, «un personnage considérable, selon Benjamin Stora dans la préface de cet ouvrage, dans l’histoire politique contemporaine algérienne». Il fut, avec des gens comme Messali Hadj, Radjeff Belkacem et Si Djilani, à la source du nationalisme algérien. Cependant, et contrairement à d’autres, «il est l’un des premiers à vouloir à la fois l’indépendance de l’Algérie et le respect de la culture berbère».
Voici encore Aïcha Bouabaci, complice en poésie depuis si longtemps, qui continue son chemin d’écriture et de poésie. Et voici aussi Sarah Aider, décapante, attachante, sublime. Un immense écrivain en devenir, qui vit les transgressions autant qu’elle les écrit.
Petit à petit, par la musique, le théâtre, le conte, l’image, Agoussim fait corps avec Racont’arts au point qu’il devient difficile d’en distinguer un habitant d’un hôte. Une communion dans la volonté de célébrer la parole pousse vers le même besoin de se retrouver, se parler, déambuler ensemble à travers les venelles dédaléennes du village, rendre sa force à la culture.
A. M.

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