Lundi 26 octobre 2015
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Chronique du jour : Kiosque arabe
Circulez, il n'y a rien à voir !


Par Ahmed Halli
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Depuis quelques années, chaînes satellites et sites pornographiques ou alléchants s'ingénient à «arabiser» leurs messages, pour mieux attirer une clientèle supposée constituer un vivier pour l'avenir. Certains sites de rencontres, virtuelles ou réelles, recourent même à des astuces, du genre «beurettes» ou «asiatiques», avec des noms de villes idoines, propres à laisser croire que le bonheur est tout près. Ces fenêtres intempestives, devant lesquelles les pare-feux restent le plus souvent impuissants, vous assaillent désormais jusque sur des sites d'info qu'on ne peut soupçonner de complicité de racolage. Bref, l'industrie du porno à portée de clic, indubitablement née en Occident, est en train de se développer et de s'épanouir, jusque dans les sanctuaires réputés inviolables de l'Islam. En parlant de sanctuaire, le quotidien saoudien El-Watan nous en apprend des vertes et des pas mûres sur les pays arabes et musulmans, principaux fournisseurs de visiteurs. Il est connu que la très conservatrice Arabie Saoudite déploie de grands efforts pour empêcher ses citoyens d'accéder à des ersatz de plaisirs interdits. Ceci, bien entendu, au nom du principe de «faites ce que je vous dis, mais ne faites pas ce que je fais», que les contradicteurs du royaume résument par la formule lapidaire : «Ce qui nous est interdit leur est permis.»
Le quotidien rapporte que l'Arabie Saoudite occupe la 11e place dans le monde en matière de fréquentation de sites destinés à attiser ou à calmer les «fitnas» physiologiques qui s'emparent des croyants, aux heures de grande solitude. Or, selon El-Watan, le pays entretient une véritable armée d'électroniciens compétents qui sont voués au blocage des sites considérés comme pornographiques, au regard des critères locaux. Ces censeurs vigilants qui travaillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre parviennent statistiquement, toutes les trois minutes et demie, à verrouiller l'entrée d'un site indésirable, si l'expression est de mise. De ce point de vue, et en matière de censure, le royaume wahhabite, gardien autoritaire et vigilant des Lieux-Saints de l'Islam, occupe la première place. Mais alors se pose, pour le journal saoudien, la question de savoir non pas pourquoi l'Arabie Saoudite occupe la 11e place, mais quel serait son classement s'il n'y avait pas ces barrages ? Question encore plus délicate et pleine de lourds sous-entendus : ce sont dix pays musulmans qui figurent en tête de ce classement singulier, à savoir l'Iran, les Emirats, l'Égypte, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar, l'Arabie Saoudite, le Soudan, la Palestine et l'Indonésie.
«Où se situe la faille morale dans l'éducation, l'enseignement et les programmes, qui nous a conduits à figurer dans ce palmarès du scandale ? Quelle est cette éducation qui nous a menés à occuper ce rang, alors que toutes les données et toutes les conditions plaident pour le contraire ? s'interroge El-Watan. Ceci en dépit du fait que nous sommes les fidèles d'une religion moralisatrice, venue parachever l'œuvre de purification spirituelle et promouvoir en l'homme les idéaux les plus nobles. Il est donc permis de supposer que si nous ne disposions pas de cette armada de censeurs, nous serions aussi à la première place, mais en termes de fréquentation des sites. Et pour enfoncer le clou, sachez que le Saoudien clique sur près d'un million de liens par an, et qu'il a la surprise de tomber sur ce message “Site inaccessible”, à chaque tentative», conclut le quotidien saoudien. A noter que le journal s'est référé uniquement à des statistiques fournies par le Guide européen annuel de la fréquentation des sites pornos ou assimilés. Une autre étude réalisée cette année par la plateforme Similarweb, en partenariat avec le magazine en ligne américain TNW, donne d'autres indications. Ainsi, ce sont deux pays arabes, l'Irak et l'Égypte, qui sont en tête du «Top ten», le classement des dix pays plus gros consommateurs de «sites pour adultes», expression qui se substitue parfois à «Sites X» dans un souci de pudeur.
L'Irak est ainsi tête de liste mondiale avec plus de 10% du trafic généré directement sur les sites pornos, révèle cette étude. L'Égypte occupe la deuxième place mondiale avec 8% du trafic, alors que le Maroc, qui a une réputation surfaite là-dessus, n'est classé qu'au 13e rang avec près de 4,40%, la moyenne mondiale. Pour ce qui est du temps passé par les internautes arabes sur ces «pages interdites», on retrouve l'étonnant Koweït, dont les internautes restent rivés à l'écran torride durant 4 heures et 19 minutes. Les vertueux citoyens de la prude Arabie Saoudite passent un peu moins de temps devant les images diaboliques, avec 3 heures et 36 minutes, et ils sont talonnés par les concitoyens du cheikh qatari, Karadhaoui. Autre donnée qui peut paraître contradictoire, mais qui ne l'est pas, et pour cause, l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis et le Koweït sont les pays où les «sites pour adultes» sont les moins consultés. La faute en incombe essentiellement aux «Firewall» que ces pays opposent aux sites X, comme l'a fait remarquer El-Watan, au sujet du royaume wahhabite. Les sites interdits ont peu de place dans le trafic de ces quatre pays, mais ceux qui s'y connectent y passent beaucoup de temps, comme pour en profiter au maximum, avant le fatidique «circulez, il n'y a rien à voir !», note Similarweb.
Curieusement, il y a des internautes arabes qui quittent les sites pornos dès les premières pages, comme ceux de l'Égypte, du Qatar, de l’Arabie Saoudite et du Maroc, qui quittent dès l'ouverture. L'étude l'explique par la possibilité de clics accidentels sur ces liens, suivis d'un départ précipité à la vue des premières pages, mais il doit sans doute y avoir d'autres explications. Et puis, il n'est pas dit que ceux qui entrent par accident sur ces sites ne sont pas les mêmes qui y reviennent et qui s'y vautrent le plus longuement. Quant à savoir où en est l'Algérie dans tout ça, c'est simple : vous avez l'injonction «circulez, il n'y a rien à voir !» avant même de pouvoir cliquer sur un lien de votre choix.
A. H.

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