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La derja pour atténuer la profondeur
du trou de la sécu !

Par Hakim Laâlam  
Email : [email protected]
Le roi d’Arabie Saoudite quitte la France pour le Maroc.
Normal ! Pourquoi se contenter d’une simple plage privée
lorsqu’on peut avoir à sa disposition…

… Tout un pays privatisé !

S’il était venu me le dire dans une langue que je comprends, passe encore ! Mais là, il déboule, se plante devant moi, sûr de son fait et de l’effet qu’il va produire sur moi et m’annonce dans un arabe classique, châtié, châtié jusqu’au sang : «Dans quelques mois, si ça continue comme ça, la sécurité sociale sera en cessation de paiement !» Voilà aussi pourquoi je plaide pour une rapide introduction de la derja. Je suis convaincu que si cette banqueroute de la sécu m’avait été balancée à la figure dans ma langue maternelle — et paternelle du reste — je l’aurais mieux encaissée. Mais en arabe académique, mon Dieu ! J’ai tout de suite eu l’impression d’être très pauvre, et j’entendais presque les percepteurs toquant à ma porte pour les premières saisies. Plus d’argent pour la sécu, plus d’argent pour les retraites, c’est encore jouable en derja. Même si t’zaggat, tu peux encore t’navigui. Mais en arabe de licoule, c’est foutu. C’est la guerre civile, des morts qui agonisent à chaque coin de rue en lâchant, en guise de dernières paroles, des vers d’El-Mutanabbi. Bon Dieu ! J’ai toujours rêvé de clamser en chantant du Hasni pur jus. Et là, on me dit tout bonnement, en arabe barreaudé, que mon rêve ne se réalisera jamais, et que mes enfants ne se pencheront même pas sur mes lèvres tremblotantes pour essayer d’y déchiffrer mon dernier souffle. Et encore ! Là, je n’évoque que le scénario «soft» celui d’une mort rapide, qui me libérerait de toutes ces souffrances. Je n’ose imaginer que je survive au trou de la sécu, et que, vieux, ratatiné, complètement rabougri, j’aille au début de chaque mois à la poste de mon village pour m’inquiéter du versement ou pas de la pension. Avec en face de moi, de l’autre côté du guichet, la même préposée qui me répondrait en arabe blindé «Allah inoub !» Moi, je deviens tout de suite, là, maintenant, sur-le-champ adepte acharné de l’euthanasie, du droit au départ volontaire. Le suicide comme clé à la faillite de la sécurité sociale ! Là, voilà la solution. Me mettre dans le trou, avant de voir s’ouvrir encore plus grand, l’autre trou, celui de la sécu. J’étais presque heureux d’avoir trouvé cette issue radicale lorsque s’est immiscée dans ma tête cette autre angoisse, elle-même enduite d’une couche épaisse de terreur non feinte : et s’ils gravaient ma pierre tombale d’un couplet de Hasni traduit de la derja à l’arabe classique ? Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

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