Mercredi 20 août 2014
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Reportage : CAP-DJINET
«Bateau cassé», ce coin paisible


Reportage réalisé par Abachi L.
On ne peut pas la rater. Elle est située à quelques mètres, en contrebas, de la RN24 (Boumerdès-Dellys), la plage dite «Bateau cassé» est à la périphérie est de la petite ville de Cap-Djinet à une trentaine de kilomètres de la ville de Boumerdès. Elle tire son nom d’une épave d’un bateau, dont une partie émerge, au loin, des eaux, qui aurait été coulé lors de la Seconde Guerre mondiale.

Etalée sur environ 1 000 mètres, cette plage est le coin préféré des familles à la recherche d’un coin tranquille dans le long littoral (12,6 km) de la commune de Cap-Djinet. Sur place, 14 surveillants de la Protection civile sont détachés pour veiller sur la sécurité des baigneurs. Trois jeunes femmes venues de Oued-Aïssi, près de Tizi-Ouzou sont allongées sur le sable en compagnie de leurs gamins. «C’est une plage familiale tranquille. Nous sommes ici depuis 2 jours. Nous avons loué un appartement et nous passons des moments vraiment agréables», témoigne l’une d’elles.
A quelques mètres, trois familles sont venues ensemble d’El Harrach. Les hommes sont réunis autour d’une partie de dominos et l’armada juvénile se débat sur le sable ou barbote dans l’eau. Avant de terminer notre question, l’un d’eux lance : «La plage est formidable et comme vous le voyez nous passons de bons moments.»
Jeudi, comme il y avait du vent soufflant d’est en ouest, la fréquentation n’était pas forte. «Les jours de grosse chaleur, il n’y a pratiquement pas de place», dira l’un des maîtres-nageurs qui précise que les estivants viennent de toutes les régions du pays plus particulièrement de l’Algérois et de la Haute Kabylie. Un peu plus loin, la plage Mazerghane est longue de 1 500 mètres. Quelques familles sont installées. Un gros machin qui rassemble à une tente et sur lequel flotte un énorme emblème national monté sur un mât qui attire notre attention. C’est le campement de Amirouche 23 ans, petit commerçant, Rostom 19 ans étudiant et leurs 4 copains de Bordj-Menaïel. Ils sont sur place depuis le second jour de l’Aïd-El-Fitr.
«A Bordj-Menaïel, nous n’avons rien. Alors nous sommes venus ici pour fuir le stress.» Est-ce qu’on leur a accordé facilement l’autorisation de camper ? «Nous n’avons même pas demandé d’autorisation. Mais les gendarmes passent régulièrement et nous discutons avec eux. Comme nous participons au nettoyage de la plage et à la tranquillité des familles, personne ne s’offusque de notre présence jour et nuit», dira Amirouche.
Au niveau du poste de la Protection civile nous engageons une discussion avec les agents surveillants, le gardien du parking et un citoyen du voisinage. À notre question sur la présence des familles sur leurs plages, c’est le citoyen d’une soixantaine d’années qui prend la parole. «Nous avons un grand respect pour la famille et nos jeunes n’accepterons pas que ces familles qui viennent chez nous soient importunées.» Cet état d’esprit qui honore la population de Cap-Djinet nous a été rappelé par le gérant de l’auberge Cap-Djinet implantée à la lisière de cette plage. Ce dernier est originaire de Haute Kabylie mais travaille depuis longtemps pour connaître la population, singulièrement ses voisins. «Pour ce que je connais très bien c’est-à-dire le voisinage à partir de 800 mètres à droite et 800 autres mètres à gauche de notre établissement, je peux vous garantir que c’est des gens bien élevés, sages et très hospitaliers.»
Après avoir approfondi la discussion nous avons compris que les habitants en question propriétaires de la quasi-totalité des terrains et qui ont construit dans cette partie de la municipalité sont tous originaire du même âarch. Comme quoi la cohésion sociale est un facteur de paix.
Nous avons commencé ce jeudi notre périple à travers cette municipalité par la plage du port. Des familles arrivaient au début de la matinée de la région de l’axe Rouiba-Boudouaou ou de Tizi-Ouzou, de Bouira et d’Alger. Cette plage est la plus prisée parce qu’elle est protégée par le port contre les vents d’est, donc de la houle. Les eaux sont calmes et peu profondes. Au milieu de la journée, elle était bondée.

