Mercredi 5 août 2015
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Lettres de mon moulin à vent !

Par Hakim Laâlam  
Email : [email protected]
Le pétrole sous la barre des 50 dollars pour les six prochains
mois. Quand tu lis ça en français ou en arabe classique. C’est
déjà terrible. Mais en plus, si on te l’annonce en…

… Derja, c’est carrément flippant !

Mais ! Oh ! Arrêtez de me déranger ! Je lis ma lettre. Celle que vient de m’envoyer Gaïd-Salah ! Non, pas celle de Abdekka postée, elle, il y a une semaine et déjà lue, déjà rangée dans mon immense armoire à lettres officielles. Ils nous écrivent les Frères du Palais et de ses dépendances ! Nous sommes peut-être le peuple au monde à qui le pouvoir local écrit le plus. Une sorte de république populaire épistolaire et postière. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils ont nommé une ministre jeune et hyper-dynamique au poste des… postes. Parce qu’il faut être en pleine forme pour gérer toutes ces lettres ! Au final, ça donne des scènes tout à fait normales en Algérie, complètement incompréhensibles à l’étranger. Les rues des villes et villages du pays sont peuplées de citoyennes et de citoyens qui déambulent, vont et viennent et se croisent une lettre à la main. Parfois, ils s’interpellent, surtout lorsqu’ils se connaissent : «C’est la lettre de Gaïd ?» «Non ! Celle-là, je l’ai lue hier soir. Par contre, là, je lis celle de Ghoul sur la langue arabe.» «Ah ! Oui ! Je l’ai reçue un peu en retard. Ce matin seulement, le facteur dans notre quartier étant en congé. Je la lirai ce soir, en rentrant. Mais là, je relis celle de la CNLTD. Puis, comme j’étais absent, je vais ensuite m’attabler à la terrasse d’un café pour lire celle de Ksentini, des droits de l’Homme. Je culpabilise un peu. Son courrier, je l’ai reçu la semaine dernière, mais je n’ai pas eu un moment à moi pour l’ouvrir.» Devant cette révolution dans nos rues, ces pratiques nouvelles de lecture et ce qu’elles induisent comme effets collatéraux, les services communaux ont bien été obligés de suivre, de s’adapter très vite. Eh oui ! Au début, les rues étaient jonchées d’enveloppes vides, froissées, jetées par terre. Ça faisait vraiment grand bazar. Les gens, tout contents de recevoir enfin du courrier, s’empressaient de décacheter leurs lettres, de balancer les enveloppes et de lire goulument les missives. Du coup, pour éviter que nos espaces ne se transforment en vaste dépotoir – ce qu’ils n’ont jamais été, bien sûr ! – les communes ont placé des poubelles à enveloppes. Les citoyens savent maintenant qu’ils peuvent lire les remerciements de Gaïd-Salah sans porter atteinte à l’environnement. C’est une avancée formidable ! D’un point de vue sécuritaire, les autorités se sont également rendu compte d’une augmentation du nombre d’accidents dus à cette lecture de masse. Les collisions entre citoyens absorbés par le contenu des lettres ont connu un bond statistique spectaculaire. Du coup, des plaques signalétiques nouvelles ont fait leur apparition. De belles plaques, ma foi ! Circulaires, fond blanc, elles représentent de manière stylisée un passant lisant une lettre avec une croix tracée dessus. Pour signifier que dans la zone de la plaque, la lecture de tout document par un piéton est strictement interdite. Lorsque le fond est bleu, et que le personnage n’est pas barré d’une croix, la lecture est autorisée. C’est formidable ! Et je ne vous dis pas l’autre bond accompli par la société algérienne depuis que le peuple reçoit sans arrêt des lettres de ses dirigeants. Les Algériens lisent plus ! Et donc, forcément, le niveau de lecture et d’apprentissage de la population s’est très nettement amélioré. Il faudrait juste que les gens du Palais arrêtent de nous écrire tout le temps dans la même langue. Qu’ils innovent là aussi, en nous envoyant des lettres en derja, en tamazight, en anglais, en espagnol, en allemand. Un peuple cultivé et polyglotte. La révolution à la lettre ! Le Che en a rêvé. Abdekka l’a fait ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

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