Samedi 16 août 2014
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Chronique du jour : Lettre de province
Du fonds de commerce de la Shoah à l’épuration ethnique en Palestine


Par Boubakeur Hamidechi
[email protected]

40 jours durant, un déluge de bombes s’était déversé sur l’enclave de Ghaza sans que cela émeuve la bonne conscience d’un Occident, habituellement prompt à condamner le moindre recours à la riposte des Palestiniens. Cycliquement le remake guerrier d’Israël (2008-2010) bénéficie de la mansuétude d’une communauté internationale qui, depuis longtemps, avait décidé de sanctuariser cet «Etat pas comme les autres» afin de se racheter de ses crimes historiques. Or, ce syndrome de la culpabilisation qui irrigue depuis 70 ans les puissances de ce monde n’a-t-il pas fini par faire de l’entité sioniste une «nation» voyou ? Celle qui cultive le bellicisme sectaire comme une justification à d’imaginaires périls qui l’encerclent. Avec une aisance parfaitement calibrée sur les motifs ponctuels de ses interventions meurtrières, Israël rejoue à l’infini la dramaturgie du complexe de Massada. Celui de sa bunkérisation dans un environnement hostile, peuplé, cette fois, d’Arabes et de musulmans, contrairement à la vérité historique. A leur tour, les médias les plus influents, font le reste. Celui de présenter les dirigeants de Tel-Aviv comme les seuls vigiles d’une civilisation judéo-chrétienne menacée de toutes parts par la marée montante de l’Islam. C’est ainsi que la question palestinienne a cessé d’être perçue comme le nœud gordien d’un simple peuple chassé de sa terre pour n’être disséqué que sous l’angle d’un djihadisme islamique intolérant. La symétrie a été vite faite à travers le Hamas de Ghaza, ce dont d’ailleurs l’Etat hébreu se prévaut en toutes circonstances. Grâce à ses lobbies, puissamment actifs aux Etats-Unis et en France notamment, Israël ne sera pas de sitôt mis au ban des nations. Considéré avec bienveillance en «état de légitime défense» permanente, il se soustrait de fait aux sanctions. C’est par conséquent la nature même de cette «discrimination positive» qui est à l’origine de son insupportable impunité. Un viatique, consensuellement accordé dès les premières années de la création de l’ONU (1948), qui l’autorise à ce jour d’agir selon les exigences de son expansionnisme sans jamais en référer au droit international. Or, nous avons avec Israël le modèle achevé de l’Etat hors la loi sauf qu’il bénéficie d’une immunité «onusienne» à travers son gendarme qu’est le Conseil de sécurité. A l’inverse, ce dernier, n’a-t-il pas de tout temps exercé des pressions brutales sur les voisins arabes au nom d’un spécieux «réalisme» ouvrant la voie à la paix et la cohabitation. Rapidement les Etats de la région s’aperçurent de l’unilatéralisme de l’ONU devenu de fait l’outil idéal d’Israël pour ratifier ses stratégies. En un peu plus de trente ans, le «regard» arabe a notoirement changé. Il est passé de la réfutation improductive à la possibilité d’une solution médiane. A l’inverse, l’Etat hébreu a entamé parallèlement une stratégie plus exigeante en posant les uns après les autres des conditions insupportables.
Toujours sous l’influence de lobbies, la plupart des membres du Conseil de sécurité ne surent pas saisir certaines opportunités pour réorienter leur pression sur un Israël tout à fait réfractaire à l’idée de s’inscrire dans la réinsertion régionale. Deux moments-clés furent en effet lamentablement gaspillés au profit d’une paix. C'est-à-dire deux rendez-vous majeurs qui firent deux victimes emblématiques : Sadate puis Arafat. Au sujet de ces deux précurseurs, qui furent tour à tour critiqués et parfois qualifiés d’aventuriers et de capitulards, la tentation est de nos jours justifiée de mettre en parallèle le geste inouï de l’Egyptien se rendant en Israël en novembre 1977 et l’électrochoc psychologique provoqué par Arafat en 1993 annonçant la reconnaissance officielle de l’existence d’Israël.
Dans cet Orient où le casus belli est traditionnellement disserté émotionnellement («a conscience malheureuse» cultivée par le sionisme et la «conscience de l’humiliation» intériorisée par les Arabes), deux coups de grisou vinrent donc balayer ces «doxa» fondatrices afin de faire place au réalisme et à la lucidité. Ils furent l’œuvre des Arabes alors que les Hébreux d’Israël et la diaspora puissante dans les médias d’Europe et d’Amérique mirent immédiatement en doute cette «bonne volonté bédouine» (sic). Or de si limpides et si lointaines reconnaissances ont-elles jamais suffi aux va-t-en-guerre israéliens de se mettre enfin en conformité avec le droit international ? Pas du tout. Car de par la complexité de sa création, Israël ne semble pouvoir survivre que par le conflit et ne peut se «moraliser» que par la contrainte de la paix. Or, pour que cela puisse devenir possible dans le futur, il faudrait que Washington, Paris ou Londres soient à leur tour en mesure de mettre au pas la nuisance de ses lobbies. Autrement dit, «normaliser» Israël ne consiste pas à l’empêcher d’exister mais à lui ordonner de ne pas ajouter au drame d’un peuple spolié le ressentiment qu’il est orphelin de justice.
Israël n’est, hélas, que cela. C'est-à-dire le fourrier indirect du djihadisme se développant dans ce qui fut le «croissant fertile» ; de même qu’il est le géniteur putatif de ce Hamas gérant Ghaza où un blocus inhumain irrigue le désespoir. Car enfin, en quoi se différencie-t-il du djihadisme islamique que l’on agite comme un épouvantail ? Israël n’est-il pas également une théocratie fondée sur l’épuration ethnique et le génocide ?
B. H.

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