Jeudi 27 août 2015
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Chronique du jour : CE MONDE QUI BOUGE
Et si l’état islamique devenait respectable ?


Hassan Zerrouky.
Evoquée par le très sérieux magazine américain bimestriel Foreign policy (cité par le Courrier international de juin dernier), l’hypothèse que l’Etat islamique puisse un jour être reconnu paraît incroyable. «L’heure est venue d’envisager une possibilité dérangeante : que faire en cas de victoire de l’organisation Etat islamique (EI)», se demande Stephen Walt, auteur de l’article «Le jour où le califat deviendra respectable» et professeur en relations internationales à la Kennedy School of Government de Harvard ? Lequel a interrogé plusieurs spécialistes américains sur la question. «L’idée peut paraître ridicule, mais combien de fois la communauté internationale a-t-elle tenté d’ostraciser des mouvements révolutionnaires avant de les reconnaître à contrecœur après que ceux-ci eurent démontré leurs capacités à rester au pouvoir» poursuit-il. «Tous les Etats radicaux finissent par se “socialiser dans le système” (…) le nouvel Etat se conforme progressivement aux normes et pratiques dominantes dans le monde et le paria devient partenaire, surtout quand ses intérêts commencent à converger avec ceux d’autres Etats. Si l’Etat islamique survit et se renforce, c’est le scénario qui me paraît le plus probable» ajoute-t-il en guise d’argumentaire.
Le fait que Washington n’ait rien entrepris de sérieux comme il s’y était engagé, pour détruire l’EI, plaide en faveur de l’hypothèse émise par Stephen Walt qui explique que l’EI «a déjà commencé à créer des structures administratives étatiques : collecte de l’impôt, surveillance des frontières , constitution d’une force armée, etc. Certains de ses voisins acceptent déjà tacitement cette réalité en fermant les yeux sur les trafics qui lui permettent de fonctionner. Si cela devait perdurer, combien de temps faudrait-il encore avant que d’autres pays reconnaissent l’Etat islamique comme gouvernement légitime», s’interroge-t-il.
Un an et plus après sa création et son établissement sur un territoire à cheval sur l’Irak et la Syrie, l’EI a gagné du terrain. Après avoir conquis Ramadi en Irak, il s’est emparé de Palmyre, deux villes situées de part et d’autre de la frontière syro-irakienne et distantes de plusieurs centaines de kilomètres de Mossoul, le fief d’El-Baghdadi. Les djihadistes de l’EI ont ainsi parcouru des centaines de kilomètres en terrain plat dans une zone où rien n’échappe aux satellites américains qui la scrutent de manière continue ! Washington, qui pouvait arrêter les colonnes djihadistes se rendant à Palmyre, a laissé faire, parce qu’à ses yeux tout ce qui affaiblit le régime de Bachar et concourt à sa prochaine chute, importe plus. Son allié Ankara, pour qui les Kurdes sont la cible prioritaire, est sur la même longueur d’ondes : la presse turque ne cesse de dénoncer la clémence dont jouissent les djihadistes qui ont transformé le sud de la Turquie en base arrière ! Et ce, sans compter ces pays du Golfe qui font mine de bombarder les bases de l’EI mais dont la préoccupation majeure est d’en finir avec le régime de Bachar. Tout comme la France d’ailleurs qui ne cesse de faire les yeux doux à l’Arabie Saoudite. Tout près de l’Algérie, en Libye, on assiste au même scénario : l’EI, implanté à Syrte, commence à étendre ses tentacules vers d’autres régions, à Derna et même à Benghazi. Et menace la Tunisie.
Interrogé par Maghreb Emergent du 22 août, le politologue tunisien Riadh Sidaoui se demande comment les Etats-Unis qui «avaient carbonisé» l’armée de Saddam Hussein «en quelques semaines en 2003», tout en précisant qu’avec «cette même facilité et rapidité furent carbonisés les militaires libyens de Tripoli à Benghazi» ne «peuvent mettre fin à Daesh en quelques jours» ? Selon lui, dans le cas libyen, les puissances occidentales, qui ne souhaitent ni vainqueur ni vaincu, veulent imploser la Libye en trois micro-Etats indépendants : la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan (sud libyen).
Est-ce à dire que c’est la même vision qui prévaut pour le cas syro-irakien, voire pour toute la région du Moyen-Orient ? Sous l’administration de George Bush, les néoconservateurs américains avaient envisagé un scénario de dépeçage des pays arabes et la formation de nouveaux Etats ethnico-confessionnels homogènes, un scénario que l’administration Obama n’a nullement enterré.
D’ailleurs, on observera que les termes «unité de la Syrie ou de l’Irak» sont rarement évoqués par le discours politique de la Maison Blanche.
Tout cela est loin de l’Algérie, diront certains… pas sûr.
H. Z.

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