Jeudi 23 avril 2015
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Chronique du jour : CE MONDE QUI BOUGE
Discours salafiste, réaction de Bouteflika et l’Autorité de régulation de l’audiovisuel


Par Hassane Zerrouky
Dans l’actualité qui vient de s’écouler, c’est un passage du message du Président Bouteflika lu le 16 avril à Constantine par l’un de ses conseillers, Benamar Zerhouni, qui retient l’attention. Un court passage consacré au danger de l’extrémisme religieux. Il a appelé à «renforcer» la culture qualifiée de «socle de la nation» et de «ciment qui consolide son unité» afin, précise-t-il, de «renforcer l’immunité des plus jeunes pour mieux les prémunir de l’extrémisme religieux dont ils peuvent être les proies faciles», et d’interpeller à ce sujet les élites intellectuelles. Pourtant, il y a treize ans, le général Mohamed Lamari n’avait-il pas prévenu : «Le terrorisme est vaincu, mais l'intégrisme est intact. Il fabrique encore des terroristes.» Et le salafo-wahhabisme gangrène de nouveau la société algérienne.
Développer la culture et faire appel aux élites, qui peut être contre ? Mais encore faut-il libérer la parole culturelle, laquelle, j’enfonce une porte ouverte, est inséparable de l’ouverture politique et, partant, libérer l’école squattée plus que jamais par les islamo-conservateurs. Sans cela, les œuvres des artistes, des écrivains et autres hommes de culture, ne pourront s’affranchir du diktat religieux, cette instance informelle nichée à tous les niveaux de l’Etat et de nombreux médias, échappant de fait aux lois de la République, personnifiée par des porte-parole du salafo-wahabbisme. Et, partant de s’affranchir du diktat bureaucratique, comme ces comités de lecture auxquels les artistes, notamment les cinéastes, doivent soumettre leurs œuvres.
En attendant de voir comment compte s’y prendre le pouvoir politique pour promouvoir cette culture devant prémunir les jeunes, si telle est son intention, indiquons-lui quelques pistes ne nécessitant ni de grands moyens ni de l’argent. Puisque sur des chaînes de télé de statut étranger officient régulièrement des prédicateurs autoproclamés d’obédience wahhabite, rien n’empêche l’ENTV de les contrer intelligemment. Pourquoi ne donnent-elles pas la parole à des gens comme Malek Chebel ou Soheib et Ghaleb Bencheikh et autres spécialistes du fait religieux pour déconstruire le discours salafiste et l’invalider comme ont su le faire les Tunisiens ? Pourquoi dans les journaux télévisés et radiophoniques des médias publics, on n’évoque que rarement Daesh, Boko Haram et leurs crimes innommables, et ce, alors que ces mêmes médias consacrent quasi-quotidiennement, à juste titre, des séquences aux questions palestinienne et sahraouie ? Pourquoi ne pas faire appel à des spécialistes, des hommes politiques et des journalistes pour débattre de ces sujets et éclairer les téléspectateurs et les auditeurs algériens sur la menace guettant l’Algérie quand on sait qu’elle est encore présente chez nous et pas seulement à nos frontières ?
Toujours est-il que le discours salafiste, adossé à cette culture de l’oubli induite par la loi sur la réconciliation nationale, diffusé sur ces chaînes à statut étranger et relayé par les réseaux sociaux auxquels est confrontée une partie de la société algérienne, participe de l’endoctrinement des jeunes et de la société.
Le deuxième fait lié au précédent, c’est l’avertissement verbal lancé par l’Autorité de régulation de l’audiovisuel à la chaîne de télé Djazaïria, au demeurant peu regardée, mais pas à Ennahar sur laquelle le prédicateur Chemsedinne a lancé ses attaques contre le ministre du Commerce ! Attaques passées sous silence à la fois par les médias publics et le ministre de la Communication.
Si par principe je suis contre toute intervention publique contre les médias, fussent-ils les plus réactionnaires, il n’en demeure pas moins que l’Etat doit réagir quand des appels à la haine sont lancés au nom de l’Islam dans un pays sorti exsangue de dix ans de violence islamiste. Faut-il rappeler que c’est au nom de cette pseudo-morale religieuse que l’ex-FIS stigmatisait tous ceux qui n’adhéraient pas à sa vision ultra-réactionnaire de la société ? C’est au nom de cette morale rétrograde que le GIA a massacré des civils et que Daesh, Ansar Charia (en Libye et en Tunisie) ainsi qu’Aqmi (en Algérie et au Mali) tuent aujourd’hui. Et c’est au nom de cette «morale» d’arrière-garde que des employés en grève d’Air Algérie ont exigé l’interdiction de la vente d’alcool sur ses vols en attendant sans doute d’y exiger le port du hidjab pour les femmes et la barbe et le kamis pour les hommes.
H. Z.

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