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Culture : Festival national du théâtre professionnel
Parcours de mémoire : le challenge réussi de Omar Fatmouche


La 10e édition du Festival national du théâtre professionnel (FNTP) s’est ouverte au Théâtre national algérien avec le spectacle Parcours de mémoire conçu par Omar Fatmouche en collaboration avec l’Orchestre symphonique national mené par le maestro Amine Kouider.
Après une cérémonie d’hommage aux défunts Sid Ali Kouiret et Fatiha Berber et la présentation du jury de la compétition officielle, le spectacle inaugural se présente au nombreux public comme un formidable mélange entre théâtre, poésie et musique, et réunit au moins une trentaine de comédiens. C’est l’épopée du théâtre qui est racontée dans Parcours de mémoire, depuis l’antiquité à nos jours. Une vingtaine de musiciens de l’Orchestre symphonique national ont été placés dans la fosse (ouverture sous-jacente de la scène) tandis que l’espace scénique s’étend jusqu’aux coulisses afin d’élargir la surface de jeu et contenir les somptueux décors placés en perspective. On découvre Abdallah Djellab dans le rôle d’un poète errant traînant une charrette et Faïza Amel, vêtue d’un costume berbère et tenant un bâton de pèlerin, dans le rôle de la mémoire. Nous sommes en Afrique du Nord dans l’Antiquité et c’est le culte au dieu de la pluie Anzar qui ouvre le spectacle avec une magnifique chanson en kabyle qui implore la générosité du ciel ; un clin d’œil aux origines immémoriales du théâtre dans le bassin méditerranéen où l’on transhume d’ailleurs vers la Grèce, berceau du quatrième art. Nous y verrons ressusciter Aristote, Aristophane, Antigone et Œdipe cherchant un pays d’asile, etc.
Le poète (Abdallah Djellab) continue ses pérégrinations entre les âges et arrive au XVIe siècle en Angleterre où Shakespeare réunit les rois dans des scènes loufoques avant d’envoyer Macbeth mettre le monde sens dessus dessous. Ensuite, c’est en France que l’on retrouve l’un des plus grands génies du théâtre : Molière avec son intemporel Tartuffe remarquablement revisité par les comédiens tantôt en arabe algérien, en français et en kabyle.
Ces escales sont régulièrement illustrées par les musiciens de l’Orchestre symphonique à travers des morceaux d’époque variant entre le classique, le baroque et le romantique. Nous revenons ensuite en Algérie où la présence coloniale n’exclut pas l’avènement d’artistes algériens à l’instar de Sid Ali Fernandel, admirablement campé par Brahim Chergui mais aussi Mahieddine Bachtarzi et Mohamed Touri dont Fatmouche reconstitue l’arrestation par la police française au cabaret «Le Triano» où ils jouaient Faqou, un sketch jugé subversif. Les affres du colonialisme auront évidemment la part belle dans le spectacle où le 8 Mai 45 est raconté à travers un tableau représentant Kateb Yacine emprisonné à l’âge de 16 ans et sa mère, le croyant mort, devenue folle. A l’indépendance, l’orchestre offre une version symphonique de la chanson de Hadj M’hamed El Anka El Hamdoulilah et nous entrerons ensuite dans l’ère de l’effervescence du théâtre algérien et la diversité des genres qu’elle a connue, allant du Goual au théâtre politique en passant par la Halqa et la comédie. Nous verrons sur des écrans placés des deux côtés de la scène les visages des Kateb Yacine, Azzedine Medjoubi et Abdelmalek Bouguermouh en même temps que sont joués par les comédiens des extraits de leurs œuvres : Rdjal ya hlalef de Bouguermouh, suivie d’un récit métaphorique sur le Printemps berbère de 1980 illustré par la chanson Berrouaghia adaptée par Muhand U Yehya d’après le texte Merde à Vauban de Léo Ferré, mais l’auteur n’est malheureusement pas évoqué en sa qualité de dramaturge exceptionnel qui a adapté vers le kabyle des dizaines de textes théâtraux universels ; Kaddour Lefhaymi de Abdelkader Alloula ; El Babor ghrek de Slimane Benaïssa ; HafilaTassir de Medjoubi… C’est d’ailleurs sur la célèbre chanson Nouara interprétée par Medjoubi et Dalila Hlilou et reprise en chœur par les comédiens que s’annonce la fin du spectacle qui évoque douloureusement la décennie noire et notamment l’assassinat de ce grand homme de théâtre (Medjoubi) en 1995, puis se termine sur un chant d’espoir et de lutte avec un tableau final où l’on voit une comédienne vêtue d’un costume aux couleurs du drapeau algérien. Il est évident que pour Parcours de mémoire, Omar Fetmouche (également scénographe et décorateur) a vu très grand et malgré les risques que peut impliquer une telle ambition, le spectacle fut une totale réussite, grâce notamment à la maîtrise du rythme, l’art de la transition entre les époques, l’originalité de la démarche, la performance des musiciens de l’Orchestre symphonique et la maestria de Amine Kouider mais surtout l’exceptionnelle prestation de l’ensemble des comédiens : Faïza Amel, Souad Sebki, Amel Menighad, Karim Beriber, Yacine Zaïdi, Abdallah Djellab, Brahim Chergui, Lynda Sellam, Faouzi Baït, Samy Zebila, Hassan Azzazni, Rafik Fetmouche, Mourad Oudjit, etc.
Sarah H.

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