Mercredi 27 mai 2015
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Chronique du jour : Tendances
Les paumés du petit matin


Youcef Merahi
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Paumé, selon Google, veut dire perdu, désorienté. Petit matin s’assimile à l’aube. A l’aurore. On parle également de la petite aube. C’est aussi le titre d’une chanson de Jacques Brel. Brel ? C’est ce Belge qui n’a jamais renié sa belgitude, auteur de chansons intemporelles qui ont bouleversé le monde. Pas Les paumés du petit matin ! Plutôt Ne me quitte pas, chanson d’amour s’il en est, cet amour persona non grata dans notre pays par ceux dont la certitude de tout contrôler frise le blasphème, chanson reprise par une grande dame de la chanson afro-américaine, Nina Simone. Brel, aujourd’hui décédé, est enterré aux Marquises à côté d’un monstre de la peinture, Gauguin. Arrête ton char, vieux ! Hier, tu nous parlais d’âmmi Rabah de Sidi-Naâmane ; voilà qu’aujourd’hui, tu viens étaler tes connaissances aux allures élitistes incongrues. Mais alors quoi ? Voyons, ceux qui te liront n’ont rien à fiche de Gauguin, de Nina Simone, de Brel … et du reste ! Qu’est-ce que c’est ce pédantisme du dimanche que tu étales, régulièrement, toi et les tiens ? Oui, les tiens ? Hakim Laâlam, par exemple. Ou l’autre. Oui, Kamel Daoud, l’Oranais. Mais vous n’y êtes pas du tout. Vous êtes à côté de la plaque. Quand l’un de vous utilise une expression rodée par le langage, qui pensez-vous, surtout la jeune génération, pigera le schmilblick. «Cousu de fil blanc» veut dire quoi pour notre jeunesse ? Arrêtez avec votre élitisme ! C’est vous «les paumés du petit matin» !
Je comprends, Monsieur le Ministre, que le pays n’a pas besoin d’élite. Ni d’élitisme. Hakim, par le verbe que nous partageons et par le thé que tu ne cesses de fumer, mais aussi par le cauchemar récurrent que nous affrontons jusqu’à la dépression, b’Allah âlik, arrête de nous charrier avec tes expressions que personne n’arrive à assimiler. D’ailleurs, d’où sors-tu cette expression «cousu de fil blanc» ? Ayya, réponds à Monsieur le Ministre ! Puis, Kamel Daoud n’avait pas à avoir le Goncourt du premier roman, juste après avoir loupé d’un poil le Goncourt. Tout court ! Pardon, Monsieur le Ministre, je fais des vers sans avoir l’air. Vous savez que je suis poète en ce pays des anachronismes et de la gérontocratie. On va tous se calmer, voyons ! On va d’abord baisser la voix. Puis les yeux. Autre chose ? Oui, on reprendra les thèmes de rédaction du cours moyen, juste avant le passage de la sixième, examen que j’ai pu avoir avec brio, à l’époque. As-tu passé ta sixième, Hakim ? Pour la prochaine chronique, je suggère de décrire «la cabane au fond du jardin» ; ça sera très instructif pour notre jeunesse, dont le niveau des langues est au ras des pâquerettes. Voilà que je retombe dans mes travers élitistes. Pardon Monsieur le Ministre ! C’est quoi un pays sans élite ? Sans intellos ? Ces intellectuels qui ont mal à leur pays. Ceux qui ont fui le pays ; au fait, Monsieur le Ministre, pourquoi cet exode des cerveaux ? Et ceux qui ont la lâcheté de rester, par excès d’amour pour le bled. Même notre Révolution a bouffé ses intellectuels. Oui, «la cabane au fond du jardin», pas dans l’esprit de Laurent Gerra. De quel fagot élitiste nous sors-tu encore ce nom ? J’aurais aimé que ce soit dans l’esprit de H’didouane ; mais il est au paradis des comiques. Et Abdelkader Secteur n’a jamais, à ma connaissance, vanné «la cabane au fond du jardin». Ya Si Abdeka, tu peux nous tartiner quelque chose sur le Jardin d’Essai. Hada, mentouj bladi !
Dans cette chronique, je ne parle pas du remaniement ministériel, ni d’aucun ministre. Encore moins celui de la Santé et du reste. Ni du ministre de l’Intérieur. Voyez-vous, Monsieur le Ministre, comment sont nommés les ministres ? J’ai posé la question à âmmi Rabah, il n’a pas été fichu d’y répondre, obnubilé qu’il était par son équipe fétiche, la JSK qui, j’ai raison, jouera bien contre Tadjenanet la saison prochaine. Je n’ai pas fait de lapsus, mec ! Personnellement, j’ai toujours pensé qu’il fallait un sacré punaise de réseau, un peu partout dans les dédales du système, pour prétendre à ce poste ministériel. Je pense comme ça. Car l’élite a été dispersée, dégoûtée, mise au rébus, marginalisée, jetée aux orties et scrutée comme une curiosité de cirque. Ce n’est pas votre idée, Monsieur le Ministre ! Je pense également que c’est le cas pour beaucoup d’emplois supérieurs. Bien sûr, s’il y a compétence, ce sera la cerise sur le gâteau. Un ministre qui commence à réfléchir est vite suspecté de griller les limites ; il n’est là que pour appliquer les orientations du Président. Curieux, les ministres qui parlent, il y en a certains, prennent toujours la précaution de dire une formule incantatoire : «Selon les orientations de Son Excellence le président de la République … Et bla. Bla. Bla…» CQFD ! Voilà, Monsieur le Ministre, je fais mon job d’intello. Même si vous considérez, c’est votre droit, que je suis à côté de la plaque. Que je suis un paumé du petit matin. Sauf que, c’est mon droit également, de vous dire que je ne partage pas du tout, alors pas du tout, votre opinion. Car vous sacrifiez l’intello sur l’autel d’un besoin de médiocrité qui règne, en maître, dans notre société. Vous refusez le droit à l’intellectuel d’être intello, c’est-à-dire de réfléchir, pour la simple raison, dites-vous, que la société algérienne n’est pas en mesure d’accéder à ses hauteurs de vue. Il est vrai que le vertige stratosphérique est tentant, je vous le concède, sauf qu’il est l’apanage d’un petit nombre. Malheureusement ! Et si le ministre de l’Intérieur, l’actuel bien sûr, était en face de moi, je l’exhorterais à élever le niveau au maximum. Car la situation l’exige, au demeurant. Aurais-je l’occasion de le rencontrer, peut-être ? Sachant que de la bulle où il se trouve désormais, le verre est dépoli, la vue est par conséquent déformée. Lit-il le verbiage des chroniqueurs, ces «paumés du petit matin» ? Je ne saurais le dire. Il devrait, pourtant. Laâlam est désopilant le matin dans son «Pousse avec eux». Voilà un calque qui sonne comme une claque, facile à comprendre ; il suffit de remettre à l’endroit la formule dans son patois d’origine. A l’évidence, je code mon texte, exprès. Mais Monsieur le Ministre, si je vous proposais d’écouter, à deux, la chanson de Brel, Zangra et de relire Le désert des tartares de Dino Buzzati, peut-être verriez-vous après les «paumés du petit matin» d’un œil nouveau. Et vogue la galère, ya Chabane !
Y. M.

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