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Actualités : Des chercheurs du CRAAG sont catégoriques :
«Aucun séisme ne peut être prévu»


La prédiction d’un séisme à court terme est impossible, affirment des chercheurs au Centre de recherche en astronomie, astrophysique et géophysique Craag. L’activité sismique actuelle est normale et se poursuivra moins intensément, estiment-ils. Au-delà du séisme, c’est la politique de prévention qui importe néanmoins, notamment à l’échelle locale.

Chérif Bennaceur - Alger (Le Soir)
L’activité sismique, notamment celle ressentie samedi 9 août 2014, à 11h19 et survenue à 22 km au nord-est de Bologhine (Alger) et d’une magnitude de 4,0 sur l’échelle de Richter, est «tout à fait normale», considère le chercheur Mohamed Hamdache, analyste de l’aléa sismique au Centre de recherche en astronomie, astrophysique et géophysique (Craag). Rencontré au siège du Craag à Bouzaréah, ce chercheur rappelle qu’un séisme correspond à une rupture brutale au niveau de l’écorce terrestre qui entraîne une libération d’énergie (propagation d’ondes). Ainsi, la «dissipation» de l’énergie accumulée au niveau du foyer sismique et dont le principal s’est «libéré» le vendredi 1er août à 5h11 en mer à 19 km au nord-est de Bologhine, se poursuit. Rappelons que la magnitude de ce séisme a été calculée à 5,6 sur l’échelle de Richter.

Plus de 130 répliques enregistrées
Toutefois, cette dissipation de l’énergie ira en diminuant d’intensité. Ainsi, depuis le «choc» principal du 1er août, plus de 130 répliques de magnitudes diverses ont été enregistrées jusqu’à lundi dernier, indique-t-on au Craag. Néanmoins, la majorité de ces répliques, d’une magnitude parfois inférieure à 3 n’ont pas été ressenties, indique Mohamed Hamdache qui rappelle que lors du séisme d’El Asnam (Chlef) du 10 octobre 1980 et dont la magnitude a été de 7,3, quelque 7 000 répliques ont été enregistrées durant les six mois suivants. Or, la région nord du pays, située sur la zone d’affrontement des plaques tectoniques euroasiatique et africaine, est connue pour sa sismicité.
Une sismicité dont l’historicité remonte à l’an 1365 et même jusqu’en 858 (voire 267), indiquera un autre chercheur, Mohamed Kamel Lammali (chef du département des relations extérieures et de la valorisation des résultats de la recherche).

Les répliques se poursuivront mais...
Certes, la poursuite de l’activité sismique constitue un «scénario classique» et «va aller en décroissant dans le nombre», observe-t-on. Combien de temps cela va durer ? A cette question, les deux chercheurs répondront qu’il est impossible de déterminer avec exactitude la date et l’horaire de la dernière réplique. Cela même si l’on admet que les répliques vont continuer mais s’«espacer» dans le temps.
L’opportunité pour ces deux chercheurs de réfuter toutes les supputations faites ici et là. «Nous enregistrons un nombre de 80 à 90 séismes en moyenne par mois et dont la majorité n’est pas ressentie», indique Mohamed Kamel Lammali qui rappelle que la sismicité de l’Algérie évolue entre faible et modérée. Il n’existe, ce faisant, aucun moyen scientifique permettant de prédire de façon exacte l’heure et l’endroit ainsi que la magnitude d’un séisme, assure-t-on, même si des efforts en ce sens ont été tentés par la communauté scientifique mondiale. Seule certitude pour ces deux chercheurs, l’activité sismique a été «continue» et est régulière à 100% en Algérie.

L’occurrence d’un séisme, indépendante de tout autre facteur
De même que l’occurrence d’un séisme n’est liée à aucun facteur externe, notamment la saisonnalité, le niveau des températures, le climat ou toute autre paramètre, précisent-ils. Il «n’y a pas de cohérence. Il n’y a pas de relation» à ce propos, selon M. Hamdache qui indique que le Craag a enregistré durant les décades écoulées des tremblements de terre pendant toute l’année, à toutes les saisons, à n’importe quel mois et à toute heure. En outre, il note qu’une expérience a été tentée en Chine en 1975 pour observer le comportement des animaux lors d’un séisme, mais n’a pas été réellement concluante.

La prédiction sur le court terme «n’existe pas»
«La prédiction de court terme ? Nous n’en savons rien», dira le directeur général du Craag, le Dr Yelles Chaouch Abdelkrim. Confortant les propos de ses deux collègues, le Dr Yelles Chaouch assure que la prédiction de court terme «n’existe pas». S’il est possible de prévoir sur le long terme la survenue d’un séisme, connaissant la sismicité, les probabilités d’occurrence sismique sur de longues périodes (5 siècles en moyenne), indique le Dr Yelles, il s’avère toutefois impossible de prévoir la survenue d’un séisme sur une échelle de quelques semaines.
Explicite, il mettra en avant «la complexité» de l’événement sismique, la nécessité de tout connaître de la faille sismique, de connaître l’aléa, les mécanismes de déformation.

