Mercredi 20 mai 2015
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Culture : AD gladium
Gratuité des soins mais l’Au-delà coûte cher !


Par Sarah Haidar
Durant plusieurs jours, une image circulait sur les réseaux sociaux mais sans pour autant faire le «buzz» selon les nouvelles normes de l’émotion électronique. Il s’agit d’un rendez-vous pour un traitement en chimiothérapie photographié en compagnie de l’acte de décès de la patiente concernée.
Cette dernière est morte sept ans avant la délivrance du précieux document qui aurait pu lui permettre d’espérer quelques années de sursis. Entretemps, l’Etat algérien entame les travaux de la Grande mosquée d’Alger, une sorte de pâle copie de la Souleïmanyé construite au XVIe siècle par le sultan ottoman Soliman le Magnifique. On vient d’apprendre que cet édifice destiné à hypertrophier l’ego posthume d’un président coûtera l’équivalent de vingt hôpitaux dignes de ce nom.
Autrement dit, un millier de cancéreux algériens auraient pu trouver une place décente pour atténuer leurs souffrances mais cela ne correspond nullement aux fantasmes gargantuesques des dirigeants qui, de toutes les manières, iront se soigner chez l’ancien colonisateur à qui ils demanderont, tous les 8 mai, de s’excuser pour ses crimes. Il reste alors la source de fierté numéro un du régime depuis 1962 : la gratuité des soins car, nous dit-on souvent, dans un monde où l’on peut mourir de n’avoir pas payé son assurance santé, le cas de l’Algérie relève du miracle. Certes, la patiente qui a reçu son rendez-vous de chimio sept ans après s’être fait tuer par le cancer, n’était pas obligée de payer le moindre sou pour mourir et c’est là sans doute la définition profonde du système de santé algérien. Cependant, elle a dû beaucoup prier sans avoir besoin d’aller à la mosquée de son village et elle a certainement pardonné, au moment de son dernier râle, à tous ces «dignitaires» fanfaronnards qui préfèrent construire la plus grande mosquée d’Afrique comme pour offrir un pot-de-vin à Dieu. Elle, comme beaucoup de malades, a dû entendre à maintes reprises la rengaine chérie par les chefs et leurs soutiens-critiques de la Gauche nationalo-pusillanime : «Estime-toi heureuse de vivre dans un pays indépendant »...
En tout état de cause, la Grande mosquée d’Alger verra le jour contre vents et marées et elle aidera des millions de citoyens à se sentir fiers et heureux de vivre dans un pays indépendant tellement riche qu’il s’offre un édifice religieux digne des califes de la belle époque.
Le reste est en cours : une université tellement respectueuse de l’identité algérienne qu’elle interdit le port de vêtements courts ; une diplomatie passée maître dans la résolution des problèmes des autres et enrichie récemment par un nouveau portefeuille spécialement dédié aux voisins au cas où ils auraient besoin de gribouiller un accord de paix à Alger… Et pour aiguiser ce grand minaret phallique qu’est l’Algérie, il ne manque plus que la création de postes de muphtis dans chaque ministère afin d’assurer une gestion capable d’envoyer tous les Algériens au paradis à défaut d’atténuer la cruauté de cet enfer qui leur sert de pays !
S. H.
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