Lundi 9 mars 2015
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Chronique du jour : Kiosque arabe
Battre sa coulpe, ou battre sa femme ?


Par Ahmed Halli
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Quand ils sont à court d'arguments convaincants, ils vous brandissent le Coran, avec la même mauvaise foi, et la duplicité d'un Muawya accrochant le saint livre au fer des lances de ses soldats. La guerre est une affaire de ruse, surtout lorsque la ruse et la roublardise servent à désarmer, puis à éliminer un frère, et l'imam Ali n'était-il pas le frère en religion de l'illustre usurpateur ? Quatorze siècles plus tard, et roulant en quatre-quatre, ou voyageant en jet, ils substituent le Coran au chéquier ou au bâton, pour nous faire injonction de nous conformer au Coran. Mettons de côté la question, pourtant récurrente, de savoir combien de musulmans sur le milliard et demi que compte la planète, vivent réellement en accord avec les commandements divins. Ne nous arrêtons pas au problème lancinant que constitue aujourd'hui la difficulté de suivre à la lettre le mode de vie et les modèles de comportement que nous propose la Sunna. Bornons-nous simplement à relever, toujours avec le même étonnement naïf, le niveau de maîtrise des prescriptions religieuses chez nos concitoyens, et dans des domaines très précis. Qu'il me soit permis de rendre hommage, au passage, à l'énergie et au zèle que déploient les Algériens, engagés ou pratiquants discrets, à puiser dans le Coran les passages providentiels du moment.
Dès qu'il s'agit du statut de la femme, sur la question de l'héritage et de la polygamie notamment, nous nous éveillons brusquement à cette piété fulgurante, qui nie la raison, même déclinée au masculin. Il y a plus de trente ans, l'honorable Assemblée dont il est question ici était entraînée dans un débat, disons décalé, sur la longueur de l'auguste badine, devant servir à l'éducation des femmes. Aujourd'hui, il apparaît que nous avons régressé au point d'avoir abandonné le recours à des instruments, somme toute anodins, et d'invoquer le droit de battre, sa femme… à mains nues. Simplement parce que le Coran l'autorise et que ses exégètes improvisés se réservent le droit singulier de n'en retenir que ce qui les arrange, au détriment de tout le reste. Au moment où il est urgent de battre sa coulpe, nos contemporains remettent sur le tapis le pourquoi et le comment battre sa femme. Aussi, la pénalisation et le châtiment de la violence maritale iraient-ils à l'encontre du message divin et seraient une source de discorde conjugale et de dislocation des foyers, selon nos bons islamistes, dont la bonté n'est pas souvent le point fort. Certains ont vu dans la place de la femme au sein du foyer, l'équivalent d'une aire à battre, une «ligne rouge» à ne pas dépasser. Paradoxe de cette «ligne rouge», aussi mouvante que les règles morales que les politiciens s'acharnent à transgresser, selon leur bon plaisir. Et nous savons combien ils peuvent payer de leur personne, lorsqu'il s'agit de se faire plaisir.
La ruse avec les textes pour le bien commun, chère à l'illustre Abou Hanifa, semble avoir inspiré d'autres commentateurs de cette loi, tant décriée qui vient d'être votée par l'Assemblée. Dans le quotidien arabophone Echourouq, il y a comme un air de parenté avec ce qui s'est dit au sein de l'APN, même s'il y a un semblant d'attachement à arrondir les angles, comme pour ne pas blesser. Or, il s'agit justement de blessures, en l'occurrence, et de celles que subissent plus souvent les épouses, que les époux, même s'il faut admettre qu'il y a des hommes soumis, voire battus, des «Lalla Mergaza» par vocation. L'un des chroniqueurs attitrés du quotidien, Nacer Hamdadouche, s'arrête au verset brandi par les islamistes pour justifier leur position (sourate des Femmes. Verset 34). Certes, il est question de frapper les femmes, soupçonnées de légèreté ou d'insoumission, mais avant les coups, il y a la recommandation de leur tourner le dos ou de déserter la chambre conjugale. Et de nous expliquer par d'autres textes que le mariage en Islam est fondé sur l'affection et le respect mutuel, ce dont nous sommes tous convaincus. En fait, nous dit le chroniqueur, ce verset est avant tout à usage préventif, puisqu'il vise à mettre en garde les femmes, et à les prémunir contre la violence du mari. Mais, il conclut que la loi votée par l'Assemblée s'oppose au Coran «comme si les accords et les engagements internationaux avaient la primauté sur les orientations divines», note-t-il.
Sans s'armer de précautions, et contrairement à celui qui précède, Hocine Laqraa qualifie carrément le texte de l'APN, de «loi d'émasculation de l'homme». Une petite halte, ici, pour préciser que l'auteur utilise le mot «tathine», que nous avons traduit plus pudiquement par émasculation, alors qu'il signifie plus couramment «cocufiage».
Le «tahan» (le «ha», fricative pharyngale sourde) étant généralement le mari compréhensif, voire aveugle et insensible aux frasques diverses et immorales de son épouse. Commentant donc cette loi, le chroniqueur affirme d'entrée qu'elle ne servira qu'à «la dislocation des familles, l'augmentation du pourcentage des divorces, la perdition des enfants et la dépravation des mœurs». Il s'emploie lui aussi à expliquer que l'Islam est contre l'emploi de la violence excessive envers les épouses. Sans s'arrêter au fait que la loi en question vise justement à punir cette violence excessive que proscrit justement l'Islam, mais dans ce cas d'espèce, on n'en restera jamais à une contradiction près. En fin de compte, il nous prédit un scénario catastrophe, dans le sillage de cette loi, c'est-à-dire que nos sociétés finiront par ressembler aux sociétés occidentales, «où la permissivité est la règle, où le mariage est l'exception, et où la majorité des enfants ne savent pas qui est leur père». Diabolique Occident : tu nous fascineras toujours, et même nos injures à ton égard retentissent comme des déclarations d'amoureux transis !
A. H.

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