Dimanche 25 octobre 2015
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Culture : Coupes budgétaires dans le secteur culturel
2016, l’année de la gueule de bois !


L’évolution du budget du ministère de la Culture en dix ans (2006-2016) a littéralement connu des hauts et des bas, mais l’avant-projet de loi de finances 2016 marque, sans conteste, une chute inédite : un effondrement de 63% par rapport à 2015.
De 58,9 millions de dollars en 2006 à 167,69 millions en 2016, cela peut paraitre comme une hausse considérable du budget de la culture. Il n’en est rien en fait : les chiffres relevés sur les différentes lois de finances depuis plus de dix ans démontrent que si le secteur a été choyé par le régime en place pour d’évidents objectifs de propagande, il fait l’objet aujourd’hui d’une spectaculaire coupe budgétaire selon l’avant-projet de la LFC 2016, qui sera votée incessamment à l’APN et applicable à partir du 1er janvier prochain. Estimé à 436,7 millions de dollars en 2015, il risque de dégringoler à 167,69 millions cette année, autrement dit une chute historique de 63%.
Il s’agit donc bel et bien de mesures d’austérité, un terme que le ministre de la Culture Azzedine Mihoubi a toujours refusé d’employer depuis sa nomination en mai dernier. Sur le graphique réalisé par le Dr Ammar Kessab, expert en management culturel et fondateur du groupe de travail sur une politique culturelle en Algérie, on peut nettement voir les nombreux soubresauts du budget de la culture et on remarquera aisément que les années où l’argent atteignait des sommets vertigineux étaient celles qui ont vu l’organisation des grandes manifestations étatiques : les fameuses «années de la culture…» et les commémorations des dates historiques. Ainsi, en 2007, à la faveur de «Alger, capitale de la culture arabe», le ministère de la Culture a reçu une enveloppe de 148 millions de dollars, soit un peu plus que le double de l’année précédente. En 2009, ce sera 360 millions à l’occasion du Festival panafricain puis, deux ans plus tard, 452 millions pour «Tlemcen, capitale de la culture islamique» et cent de plus en 2012 pour le cinquantenaire de l’indépendance.
Ensuite, une impressionnante culbute en 2014, avant que le compteur ne remonte à 436,7 millions de dollars en 2015 pour «Constantine, capitale de la culture arabe». Mais cette cavalcade endiablée des chiffres va sensiblement se calmer cette année : l’avant-projet de loi de finances 2016 prévoit seulement un budget de 167,69 millions, une coupe directement liée à la chute des prix du pétrole mais aussi à la grande «débauche» dépensière de «Constantine 2015». De plus, le Dr Ammar Kessab souligne dans son analyse que le budget alloué au secteur s’est vu multiplié par 8 entre 2003 et 2013 jusqu’à atteindre cette année-là le tiers du budget national d’un pays comme le Mali ou encore l’équivalent du budget de la culture du Portugal et de la Grèce réunis. L’expert estime par ailleurs que «l’intérêt porté par le régime à la culture trouve son explication, d’un côté, dans son obsession d’acquérir une légitimité politique internationale qui lui a toujours fait défaut, et d’un autre, dans le rapport qu’entretient ce même régime avec les élites progressistes réputées être très actives dans le secteur culturel et envers lesquelles il développe, depuis l’indépendance, un grand complexe et une animosité avérée, les considérant comme étant encore plus dangereuses pour sa survie que les forces islamistes obscurantistes, en ce sens où, par ses compétences techniques, cette élite progressiste peut aisément remplacer des responsables acquis à la cause du régime. C’est du moins ce que pense ce dernier».
Or, la manne pétrolière qui a de tout temps encouragé les dépenses faramineuses de l’Etat ne suit plus et la culture, prise en otage par le monopole étatique, va subir de plein fouet la méchante gueule de bois qui s’en suivra. Ammar Kessab établit un pronostic à deux facettes : «Les conséquences de la baisse du budget sur le ministère de la Culture seront catastrophiques : d’ores et déjà, le ministre a annoncé le gel d’une dizaine de projets de construction d’infrastructures culturelles, ainsi que la suppression de 130 festivals parmi les 200 existants. Dans un futur proche, il n’est pas écarté que des licenciements de personnels et des fermetures de structures culturelles soient opérés.» D’un autre côté, l’auteur n’est pas tout à fait pessimiste car «si la baisse drastique de 2016 sonne le glas d’une culture officielle exogène, elle ouvre aussi la porte aux espoirs portés par une société algérienne qui a longtemps souffert de ne pas pouvoir créer, diffuser et distribuer librement ses expressions culturelles et d’y avoir accès de manière à favoriser son propre développement».
C’est d’autant plus plausible que le ministre de la Culture évoque déjà les investissements privés dans le domaine culturel comme un moyen de sauver le secteur de la ruine. Or, cette ouverture ne peut se faire uniquement en direction du privé mais doit aussi inclure les acteurs indépendants et le mouvement associatif jusque-là bridés «par des textes législatifs ultra-restrictifs, voire liberticides». Enfin, cette même ouverture ne peut se réaliser si l’Etat s’acharne à maintenir sa politique d’hégémonie, de verrouillage et de contrôle obsessionnel.
Sarah Haidar

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