Jeudi 15 octobre 2015
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Chronique du jour : LES CHOSES DE LA VIE
Libérer la vérité et libérer les consciences


Par Maâmar Farah
[email protected]

Un demi-siècle après une guerre qui aura mis fin à 132 années de colonisation, cette paix véritable et tant recherchée entre l’Algérie et la France, qui calme les esprits et chasse la haine des cœurs, semble encore bien lointaine. Pourtant, chaque rencontre entre responsables des deux pays au plus haut niveau est perçue comme un acte de rupture avec les turpitudes de l’Histoire et un engagement solennel à tourner la page. Mais, juste après, les démons du passé ressurgissent et les lourds nuages reprennent leur place dans le ciel rarement dégagé des relations algéro-françaises. C’est que ces liens sont compliqués, complexes, car englués dans les boues du passé. Elles ont besoin de vérité pour être définitivement assainies. Sans cette vérité, plus forte que les histoires officielles et les certitudes «patriotiques» des uns et des autres, nous continuerons de tourner en rond.
Les choses sont pourtant claires. L'Algérie, pays agressé militairement à travers une conquête sauvage qui n'a rien à envier aux expéditions génocidaires des Européens en Amérique du Nord et du Sud, a été occupée durant 132 années. Son peuple a failli être décimé : il est prouvé que la France coloniale a empêché la croissance naturelle du peuple algérien (qui est passé de 7 millions à 10 millions en... un siècle et trente-deux années !) ; elle a utilisé les armes pour le massacrer, mais pas seulement. La politique d'accaparement des terres par la force, en vue de les offrir aux colons qui arrivaient en masse, a chassé les Algériens vers les piémonts où ils connaîtront la faim, la soif, le dénuement. Et même là, dans la pauvreté et la misère, accrochés à la nudité et à la désolation de terres incultes et hostiles, victimes d'épidémies mortelles et des excès de la nature, ils n'échapperont pas aux expéditions punitives des militaires qui les poursuivront jusqu'aux grottes où ils enfumeront hommes, femmes, enfants et vieillards (exemple du Dahra, entre autres).
Dans les relations algéro-françaises, on n'a pas fait l'essentiel du chemin. On se satisfait chaque fois de fausses certitudes et de vagues promesses. Emportés par l'émotion du moment, on bâtit des rêves insensés sans défricher le terrain menant vers une réconciliation authentique. L'Algérie indépendance attendra un geste de la France qui ne viendra jamais. Bien au contraire, quand ce n'est pas la guerre ouverte sous forme d'assassinats d'émigrés comme dans les années 1970, quand ce n'est pas la provocation, le racisme, les mesures discriminatoires et avilissantes, quand ce n'est pas le silence complice face aux menées du terrorisme islamiste (deux cents mille morts n'ont ému personne. Il a fallu l'épouvantable tragédie des Tours Jumelles pour que le monde se mobilise. Trois mille morts américains ont réveillé les consciences. J'ai calculé : une victime new-yorkaise du terrorisme islamiste vaut beaucoup plus que 60 victimes algériennes du même terrorisme !)
Alors que l'humanité avait condamné le colonialisme et mis à nu son caractère inhumain, injuste et autocratique, alors que la guerre de Libération avait fini par dévoiler son véritable visage et que la torture avait été prouvée et reconnue, la France continuait de parler d'événements d'Algérie, de nier massacres et supplices. Pire, une loi, votée par la droite, glorifiait ce colonialisme censé avoir introduit la «civilisation» et développé le pays. En fait, la vérité historique est tout autre. Voici ce que disent les acteurs français eux-mêmes de l'Algérie de 1830 :
- «Rien de comparable en Europe à la région de Blida» (colonel Saladin) ;
- «La Kabylie est superbe, un des pays les plus riches que j’aie jamais vus» (Saint-Arnaud).
- «Pays couvert d’arbres fruitiers de toutes espèces, jardins cultivés jusqu'à la mer, grande variété de légumes grâce à un système d’irrigation très bien entretenu par les Maures» (Gentry de Bussy).
Ce ne sont pas les témoignages des ultras du nationalisme algérien mais bel et bien la profession de foi des généraux de la colonisation. Les «bienfaits» supposés de la colonisation ne sont en fait qu'un saupoudrage économique qui obéissait à une logique toute simple : toutes les richesses du sol et du sous-sol algérien devaient participer à la prospérité et à la grandeur de la France. La colonie était au service de la Métropole. L'infrastructure ferroviaire et portuaire avait pour fonction d'assurer le transport des matières premières vers l'industrie française. Grâce au sol algérien, la France sauvera son vignoble et continuera de régner sur la production mondiale du vin. Et quand il fallait tester la bombe atomique ou envoyer des fusées dans l'espace, le Sahara algérien était tout indiqué. Pendant toute la durée de la colonisation, les indigènes ont constitué une main-d'œuvre corvéable et malléable à souhait. Les meilleurs d'entre nous étaient soit ouvriers agricoles honteusement exploités, femmes de ménage, fatmas servant ses maîtres français, ou portefaix pour tenir les couffins de ces dames. Ou encore cireurs et vendeurs de journaux à la criée pour les plus jeunes. Mais quand la France avait besoin de chair à canon, les autochtones devenaient subitement des Français «à part entière» !
Les «bienfaits» de la colonisation n'étaient visibles que par les possédants, ces colons qui se sont créé leur monde à eux : image d'Epinal et villages cartes postales. Nos aïeuls ont connu une autre France coloniale.
Ayons le courage d'ouvrir grandes les portes de l'Histoire afin de libérer la vérité, non pas pour entretenir la haine et perpétuer les incompréhensions, mais pour reconnaître nos erreurs et les assumer.
Libérer la vérité et libérer les consciences. En finir avec le racisme et la supériorité prétendue d'une race sur une autre ! En finir avec la diabolisation d'une religion ! En finir avec les mots blessants, les clichés, les ghettos! En finir avec les lois irresponsables qui alimentent les rancœurs et soufflent dans le vent, déjà puissant, de la xénophobie et du reniement des valeurs cardinales qui ont fait la France de Victor Hugo et d'Emile Zola ! Alors oui, si cela se réalise, nous aurions fait ce chemin qui manquait, nous aurions atteint la fin de l'ancien monde pour bâtir, ensemble, un autre monde, plus beau car plus fraternel, plus solidaire, plus égalitaire... A quand le début de cette autre ère, celle de la paix et de la fraternité retrouvées, pour isoler définitivement ces détraqués et tous ces politicards véreux qui clochardisent le grand héritage du gaullisme : à court d'arguments, les voilà qui convoquent la «nostalgérie» et rêvent de reconquérir notre pays.
M. Hollande étant probablement incapable de reconquérir le fauteuil de l’Elysée, avouons qu’il sera difficile de réaliser ces vœux avec le Catalan Valls ou le Hongrois Sarkozy, tous deux vendus au sionisme international.
Le pari sera encore plus difficile avec une Franco-Française aux antipodes des valeurs de la Révolution française : cette fille Le Pen qui n’a pas la franchise de son père mais qui en hérite le racisme le plus abject… Autant dire que les relations algéro-françaises seront appelées à entrer dans des zones de turbulence qui vont secouer non seulement nos émigrés ordinaires mais aussi et surtout ces pachas qui se croient tout permis, ici et là-bas !
M. F.

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