Des efforts pour une commune démunie de grandes ressources financières
A l’issue de notre tournée à travers les différents rivages, nous avons constaté qu’en matière de propreté des plages et de sécurité, les estivants, qui concéderont quelques imperfections mineures, peuvent opter pour l’une des plages de Cap-Djinet et passer de bons moments.
Faut-il rappeler que cette municipalité de la daïra de Bordj-Menaïel commence à peine à sortir de 20 ans de léthargie exacerbée par une crise sécuritaire aiguë. Le retard mis pour préparer la saison estivale 2014 est l’illustration de cette difficulté à redonner le goût de la vie dans cette région. D’ailleurs quelques rares établissements d’hébergement, généralement construits à la fin des années 1980 et qu’on pourrait verser dans le secteur du tourisme de la localité ont ouvert dans la précipitation.
«Nous avons pris la décision de procéder à quelques travaux sommaires et de n’ouvrir cette année que durant la première quinzaine du mois du Ramadhan.
Nous nous projetons pour la prochaine saison», nous a déclaré le gérant de l’auberge Cap-Djinet qui loue à des prix raisonnables des appartements et des studios d’un bon standing. C’est le cas d’un restaurateur qui dispose sous d’énormes arbres exotiques d’une grande terrasse fermée depuis des décennies juste au bord de la RN24. Il a ouvert depuis très peu une gargote. Chez un professionnel du tourisme, cette terrasse deviendrait un endroit paradisiaque à haut rendement financier.
L’APC de son côté mobilise chaque jour tout ce qu’elle a comme moyens humains et matériels pour nettoyer les 9 plages totalisant, selon le maire, Nacer Benebri, une longueur de 7 000 mètres et la ville. «Chaque jour, je commence mon travail à 6h pour veiller aux travaux de nettoyage de la ville» dira-t-il. Le maire de Cap-Djinet, ancien cadre des forêts est connu pour être un passionné par sa mission au niveau de la commune Mais comme on le dit, la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Cap Djinet, qui abrite environ 24 000 habitants, occupant une superficie de 72,13 km2 — l’une des plus grandes des 32 communes — est une municipalité qui ne peut compter que sur les subventions de l’Etat pour pouvoir répondre au minimum des besoins des estivants qui la choisissent comme destination. Ses revenus annuels sont estimés à 7 milliards de centimes alors que la seule masse salariale des agents communaux mobilise 12 milliards de centimes pour les 12 mois de l’année. D’ailleurs c’est le département du Tourisme de la wilaya de Boumerdès qui a pris en charge un programme d’aménagement des plages de la localité.
Selon Nor Zoulim, directeur du Tourisme de la wilaya, son département a pris en charge les travaux d’aménagement des deux plus grandes plages communales avec l’installation de l’éclairage public, la construction des murs de protection contre les assauts des vagues, l’installation de réseaux de drainage des eaux de pluie et le bitumage des parkings. Coût des opérations 6,2 milliards de centimes.
«D’autres plages de cette commune seront également prises en charge en 2014 et 2015», rassure Zoulim. Le maire est conscient que la municipalité qu’il dirige recèle d’énormes potentialités touristiques mais constate amèrement qu’il y aucune grande infrastructure répondant aux normes du secteur. Cependant il ne veut pas brûler les étapes.

Faire partager le projet et son fruit avec la population
Il préconise par conséquent une approche graduelle et pragmatique. Ecoutons-le : «Je ne peux pas demander à mes administrés mal logés, qui sont au chômage, qui n’ont pas de route ou qui vivent tout simplement dans la précarité d’être plus hospitaliers avec les estivants et de montrer plus d’intérêt au tourisme. Je dois d’abord résoudre leurs problèmes. Ensuite, ce sont eux-mêmes qui vont s’investir pour le développement de cette économie car ils y trouveront leur intérêt.»
En fait, l’expérience locale enseigne que sans l’implication de la population locale, point de concrétisation de l’ambition ni de démarrage de grands projets touristiques dans la région. Plus tard, pour peu que la formule de partenariat soit trouvée, le développement durable de ce secteur sera pris en charge par les jeunes de cette commune. Il faut espérer que cette donnée fondamentale n’échappe pas aux porteurs de grands projets d’investissement. Ils doivent en outre prendre la mesure de l’importance du gisement économique que ce soit à Cap-Djinet ou dans d’autres communes côtières de la wilaya de Boumerdès. Les plus perspicaces jetteront sûrement un œil sur l’aspect politique et sociologique de la région ciblée. Contrairement aux a priori, ils découvriront une population qui a certes souffert mais apaisée après avoir fait face avec abnégation à la crise. Dans ce monde agité, cette tranquillité retrouvée est un acquis qui pèse lourdement dans la balance.

Un tourisme à construire, un filon à exploiter
Il est clair qu’en matière de tourisme, singulièrement balnéaire, tout reste à faire dans la commune de Cap-Djinet ou ailleurs dans la wilaya. En plus de la mer qui lui tend généreusement les bras, la municipalité que gère Nacer Benebri a d’autres atouts à mettre dans le panier de sa dot. Elle est au pied d’un massif montagneux verdoyant. Il est vrai par ailleurs que l’Etat, même en commettant de grossières erreurs en matière de construction d’équipements a fait sa part du travail pour cette commune.
Le port de pêche, à la suite d’une erreur de conception coûtera le double de son prix (220 milliards au lieu de 100 milliards) ; il est toujours en travaux, mais il finira bien par être exploité. Juste à côté, les travaux d’un autre port dédié à la plaisance seront lancés. La localité est traversée par la RN24 qui deviendra bientôt une voie express. Pour très longtemps, le problème de la disponibilité de l’eau potable et de l’énergie électrique ne se posera pas puisqu’une seconde centrale électrique est en construction et l’usine de dessalement d’eau de mer de 100 000 m3 est en production. Nor Zoulim a pour sa part lancé l’étude d’aménagement des 463 hectares de la Zest (zone d’expansion des sites touristiques).
Les terrains facilement urbanisables de cette zone sont situés en amont de la RN24, face à la mer. Mais les responsables de la wilaya ont créé il y a quelques années un problème à la commune en question. En effet la DMI de Boumerdès (direction des mines) avait délivré, du temps de Chakib Khelil, des autorisations d’exploitation des carrières d’agrégats. Justement certaines de ces carrières ne sont pas loin de cette Zest. Inconsciemment ou consciemment, ces responsables avaient commis un crime contre l’environnement, contre la santé et la sécurité de la population et avaient mis en danger le potentiel économique de cette commune.
Refusant de subir plus longtemps la nuisance de ces carrières, les citoyens ont fermement milité pour leur fermeture. Certaines sont effectivement à l’arrêt mais, dit-on, provisoirement, le temps que la population se calme. Entre l’enrichissement de certains hommes d’affaires qui ont leurs entrées au niveau du pouvoir central et le développement harmonieux de cette commune, les citoyens ont fait leur choix.
Abachi L.

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