Il faut «publier» dans des revues scientifiques
Ce faisant, le directeur général du Craag considère que toute annonce sur l’occurrence d’un séisme doit être argumentée de manière scientifique, basée sur des modèles et doit être validée, faire l’objet d’une publication scientifique «sérieuse» et reconnue. «Il faut publier», affirme le Dr Yelles Chaouch qui argue d’une démarche scientifique, de la nécessité d’être «cartésien, rationnel...». Sinon, ce serait de «l’affabulation», du «charlatanisme», constate le DG du Craag qui affirme que la question est sérieuse. «Nous ne devons pas jouer avec la sensibilité (des gens). Nous ne pouvons nous permettre de plaisanter», affirme M. Yelles Chaouch.

La sensibilisation est un travail de longue haleine
Cependant, le séisme n’est pas un problème en soi, considère Mohamed Hamdache. Certes, le tremblement de terre de Boumerdès, survenu le 21 mai 2003, a «traumatisé» les Algériens.
En outre, le récent séisme d’Alger a été marqué, outre la panique qui a provoqué le décès de six personnes, par l’apparition d’une psychose, de rumeurs et autres appréhensions favorisées notamment par des déclarations médiatiques sujettes à caution.
Le «vrai problème, c’est le béton et le comportement», concède l’analyste en aléas sismiques, en estimant qu’il faut faire l’effort de réagir avec«sang-froid». D’où la nécessité d’œuvrer en matière de sensibilisation, assure Mohamed Lammali qui évoque plusieurs actions entreprises en ce sens notamment par le Craag.
«La réduction du risque sismique est un travail de longue haleine qui implique divers acteurs dont le Craag», ajoutera Mohamed Hamdache.

L’ambition du Craag, la sensibilisation au niveau local
Des efforts ont été entrepris «nettement» en ce sens notamment par le Craag, la Protection civile et le ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, concède-t-on en évoquant le rôle actif des pouvoirs publics. Toutefois, ces efforts s’avèrent parfois contraints pour des raisons objectives et doivent être complétés par d’autres relais, relève ce spécialiste de l’aléa sismique qui cite notamment le rôle des structures éducatives et universitaires. A ce propos, les représentants du Craag ambitionnent de faire «descendre» la politique de prévention du risque sismique à l’échelle locale.
Il s’agit d’œuvrer en concertation avec les autorités locales, au niveau des 1 541 communes du pays, en matière de prévention, sensibilisation et mobilisation des moyens logistiques et humains. Notons que le Craag qui compte 250 chercheurs, dont plusieurs doctorants, dispose de 80 stations numériques dont 60 GPS. Des stations «performantes» qui transmettent par voie satellitaire, voire d’un réseau sismologique fixe qui détecte l’activité sismique H24, indique-t-on.
Ce qui permet aux chercheurs et techniciens du Craag de pouvoir «localiser» en quelques minutes le séisme, de calculer l’épicentre et la magnitude et ainsi de pouvoir «orienter» les secours, dans le cadre d’une collaboration active avec les autorités compétentes et les structures opérationnelles concernées (notamment la Protection civile).

Le Craag en quête d’excellence
Nonobstant les moyens de travail et de recherche dont dispose ce centre et qui ne sont pas toujours suffisants, le Craag s’engage, ce faisant, résolument dans une quête d’excellence. Ainsi, les représentants de ce centre évoqueront plusieurs actions entreprises et qui font du Craag un pivot, une référence dans le domaine de la sismologie et de l’étude géophysique. Rappelons dans ce contexte que les chercheurs du Craag participent aux projets lancés dans le cadre des programmes nationaux de recherche. Ils s’impliquent également , en interne, dans la valorisation des travaux de recherche (publication de catalogues, cartes, études de risques géologiques et autres travaux scientifiques...).
En outre, ils participent à l’activité de formation et d’enseignement universitaire (animation de chaires, encadrement des doctorants et étudiants de master...).
Comme les chercheurs du Craag participent aux divers programmes de recherche à l’échelle régionale, euroméditerranéenne ou internationale. Ainsi, ils sont présents lors des forums et conférences spécialisées et contribuent à l’élaboration des bases de données mondiales. En ce sens, le Dr Yelles Chaouch et ses collègues évoqueront le dynamisme des chercheurs du Craag dans le domaine de la publication scientifique à l’échelle mondiale.
C. B.

Quid du Craag ?

Le Centre de recherche en astronomie astrophysique et géophysique (Craag) est un établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST), régi par le décret 20-06 de février 2006.
Le Craag fait suite à la création de l'Observatoire d'Alger en 1890, de l'IMPGA en 1931 et de la création en 1980 du Centre national d’astronomie, astrophysique et géophysique (Cnaag).
En 1985, lors de la mise en place des statuts des centres de recherche, le Craag fut créé par décret 83-521. Il fit partie du HCR en 1990, sous tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique.
En 1991, le Craag fut placé sous l'autorité du ministère de l'Intérieur. Le Craag effectue plusieurs missions : une mission de recherche et d’étude dans les domaines de l'astronomie, de l’astrophysique et de la géophysique, une mission de service public dans le domaine de la surveillance sismique permanente du territoire ainsi qu’une mission auprès des secteurs socioéconomiques.

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