Mercredi 15 avril 2015
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Chronique du jour : Tendances
Bivouac des incertitudes


Youcef Merahi
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Je vais encore parler de colère. Pas la mauvaise conseillère, non ! Plutôt celle qui secoue les espoirs endormis sous la couette d’une bureaucratie en panne d’imagination. Notre Premier ministre s’est offert sa colère à Hassi Messaoud. J’ai applaudi, wallah ! Voilà qu’on lui présente la maquette de la nouvelle ville de Hassi Messaoud devant abriter 45 000 habitants, d’ici à l’horizon 2018. Et notre Premier ministre d’envoyer paître l’idée même d’ériger des bâtiments, là-bas, au Sud algérien, sans tenir compte des spécificités de la région. On a voulu cloner Bab Ezzouar à Hassi Messaoud : ô la blague de mauvais goût ! Du copier-coller urbanistique ! Comme chez les mauvais potaches ! Mais ce n’est pas nouveau, Monsieur le Premier ministre ! Des cités s’érigent un peu partout, ADL, LSP, que sais-je encore ?, juste pour satisfaire un cahier des charges ministériel, comme des cubes de béton. Sans goût. Sans perspective. Sans recherche. On procède à des terrassements. On creuse des fondations. Et on assemble des logements à la verticale, sans tenir compte de l’espace naturel et sans perspective d’avenir. Puis les statistiques tombent, comme un triomphe bureaucratique. On a construit tant de millions de logements. On a relogé tant de milliers de familles. Zorna. Tbel. Grand renfort de caméras. Zgharit. Le soubrifi qui affiche son contentement. Et des balcons qui n’offrent aucune vue poétique. Comme un jeu de Lego, on a monté des apparts : le programme du Président s’applique sur le terrain, comme les fonds de commerce du Président érigés, parfois, à des endroits impossibles. Et restés fermés à ce jour. Pourvu que les chiffres vont à la hausse ! Le reste relève d’une colère nationale difficilement contrôlée.
Nos villes ne ressemblent à rien, elles n’ont plus d’âme. On y vit comme dans un dortoir. Jusqu’au privé qui érige des blockhaus en béton en hauteur vertigineuse, sous-tendus par des garages, futurs fonds de commerce. La «garagite» : une maladie endémique ! Bien de chez nous, taêna, dialna, nnegh ! Et cette épidémie des coopératives qui viennent bétonner le ciel et bouffer le moindre espace vert ! Il est inutile de transférer Bab Ezzouar à Hassi Messaoud, car le désert progresse inexorablement sur le nord qui sera, lui aussi, un vaste ensemble de sable. Nos cités sont moches à souhait ; peu importe ! Les puissants, en argent et en pouvoir, eux, se paient des pied-à-terre haussmanniens à Paris, avec vue sur les Champs-Elysées. Chut, je ne cite personne : ces puissants se reconnaîtront.
Notre ministre des Transports, lui, a trouvé la solution génialissime : le rail, à ne pas confondre avec le raï, est la solution au problème du transport en Algérie. Il a fallu attendre 2015 pour qu’un ministre énonce cette vérité de La Palice. Ah, le train : ce vertige et ce mirage du TGV ! 12 000 kilomètres de rail pour relier les quatre coins du pays : pourvu qu’on ne nous refasse pas le coup de l’autoroute Est-Ouest. Puis qu’on n’oublie pas de faire la maladresse d’occulter les gares et de les construire en même temps que la pose du rail, comme on a oublié de monter les aires de repos simultanément avec l’étalement du bitume. Ce serait malheureux de faire descendre les voyageurs dans des lieux-dits. Personne n’a pensé au rail : nous ne pensons qu’au raï de tous les chebs qui n’arrêtent pas de nous casser la chique avec leurs ritournelles à la noix. «Didi, didi, wah…» ! Et vas-y que je t’opiumise»…
J’ai cru comprendre que notre ministre du Commerce a une dent contre l’opposition, sa famille politique d’origine. J’espère ne pas me tromper en disant cela. Il n’y a pas d’opposition, ai-je cru lire dans la presse, quoique la presse, des fois, saute du «cercle vertueux», il n’y a que des opposants. Que répondre à cette trouvaille hautement politique ? Rien, pardi. Même si dans ma grande naïveté, j’ai toujours pensé que sans opposants, il ne peut y avoir d’opposition. Comme il ne peut y avoir de gouvernement sans ministres. Quoique ! J’ai cru comprendre également, fasse Dieu que je me trompe !, que nos opposants carburent à «la haine contre le Président». Que répondre à cette voltige ? Rien, pardi. Le culte de la personnalité n’est pas nouveau chez nous. Et notre ministre, lui, ne carburerait-il pas à la haine contre les opposants qui ne forment pas une opposition ? Entre Hassi Messaoud, le rail-raï, les opposants sans opposition, je perds mon amazigh qui, lui, dit-on, sera national et officiel dans la prochaine révision constitutionnelle. Là, j’oppose fermement mon scepticisme le plus têtu : tamazight n’est pas dans le canevas des soucis de nos gouvernants. Loin s’en faut !
Hier, j’ai pris mon dossier de demande de visa sous le bras, j’ai garé ma bagnole dans un parking à 100 dinars, ai laissé en consigne mon portable moyennant finance, auprès du gardien de téléphone, si, si, ça existe, c’est un métier version 2015, spécifiquement algérien, on ne peut pas accéder avec dans les bureaux de TLS, si, si, des agents en uniforme ont renvoyé certains demandeurs à cause de leur mobile, ai fait la chaîne et me suis mis à observer la métamorphose (pas celle de Kafka !) de l’Algérien.
Nous étions tous en rangs serrés, comme au service militaire, le dossier bien en évidence et le sourire plus blanc que le blanc. On ne parlait pas. On chuchotait.
On montrait notre civisme : visa oblige ! On était respectueux entre nous. «Tu veux passer ? Passe, ya kho !» Je n’ai pas reconnu «mon» Algérien, habitué que je suis de voir des chaînes déchaînées, des invectives, des bras d’honneur, de la bave, des regards mitraillettes et des fronts prêts à fracasser l’autre. «Wallah, ya kho, après toi.»
Sebhan Llah ! Zigh, le visa est un dictame : il suffit de le miroiter pour que l’Algérien se civilise. J’ai cru entendre un demandeur de visa, comme moi, réfléchir tout haut : «On a intérêt à filer droit, on est déjà (presque) en France !»
Y. M.

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