Actualités : URGENCES MÉDICALES
Effervescence et anarchie dans les hôpitaux


Au cinquième jour du mois de Ramadhan, les services des urgences des hôpitaux sont submergés. Une effervescence due aux malaises liés au mois de Ramadhan mais aussi à des accidents multiples. L’anarchie qui règne dans certains services des urgences ne fait, d’ailleurs, que compliquer davantage les choses.
Rym Nasri - Alger (Le Soir)
Hier, le service des urgences du CHU Mustapha-Pacha à Alger grouillait de monde. Des femmes, des jeunes, des moins jeunes, tout le monde attendit son tour avec impatience. Des cas d’urgences pour la plupart d’entre eux liés au jeûne : indigestions, intoxications alimentaires, hypoglycémie et hypotension, … mais aussi des cas d’accidents multiples.
Dans la grande salle d’attente, tous les sièges sont occupés. Plusieurs patients sont contraints de rester debout. Affaiblis, certains s’adossent aux murs. Des enfants jouent et courent dans le hall où toutes les conditions d’hygiène et de confort sont absentes. Un parterre sale, des murs miteux, des bancs en acier complètement délabrés, un climatiseur hors usage, … La porte d’entrée est grande ouverte laissant libre circulation à toute sorte d’insectes.
A la réception, un homme avec une blouse blanche est installé derrière un comptoir. Postés à côté, des agents de sécurité papotent avec lui. Ils parlent du Ramadhan, des plats du f’tour, des soirées dans une totale indifférence de ce qui se passe autour d’eux.
Une ambulance vient de garer à l’entrée du service. En l’absence d’infirmiers, deux jeunes hommes poussent un brancard sur lequel leur père était allongé. Arrivés devant le bureau du médecin urgentiste, les deux hommes ont dû, eux-mêmes, soulever leur père visiblement affaibli, ne pouvant plus se tenir debout. Le vieux s’agrippait à ses deux enfants essayant d’avancer vers la porte du bureau. Remarquant que son père était pieds nus, l’un des fils n’hésitera pas à retirer ses propres chaussures et les lui mettre.
Un autre brancard surgit de l’un des bureaux des médecins urgentistes du service sur lequel gisait un jeune, la trentaine, complètement inanimé. Un infirmier s’approche de lui et s’adresse aux sexagénaire et quadragénaire qui l’accompagnaient, visiblement le père et le frère du malade. «Il va bien, ramenez-le chez vous et il reprendra ses esprits», leur dit-il. «Vous êtes sûr ? Regardez comment il est entièrement assommé», rétorque le père, tout inquiet. «Non, tout va bien, ça lui passera. Rentrez chez vous», les liquide-t-il presque.
L’infirmier se retourne ensuite vers un de ses collègues, assis sur un banc de la salle d’attente, et lui lance : «J’arrive. J’enlève la blouse et je viens. Je dois aller au marché de l’UGTA, j’ai beaucoup de courses à faire.» A peine trente secondes plus tard, le voilà débarrassé de sa tenue hospitalière et se dirige vers son collègue avant de prendre la porte de sortie du service des urgences.
Evacués par les agents de la Protection civile, d’autres cas d’urgence arrivent au service. Comme les précédents, ces malades et leurs accompagnateurs se retrouvent livrés à eux-mêmes sous le regard indifférent du personnel paramédical.
S’appuyant sur son ami, un jeune débarque dans le hall du service des urgences en combinaison de travail. Il arrive à peine à marcher. «C’est mon collègue de travail, il est tombé au chantier et a mal aux côtes», explique son accompagnateur au réceptionniste. Et c’est aux agents de sécurité de lui répondre et de l’orienter. «Allez-y tout droit et prenez le couloir, vous trouverez un bureau ouvert où on vous remettra un dossier afin de pouvoir passer chez le médecin», lui indique l’un des agents.
Des agents de sécurité qui se sont convertis en infirmiers en l’absence du personnel paramédical puisqu’ils n’hésitent pas à informer et à orienter les patients.
Ry. N.



Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2015/06/24/article.php?sid=180432&cid=2