Dimanche 12 juillet 2015
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Chronique du jour : Ici mieux que là-bas
Je suis mozabite


Par Arezki Metref
[email protected]

Par Zeus, je jure que j'avais projeté de causer ici de la dette grecque ! Mais les desseins du maître de l'Olympe étant impénétrables, je me surprends à être mozabite.
Comme quiconque se reconnaissant dans l'indignation hesselienne, je suis content que le peuple grec dise non aux maîtres de l'Europe.
Que la souveraineté populaire se rebiffe devant l’injonction des technocrates !
Ce n'est pas la première fois qu'un peuple européen dit non. Les Danois en 2000, les Suédois en 2003, les Français en 2005, les Irlandais en 2008... Mais les Grecs, eux, ont ceci de rédhibitoire, le fait d’avoir porté au pouvoir un gouvernement de gauche. Un vrai, celui-là ! Pas comme l'autre qui, comme le décrit piteusement la blague populaire, met le clignotant à gauche et tourne à droite.
Syriza incommode les banquiers comme les moustiques rebelles le bourgeois repu. La seule apparition de ce jeune et fringant Tsipras donne du prurit aux Merkel, Hollande, Junker, Schultz et surtout à cet incorrigible fana de l'austérité, le ministre des Finances allemand, Schaüble.
Que va-t-il se passer maintenant ? Quel que soit le scénario, le mal est fait. Ou le bien. Les dirigeants européens, soutiers de la finance et des banques, ont dû ravaler presto leur dédain. Ils ont été fragilisés même à titre interne. La finance conquérante, qui fait trembler les gouvernements, n’ébranle pas un peuple soumis depuis des années à l’avilissement de devoir négocier sa dignité avec des ploutocrates.
Désormais, ces derniers savent qu'ils doivent craindre une possible contagion. Et pourquoi Podemos ne demanderait-il pas, lui aussi, un effacement de la dette espagnole ?
C'est pourquoi on les a vus consternés, paniqués même, tirant des gueules d'enterrement. Parenthèse : dans cette tragédie grecque, un moment de suave bouffonnerie offert gratis par Nikos Aliagas, mièvre animateur de télé réalité, qui a pris son bâton de pèlerin grec pour aller prêcher le oui dans des meetings athéniens !
Pas d'argument sérieux pour les vaincus sinon de s'abaisser à délégitimer d'un point de vue démocratique Tsipras en dénonçant son alliance avec l'extrême-droite ! A l'exception des quelques rares formations attachées aux principes, quelle force politique en Europe n'a pas cherché à un moment ou un autre à récupérer les suffrages des électeurs d'extrême-droite, quitte à aller, comme le font Sarkozy et ses épigones, parfois très loin dans la compromission. Pour sûr que nul n'aurait eu à redire sur les alliances de Tsipras si ce dernier avait avalé sans rechigner le diktat de l'Union européenne.
Donc le mal est fait ou le bien peut-être. Ça dépend pour qui ? On s'accorde sur trois scénarios possibles.
1 : reprise des négociations sur la base de la restructuration de la dette. Évidemment, ce scénario induit des concessions de la part d’Athènes. 2 : le Grexit doux, c'est-à-dire la sortie progressive de la Grèce de l'Europe accompagnée d'une aide de la BCE. 3 : Le clash ou le Grexit violent, «l'expulsion» de la Grèce de l'Union européenne. C’est le renvoi du cancre.
Dans tous les cas, l’Europe y laisse des plumes, et la leçon de Tsipras garde toute sa vertu pédagogique. Il n'est pas fatal que la seule Europe possible soit celle du plus fort, du plus riche, celle qui ne peut croître que dans l'humiliation des peuples.
Donc, j'avais envisagé de dédier humblement cet espace à la Grèce lorsque survint le drame de Ghardaïa qui m'a fait m’écrier : «Je suis
mozabite !» Et non pas «Je suis Ghardaïa !» Dans l'affaire, il faut savoir se mouiller et je choisis le parti de la victime de l'injustice.
Je tiens à ne pas redire ici ce qui a été ressassé mille fois par les médias. Mais tout de même, ne faut-il pas s'insurger contre une façon niveleuse de présenter le conflit qui a endeuillé Ghardaïa et l'Algérie tout entière ?
On a l'impression que l'on déplore les morts d'une catastrophe naturelle avec fatalisme et impuissance. A lire certains commentaires, on le croirait. Genre : séisme : 25 morts ou inondations : tant de victimes !
On ne pipe mot de qui a fait quoi. C'est pourquoi, personnellement, j'ai apprécié la relation faite à Jeune Afrique par Mohamed Dabbouz, membre du bureau régional du RCD à Ghardaïa.
L'agression a commencé lorsque, après le repas du shour, «de jeunes Arabes ont attaqué avec des armes à feu et des cocktails molotov les quartiers mozabites de Mahmoud, Moadin et Cheikh Belhadj». Il raconte les premiers morts, les maisons brûlées, la panique, la fuite des Mozabites devant la furie des assaillants, l’abandon forcé des maisons par les familles. A 11h du matin, le lendemain, on dénombrait une douzaine de tués. Et ce n'est qu'à ce moment-là, au plus fort du carnage, qu'il y a eu une riposte armée. Elle fera, selon Dabbouz, trois morts. Il raconte aussi que ce n'est que vers midi, qu'on vit pointer les premières visières des gendarmes. «C'est cette passivité, déplore-t-il, et ce manque de réactivité, qui expliquent ce très lourd bilan.»
Il s'agit bien d'une agression contre les Mozabites que les forces de sécurité n'ont pas assez protégés.
Cet ostracisme d'essence religieuse et sociale à l'encontre des Mozabites ne date pas d'aujourd'hui. Mais la suspicion à l'endroit de l'ibadisme s'est aggravée avec l'apparition du radicalisme salafiste de Daesh mixé aux trafics en tous genres et aux pratiques maffieuses. Il ne s'agit pas bien entendu d'affrontements intercommunautaires stricto sensu mais plutôt d'une agression caractérisée, et peut-être même planifiée, de Berbères ibadites minoritaires par des Chaâmbas majoritaires dont des groupes ont été gagnés par l'intolérance et l'extrémisme ambiants puisés dans le wahhabisme.
Dans cette question, il est essentiel d'interpeller l’Etat dans son devoir de protection. Il doit assurer la sécurité de l’agressé et châtier l'agresseur. L'émotion suscitée par un massacre qui pourrait malheureusement préfigurer le pire ne doit pas occulter la nécessité de savoir raison garder. La balle, sans mauvais jeu de mots, est dans le camp de l’Etat qui doit traduire en justice les criminels, protéger les Mozabites, désarmer les agresseurs, contraindre les forces de sécurité à s'interposer. C'est pour éteindre, dans la justice, ce type de drame qu'il faut envoyer les forces de l'ordre et non pour courir après d'anodins dé-jeûneurs.
Partout en Algérie, les Mozabites se sentent en danger, ils l’ont exprimé, il faut que cela soit entendu.
A priori rien à voir évidemment entre la Grèce et Ghardaïa hormis la parenté chronologique ou la simultanéité. Parti de la dette grecque, je me retrouve à clamer : «Je suis mozabite !» Oui, je le suis….
A. M.

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