Samedi 16 août 2014
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Soirmagazine : ATTITUDES
Perdu de vue


Par Naïma Yachir
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Les voilà de nouveau réunies après s’être perdues de vue pendant plusieurs années. Et pourtant elles habitent la même ville, le même quartier. Ces trois dames, la soixantaine bien entamée, se sont retrouvées autour d’un café chez la benjamine d’entre elles pour lui présenter leurs condoléances suite à la disparition de sa mère qu’elles ont eu l’occasion de connaître.
Universitaires, elles ont fait leur carrière qui dans l’enseignement supérieur, qui dans l’administration. Elles se remémorent le temps où, jeunes, fraîchement mariés, elles faisaient des balades sur les grands boulevards durant les soirées fraîches de l’été, parlaient de leur boulot qu’elles prenaient à cœur, ou participaient avec leurs époux aux débats politiques. Ils sortaient tous de la fac de droit ou de sciences politiques. Rien ne les retenait pour organiser des rencontres pour un déjeuner ou un dîner. Ces visites d’amitié étaient légion. Au fil des ans, le cercle s’agrandit avec la venue des enfants, trois par famille, c’était le nombre requis des temps modernes. A leur tour, les bambins formaient leurs petits groupes. L’école, le collège, le lycée et puis l’université les réunissaient.
En voyant Hamid, son épouse et ses deux filles, Malika n’en revient pas.
«Je n’arrive pas à le croire ! Je l’ai connu, enfant. Mon Dieu, comme le temps passe vite.»
Kheïra, elle, ne l’a pas vu depuis son mariage, il y a presque neuf ans.
«J’ai du mal à réaliser que nous habitons à quelques mètres l’une de l’autre et que nous ne nous voyons plus depuis des lustres. Le décès de ta mère, c’est mon fils qui me l’a appris. Il en a été informé via les réseaux sociaux. Heureusement qu’il y a ça».
Et chacune ira de ses explications pour essayer de justifier cette coupure.
Samira, c’est son travail qui en est la cause. Cadre dans une entreprise nationale, à l’orée de la retraite, son boulot lui prend tout son temps. Elle parcourt près de 100 km par jour pour rejoindre son poste, les embouteillages aidant, elle arrive chez elle lessivée. Sa seule envie, se reposer. Malika, en retraite depuis quatre ans, n’a plus aucune envie de sortir.«Dehors, je ne reconnais plus personne. J’ai l’impression d’être étrangère dans ma propre cité. Et puis, il y a la visite de mes enfants et mes petits-enfants. Je n’ai plus un moment pour moi. Heureusement il y a Kheïra pour m'extirper de mon cocon.»
Les pensées et les bonnes intentions pour faire un petit coucou ne manquent pas chez Samira. «Il m’arrive souvent de décider d’aller rendre visite à Kheïra, mais je me pose un tas de questions : je regarde l’heure, je me dis qu’il est trop tard, ou encore «après deux ans de silence, je ne vais pas débarquer chez elle comme ça». Et ça tourne vite au protocole. Alors pour dire que je suis toujours en vie, (car il y en a qui sont partis trop jeunes), je me contente d’un texto pour souhaiter bonne fête à l’occasion des deux Aïd».
Des retrouvailles, dans de pareilles circonstances, ont permis à ces anciennes amies de réaliser combien la vie est courte et combien le temps passe vite. Elles sont résolues à trouver ce temps qui leur échappe, à chasser ce protocole qui les bloque et de se retrouver plus souvent comme au bon vieux temps !

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