Lundi 2 février 2015
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Chronique du jour : Kiosque arabe
À chacun son Satan !


Par Ahmed Halli
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Le quotidien londonien Al-Hayat s'est intéressé aux cas de trois femmes, Sadjida Richaoui, Sodja Dlimi et Ala Akili, dont Daesh et consorts réclament la libération en échange d'otages libanais, japonais, ou jordanien. Sadjida est l'un des quatre membres du groupe de kamikazes chargés des attentats contre des hôtels à Amman en 2005. Elle a survécu, parce que sa ceinture d'explosifs n'a pas fonctionné, et elle a été arrêtée, quelques jours plus tard, puis condamnée à mort. Jusqu'à ces derniers jours, note le journal, Sadjida Richaoui était une prisonnière oubliée, et tout le monde pensait que c'était une femme très ordinaire, et même un peu naïve, puisqu'elle n'avait pas su déclencher sa ceinture explosive. Et voilà que Daesh réclame sa remise en liberté, alors qu'elle ne figurait même pas dans sa première liste de revendications. Aujourd'hui, le sort de l'aviateur jordanien, Kassassibi, détenu en Syrie par Daesh, est lié à celui de Sadjida. On peut dire la même chose des soldats libanais, pris en otage par les milices islamistes en Syrie, et dont la vie ou la mort dépendent du sort de Sodja Dlimi et Ala Akili.
Sodja est détenue par les autorités libanaises, alors qu'elle convoyait des fonds importants (des centaines de milliers de dollars) destinés aux combattants de Daesh, et du front Al-Nosra. Sodja a été mariée avec le calife de Mossoul Al-Baghdadi, dont elle a eu une fille, mais bien qu'elle n'ait été mariée avec lui que durant trois mois, elle était une pièce maîtresse du réseau. Ala Akili n'est autre que l'épouse d'Abou Anis, dit le Tchétchène, l'un des chefs d’Al-Nosra. La capture de ces deux femmes a provoqué, dans un premier temps, l'exécution d'un soldat libanais, Ali Albezzal, pris en otage lors des combats de l'été dernier à Arsal, au Liban. Le quotidien saoudien souligne que les terroristes islamistes choisissent ces femmes parce qu'elles ne suscitent pas de soupçons, et ne subissent pas les mêmes fouilles que les hommes.
Quelles promesses peuvent bien faire les terroristes islamistes aux femmes et aux jeunes filles pour les inciter, les encourager, à se faire exploser dans une mosquée ou un hall d'hôtel ? Comment des femmes qui voient les miliciens de Daesh et d’Al-Nosra, traiter leurs semblables comme des esclaves sexuelles, voire du bétail, peuvent accepter de les suivre, voire de mourir pour eux ? Ces femmes ne sont tout de même pas crédules, au point de penser que les mêmes récompenses, réservées aux mâles dans l'au-delà, les attendent en cas de sacrifice suprême. On leur a appris pourtant, dès leur enfance, et même bien avant, qu'il y a des félicités célestes, dévolues à la seule mâle engeance, et qu'elles sont elles-mêmes un avant-goût terrestre de ces félicités.
Comme on ne tue plus ni ne se fait tuer par amour, du moins du côté féminin, on est bien forcé d'admettre qu'il y a une énigme à élucider quelque part. J'ai trop de respect pour l'intelligence et la lame aiguisées des femmes pour penser que celles qui s'engagent sur cette voie sans issue ne le font pas sans convictions profondes. Je sais en même temps que ce n'est pas la foi en Dieu, puisque Dieu ne leur a pas ordonné de tuer, et en conséquence, ne leur a rien promis. Faut-il admettre alors, à l'instar des médias égyptiens, que toutes ces organisations, de Daesh aux Frères musulmans, mobilisent des «adorateurs du diable» ? Satan, le vrai, qui ne serait pas le chef hiérarchique du «Grand Satan» qui siège à Washington, mais son concurrent direct, se serait donc installé à demeure.
Il utiliserait, dans la «Maison de l'Islam», et en dehors, des «Versets sataniques», ignorés ou négligés par Salman Rushdie, pour s'emparer des cœurs des hommes, après avoir mis leurs cerveaux en jachère. L'écrivain et journaliste saoudien, Hani Naqchabandi, s'est saisi de ce thème récurrent, cher à Khomeiny, pour s'adresser au nouveau roi d'Arabie Saoudite, Salman. Voyant le monde se poser des questions sur les intentions du nouveau souverain wahhabite, il s'inquiète de la tournure que prennent les relations avec l'Iran, et exhorte le roi à faire la paix avec Téhéran. Selon Hani Naqchabandi, l'Arabie Saoudite ne devrait pas faire le jeu du «Grand Satan», en faisant la guerre à l'Iran, même si ce pays est l'incarnation du diable ou le diable lui-même. Il observe qu'il ne serait pas de l'intérêt de l'Arabie Saoudite de maintenir les hostilités avec les Iraniens, alors que l'Occident cherche à normaliser ses relations avec eux. Aussi, le nouveau roi devrait s'attaquer à deux chantiers, selon lui : négocier un accord avec l'Iran, pour éviter une conflagration régionale, et lutter contre ses démons intérieurs, en muselant les rigoristes du wahhabisme. Un vœu pieux si l'on en croit notre confrère égyptien qui rappelle, qu'après la victoire de Khomeiny, et au lieu de réformer, les monarchies du Golfe, et d'autres, ont choisi de rivaliser avec lui sur le plan de la piété. «Ils ont fait comme s'il s'agissait d'un match où chacun voulait montrer qu'il était le meilleur dans l'interprétation et l'application des textes religieux. De leur côté, les courants libéraux, laïques, ou de gauche, se sont repliés sur eux-mêmes, et sont restés sur la défensive. Bien plus, nombre d'entre eux se sont empressés de prendre en marche le train de l'Islam politique, pensant que c'était le cheval gagnant.»
Comme pour nous démontrer qu'en matière d'intégrisme, sunnites et chiites sont toujours en compétition, le magazine Elaph rapporte le cas d'une tentative avortée de «Cadenas d'amour» dans la ville irakienne de Bassorah. Karim, un jeune ingénieur de la ville, a voulu rééditer la même expérience sur les rives du «Chatt al-Arab», en équipant un mur de la ville, de cadres métalliques. Après avoir obtenu, bien sûr, l'autorisation de la municipalité, il mit en place son système qui a connu tout de suite un engouement extraordinaire. Las, en novembre dernier, alors que l'opération suscitait de plus en plus d'adhésions, des miliciens chiites ont démonté le système, et jeté cadenas et cadres dans l'estuaire. Aujourd'hui, seules quelques personnes osent encore graver leurs noms sur ce mur que tous les jeunes de Bassorah appellent, depuis, «Mur de l'amour». Il me semble avoir entendu parler d'une initiative similaire qui a connu le même sort, et pas loin d'ici.
A. H.

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