C'est la deuxième fois que le fondateur des
quotidiens Le Soir d'Algérie et Horizons se produit au café littéraire
du centre de loisirs Mohamed-Nasri présidé par Mohamed Boudia inlassable
militant de la culture. Maâmar Farah a choisi de parler de ces
personnages «pour réparer une injustice vis-à-vis de l'histoire de notre
peuple qui restera tronquée tant que nous continuons à ignorer le
fondement de cette civilisation, les traits essentiels de son génie à
travers la vie de ces grands hommes, fils légitimes de la Numidie
reconnus mondialement et qui ont façonné la pensée universelle».
Le conférencier se désole de constater que ces hommes sont l'objet de
recherches et leurs œuvres décortiquées dans les plus prestigieuses
Facultés de tous les continents alors que dans leur pays, c'est
l'ostracisme total. Ce mépris révoltant et perceptible lorsque n'importe
quel élève de collège ou de lycée interrogé ignore tout de ces génies.
Ils ne connaissent que l'histoire de notre Révolution enseignée d'une
manière maladroite et approximative. Même les gens de la région ne
savent rien de Madaure, d’Apulée premier romancier de l'histoire avec
son ouvrage L'âne d'or (qu'on appelle actuellement M’daourouche issu du
mot latin Madoros).
Aucune sortie vers ces ruines n'est organisée alors que ce fut la
deuxième Université après Carthage où ont étudié de grands penseurs,
philosophes, mathématiciens, astronomes parmi lesquels on peut citer
Maximilien, illustre grammairien qui a eu une correspondance soutenue à
propos de la religion avec Saint Augustin. On peut citer aussi Martianus
Capella qui a donné son nom à un cratère sur la lune. Pour faire revivre
ces hommes de Numidie, salués par Voltaire, il serait judicieux
d'inclure leur enseignement dans les programmes scolaires, donner des
facilités aux cinéastes, hommes de culture pour immortaliser ces
parcours lumineux et montrer aux générations montantes des exemples de
réussite universelle.
Maâmar Farah cite cet exemple du lycée de Madaure auquel les autorités
refusent de donner le nom d'Apulée au motif qu'il n’était pas musulman.
Le conférencier nous apprend que les ruines de Madaure sont livrées au
pillage et à la dégradation dans l’indifférence totale, alors que des
milliers de pèlerins les visitent. Aucune infrastructure hôtelière n'est
érigée dans cette région alors que la présence fréquente de touristes
venus de Tunisie avec des tours opérators ne rapportera rien à la ville.
On constate ainsi une volonté délibérée de confiner notre histoire dans
une période bien déterminée, privant ainsi «les générations montantes de
saisir toute sa profondeur qui plonge ses racines dans les temps les
plus reculés. L'islam et l'arabe sont, certes, deux éléments
fondamentaux de la culture nationale. Ils ont façonné notre identité et
il serait inopportun de les renier car ce serait renier l'histoire de ce
peuple. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de l'amazighité qui
est l'origine, la base, le fondement, l'identité authentique de ce que
sont Apulée et Saint Augustin qui sont les représentants affirmés de
cette culture et de cette civilisation». L’intervenant fera part à
l'assistance que la colonisation voulait faire croire qu'Apulée et Saint
Augustin n'étaient pas les fils de la Numidie mais des enfants de la
colonisation romaine. «Saint Augustin et Apulée ont écrit en latin.
Ce fut le meilleur moyen d'exprimer l'âme berbère, ses tourments, ses
luttes, ses espoirs et de les faire connaître. C'était aussi le meilleur
moyen d’accéder à l'universalité.» L’invité ne tarira pas d'éloges pour
«les organisateurs de ces rencontres hebdomadaires qui sont de
véritables oasis de fraîcheur intellectuelle. Les idées semées ça et là
par M. Boudia et ses amis comme des germes prometteurs donneront à coup
sûr leurs fruits».
Medjdoub Ali
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