Samedi 6 juin 2015
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Soirmagazine : ATTITUDES
Bénédiction


Par Naïma Yachir
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Athmane tente pour la énième fois d’ouvrir son Skype à partir de l’Irlande. Enfin il y arrive ! Il est heureux, comme chaque fois, de parler avec ses sœurs et ses neveux et «remplir les bouteilles». Il est en quête de nouvelles de la famille et de quelques amis du quartier Hassiba au centre d’Alger qu’il a quittés il y a déjà une année. Il n’a pas perdu son sens de l’humour, blague sur les dernières sorties politiques du pays. Il citera le procès Khalifa qu’il suit scrupuleusement. Il parlera du temps toujours froid même en cette période estivale, mais sans s’en plaindre, puisqu’il a toujours eu horreur de la chaleur et de l’humidité d’Alger. Son fils vient de rentrer du collège. «Ton uniforme te va à ravir», lui lance son cousin Adam. Athmane est fier de son fils : «Je viens de recevoir une lettre émanant du ministère de l’Education pour ses bons résultats et sa bonne conduite. Pour moi c’est un excellent départ». Et sa femme de renchérir : «Et dire qu’à Alger il ne s’intéressait pas du tout aux études. Ici je n’ai même plus besoin de m’égosiller pour le réveiller. Il se lève aux aurores. Et surtout on ne se tue plus à lui faire refaire ses cours et ses exercices, le pire des châtiments pour les parents. Je dors enfin du sommeil du juste même en période d’examens. La délivrance ! A 50 ans, Athmane n’a pas hésité avec sa famille à tourner une page de sa vie. Les déboires, les frustrations, les humiliations qu’il a subis lui brûlent encore le cœur. Pour que son fils ne connaisse pas les mêmes affres, il a jeté l’ancre au Canal du Nord, fort des dictons bien de chez nous : «La terre de Dieu est vaste. Change une heure par une autre, tu réussiras ». Il n’en est pas déçu. Sa sœur Samia s’inquiète du fait que c’est la première fois qu’il passera le mois de Ramadhan loin des siens. Il répond en riant : «Ce que j’appréhende le plus, c’est que la rupture du jeûne est à presque 23 heures. La journée est très longue et le jour se lève très tôt, à telle enseigne, qu’ici, les habitants en cette période couvrent leurs fenêtres de tentures noires. «Et bien vous n’avez qu’à dormir jusqu’à 17 h» lui rétorque sa frangine. Il prend son laptop jusqu’au balcon et oriente la caméra vers la rue : «Tu vois, il est 22h et il fait encore jour». Son épouse, les yeux embués lancera : «Ce qui me manque le plus c’est ma fille et ma petite-fille adorées. Ramadhan sans elles sera dur». C’est un homme tout autre, épanoui, serein qui nous apparaît. Il a fini après moult tentatives à trouver son bonheur ailleurs, entouré de son fils et de sa femme. Un projet qu’il a réalisé après le décès de sa mère. Quelques jours avant sa disparition, il avait rêvé qu’elle lui avait enfin donné sa bénédiction pour le départ. «Le jour de sa mort, j’ai obtenu mon visa. Je souhaite que son esprit me suive toujours.»

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