Chronique du jour : Tendances
Le repli


Youcef Merahi
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Louisa Hanoune n’en démord pas, elle jure de ne pas se taire face aux velléités d’un système qui opte, comme politique de défense, le repli sur soi. Elle continue, opiniâtre, pugnace, véhémente, à prôner la transition pour déboucher – enfin – sur la voie démocratique. Elle répond à Ouyahia qui, endossant différentes casquettes, décidément, il est au four et au moulin, tape sur tout ce qui bouge, opposants, journalistes et autres. Tous les observateurs de la scène nationale ressentent cette tentation de revenir vers un passé où la pensée unique a fait des dégâts incommensurables à notre pays ; le terrorisme en est la face hideuse. Alors, la patronne du PT réplique d’une manière cinglante ; elle ne laisse de côté aucun sujet ; il n’y a aucun tabou pour elle. La restructuration/déstructuration, c’est selon, du DRS n’arrange pas Louisa Hanoune qui voit, en cette action, un affaiblissement de l’Etat. Alors, ce DRS est-il le bouclier de l’Etat ou une police politique qui refuse de dire son nom ? En tout état de cause, Hanoune lève le poing, ne se laisse pas intimider et formule totalement son opposition, même si auparavant, elle avait donné du crédit (crédibilité ?) au pouvoir. Elle a peut-être pris le train en marche des opposants qui ont dénoncé la supercherie du «tout va bien, madame la marquise» algérien ; elle est arrivée à faire son mea-culpa et réendosse son manteau d’opposante au régime.
Sa voix est audible, quand le régime brandit le bâillon face aux voix discordantes des politiques, des journalistes et autres observateurs de la scène nationale qui, il faut le reconnaître, est difficilement lisible. Lequel régime, par la voix d’Ouyahia, nous somme de nous faire tout petits, de «tenir notre septième» (dites-le en darridja, il n’a pas d’équivalent en fousha) et de bâiller à l’unisson face à un repli vers la parole belliciste. Ainsi donc, Ferhat Mehenni veut «vendre l’Algérie aux juifs». Rien que ça ! Je n’arrive pas encore à assimiler cette énormité. Ainsi donc, «l’Ancien» veut vendre notre pays… Dieu du Ciel, je connais le parcours de cet artiste ; il a l’Algérie chevillée au corps. Et la Kabylie, il la ressent à chaque battement de cœur. Ouyahia a piqué une crise de nationalisme aiguë qui n’a plus cours de nos jours. Le mythe éculé de l’unicisme relève désormais du passé. Depuis la grande blessure d’Octobre, on est à même de parler de tout, y compris de l’autonomie de la Kabylie. Du reste, pourquoi seulement la Kabylie ? Et Oran. Et Constantine. Et Ghardaïa. Et Batna.
Le nationalisme débridé ne doit plus avoir cours. Il faut penser à la meilleure manière de gérer ce pays ; s’il faut passer par la régionalisation, il faut le faire. Du moins, y réfléchir ! Nul n’est plus jaloux qu’un autre de ce pays ! Ferhat Mehenni aurait dû être «personnalité nationale», puisque c’est le vocable usité et invité à la présidence pour l’écouter. Car l’anathème est facile, simpliste et réducteur. J’ai peur de ce qui nous attend, désormais. Il faut savoir raison garder et réunir, au lieu de diviser, par des propos qui dépassent l’entendement.
ça y est ! On va passer par l’endettement extérieur. C’est dans toute la presse. On va chercher les sous, très loin, en Chine. Oui, pourquoi pas ? Pour financer les grands travaux ? Est-ce que les cinq CHU sont dans la liste ? Ou allons-nous avec cet argent chinois re-goudronner l’autoroute Est-Ouest ? Il nous faut avoir une idée précise de ces grands travaux. Non, sérieux ! Puis, il est de combien cet endettement ? A quel taux ? Pour combien d’années ? J’ai ouï-dire qu’une commission mixte planche là-dessus. C’est bien ! Mais qu’il y ait une once d’information, pour qu’on puisse avoir une idée. Il faut dire que le pauvre dinar algérien vole au ras des pâquerettes. C’est le moins qu’on puisse dire ! L’Algérien, amoureux fou de l’euro, ah ! L’euro se vend (il ne faut pas utiliser le verbe «échanger») auprès des revendeurs de devises à 18. Avant-hier, à Tizi, il faisait 17,92. Hier, à Alger, on m’a répondu qu’à 18, le cambiste était preneur. Fièvre de l’or ? Non, devise-refuge, plutôt ! Un commerçant, espiègle sur les bords, prédit que bientôt, il y aura des billets de 300 (il faut lire 3 000 dinars). Tout est du domaine du possible !
La fameuse chkara revient dans les propos d’Ammar Saâdani, le chef du FLN. Faut-il que je précise que ce FLN ne fédère plus les Algériens, comme au temps de la Révolution. S’il en parle ouvertement à ses militants, c’est qu’elle existe, qu’elle a existé et qu’elle risque d’exister. Pour ne pas dire, elle existera ! Comme tous ceux du régime qui admettent la bureaucratie, la corruption, le népotisme. Etc. Comme si pour chasser les vieux démons, il fallait les évoquer : c’est l’effet que ça me fait quand j’entends ceux-là dénoncer ces pratiques qui ont démoli notre pays. Savez-vous que la chkara est de couleur noire ? Pourquoi, à votre avis ? Pour que personne ne sache ce qu’il y a dedans. Ça peut être de la salade, comme ça peut être des liasses de billets mal acquis. Ouais, Machiavel n’en a pas parlé dans son traité.
C’est une invention de chez nous, il faut lui faire confiance. D’ailleurs, le ministère de l’Environnement n’a pas encore réussi à éliminer cette maudite chkara de couleur noire ; il y a bien eu des tentatives. Peine perdue, le contenu est tellement tentant que le noir lui sied à merveille. Alors, monsieur Saâdani, si vous arrivez – comme vous le dites – à éliminer la tentation de la chkara, moi, je me remets à faire mes emplettes dans un «filet». Qui s’en rappelle ?
Notre ministre de la Communication, en mission à Paris, a été fouillé à corps.
Yakhi d’ssara ! Se plaindre, c’est bien ! Convoquer l’ambassadeur français, c’est re-bien ! Moi, je vote pour que le prochain ministre français qui débarque chez nous, qu’on le fouille. Qu’on le farfouille.
Qu’on le tripatouille. Ça leur apprendra à toucher à un tif de notre ministre. Zut alors, et le nif diplomatique n’taâna ! Mais je sais Hamid Grine, philosophe à un haut point, et qu’il prenne ça pour un accident de parcours.
On s’est tous fait palper dans un aéroport français. Moi, Marseille m’a laissé de mauvais souvenirs. Dommage que je ne sois pas ministre, on l’aurait su par les journaux de l’époque.
Y. M.



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