Mercredi 1er avril 2015
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Chronique du jour : Tendances
L’autoroute en zigzag


Youcef Merahi
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Le week-end dernier, j’avais décidé de faire de la route, pour me changer les idées. Puis, notre pays est si vaste qu’il s’y prête à la maraude routière. J’ai, donc, pris mon courage à deux mains, ma petite famille et mon asiatique de voiture (je n’ai pas encore sollicité un crédit à la consommation – il se fait désirer – et prétendre à acheter une Symbol oranaise, production nationale ; puis, ce sera la bonne excuse de faire une virée à Oran – ma – passion), et j’ai pris notre bonne vieille autoroute Est-Ouest, justement, pour me rendre à l’est, précisément dans l’antique Calama (Guelma, pour les intimes). J’ai fait le plein d’essence dans une pompe Naftal, pas loin de Bouira, et en avant que je déchire le bitume. C’est du moins ce que je pensais dans ma candeur de voyageur du sur-place. Les choses ne vont pas comme on l’aurait souhaité : musique chaâbie, vitres ouvertes et les yeux, en alerte, sur les quatre points cardinaux. Très rapidement, plus vite que je ne le pensais, la route se gâte, kilomètre après kilomètre. Ici, des cahotements. Là, quelques nids de dinosaure. Un peu plus loin, un panneau de signalisation géant nous demande de nous rabattre sur la voie d’en face. Patience, quand je dis «un peu plus loin», j’entends par là une attente qui aura duré près d’une heure où nous roulions en première vitesse. Je ne vous raconte pas l’ambiance. De deux voies, on se retrouve à se disputer la moindre parcelle de goudron libre. C’est à qui mettra le nez de sa voiture en premier pour pousser l’autre à stopper, juste pour un gain d’un mètre, à peine. L’heure passée, on se retrouve, enfin, libre comme le vent, sur la continuité de l’autoroute. Là, c’est la débandade ! Tout le monde accélère à fond, moi aussi ! On fait rugir les moteurs. Les pistons carburent grave. On ne fait pas la fête longtemps : l’autoroute, capricieuse, a décidé de nous gâcher le voyage. Vicieuse comme tout, elle nous place un autre panneau de signalisation qui nous ordonne de refaire la même expérience : rouler en sens inverse ! Et en avant que je klaxonne. Que je fulmine. Que je regarde de travers l’impudent qui tente de me piquer ma place. Que je serre les dents. Les poings. Et une autre partie de mon anatomie. On roule en première vitesse. Tiens, la voiture devant fume comme un pompier, on reçoit tout son goudron dans l’habitacle. Il faut fermer les fenêtres et mettre la clim. On tient le coup. On est brave. On arrivera bien à Guelma. Deux ou trois kilomètres plus loin, les voitures regagnent leur lit d’origine. Et, on fonce à vive allure. Pour casser la «grina» algérienne.
Pour rattraper le temps (tu peux courir, mon z’ami !). Pour se déstresser. Pour souffler. On dépasse la vitesse autorisée, moi le premier. Je fais mes 130 allégrement. J’en avais marre de faire du sur-place sur une autoroute, à peine adolescente, mais déjà ratatinée. Puis rebelote ! On refait la même gymnastique. De guerre lasse, une aire de repos nous tend les bras. On s’arrête. Quel contraste ! A se croire sur l’autoroute du soleil, de là-bas, pardi ! Propre comme un sou neuf, on peut se restaurer, faire des achats, refaire le plein pour mon asiatique de voiture, se soulager, faire sa prière et se dégourdir les jambes. Ces aires de repos sont la seule consolation de cette cata, appelée pompeusement autoroute Est-Ouest. De plus, ne cherchez surtout pas à lire un panneau de signalisation routière, il en existe très chichement. Je me suis demandé, à plusieurs reprises, à combien de kilomètres je me trouve de Sétif, par exemple. Je roulais à l’aveugle. Sérieux, roule et tais-toi. Surtout, fais attention aux excités de la pédale d’accélérateur qui te bombardent d’appels de phare à trois kilomètres derrière toi. Surtout que l’excité en question conduit une Maruti ! Elle nous vient de l’Inde, celle-là. Pas d’Oran, malheureusement. Depuis, je crève d’envie d’en conduire une. Et de voir comment cette voiture lilliputienne arrive à doubler des grosses cylindrées. Je me demande s’il y en a en location, juste pour une journée. Des fois que l’envie me viendrait d’en acheter une, après avoir revendu mon asiatique. J’aimerais bien posséder un bolide comme la Maruti. Restauré, ragaillardi, un bon verre de thé à la menthe dans le nez, des heures et des heures après, j’aborde Cirta, pardon Constantine, la capitale de la culture arabe, après Alger et après Tlemcen, capitale de la culture islamique. J’aurais aimé m’y arrêter, revoir «la Brèche» et saluer Yassine dans sa librairie ; et pourquoi ne pas manger un plat de pois chiches. Enfin, cent kilomètres me séparent de Guelma, me dit une plaque toute rabougrie. La galère n’en finit pas. Il y a encore des travaux. On dédouble les voies. Pour corser le tout, une pluie fine falsifie les paysages et fait du bitume une peau de banane. Il faut lever le pied. Cahin-caha, j’aborde Oued Zenati qui, sur le plan urbanistique, a dilaté.Je ne reconnais plus cette bonne vieille ville de mes vingt ans.
On ne traverse plus le centre-ville, dommage ! La nuit est déjà là quand nous entrons dans Guelma. Le Seybouse coule toujours, charriant sur ses flancs le limon fertile. Je pense aux amis que j’essayerai de retrouver : Abdellah, l’énarque. «Rouge» (le rouquin), le fonctionnaire à la 404. Aâmmi Mouh, le libraire de la place du 19-Mars, a rejoint l’éternité des écrivains. Mezrag, aussi, a tiré sa révérence. La librairie n’est plus, on y vend désormais des robes. Le Café d’Alger, aussi, a changé de raison sociale.
Malgré la pluie et la nuit, j’aurais aimé faire un tour au théâtre romain qui, malgré les siècles, défie le temps et l’oubli des hommes. La rue Danouna m’inspire. D’autres visages traversent mon esprit. Demain, il fera jour : il sera alors grand temps de me les rappeler, pour ne pas faillir à la mémoire. Je passerai quelques jours, ici, dans l’antique Calama, je prendrai une bonne chekhchoukha pour me remettre de cette autoroute en zigzag. Sauf que je pense déjà au cauchemar du retour ! Autoroute, dites-vous ? Un cauchemar, oui !
Y. M.

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