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Actualités : Enquête
MARCHÉ DE LA VOLAILLE EN ALGÉRIE
Le poids effarant des réseaux clandestins


Tant que le déficit de la production des protéines d’origine avicole subsistera en Algérie, le consommateur sera toujours l’otage de petits éleveurs dont la qualité avicole ne subit quasiment aucun contrôle.
Ce consommateur se demandera encore longtemps si la cuisse rôtie qu’il va déguster ou le poulet qu’il va acheter proviennent d’un animal vivant et abattu selon les normes hygiéniques ou d’un volatile déjà mort. Il ne sait pas non plus quand les œufs exposés à la vente ont été pondus. Même s’il n’est pas certain de la provenance du poulet qu’il va acheter, le consommateur algérien le payera dans les prochains mois, probablement, à 1 000 dinars le kilo. Pour les spécialistes du secteur, l’industrialisation de la filière de l’aviculture est une partie de la réponse à ces inquiétudes.
Paradoxe algérien. Selon les experts du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, notre pays a atteint un palier appréciable dans la maîtrise de la génétique en matière de volaille de la grande production – certains producteurs éleveurs sont remontés jusqu’aux grands parents — mais d’un autre côté la production du poulet, de la dinde et des œufs se fait toujours de manière archaïque. Et pour cause, les réseaux de l’informel ont la mainmise sur plus de 70% du système productif. Du coup se pose avec acuité le problème des risques sur la santé des consommateurs.

Dilemme : besoins, production et qualité
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise une consommation moyenne annuelle de 42 kg de protéines d’origine animale par personne, affirment les spécialistes. Qu’en est-il en Algérie ? Selon les estimations que nous a communiquée madame Izeboudjéne de la Direction du développement de la production avicole au ministère de l’Agriculture, l’Algérien consomme en moyenne 14 kg de viande rouge, 3 kg de poisson 12 kg de viande blanche (poulet, dinde et gibier) et 162 œufs. On est encore loin de la norme. Le déficit est important. De plus, si l’on se montre un peu plus regardant sur le détail de la répartition de cette consommation, on y décèlera sûrement des déséquilibres grandissants entre les franges sociales.
Ce déficit et déséquilibre appellent une question : doit-on fermer les yeux sur la qualité des produits avicoles pour remplir, à des prix bas, le panier de la ménagère ? La réponse se trouve au niveau des marchés algériens où le transport des poulets vivants, leur stockage, leur abattage et leur commercialisation n’obéissent à aucun critère hygiénique. Dans ce cas, on fait de la politique sociale au détriment de la santé du consommateur. Quelques statistiques sont révélatrices du décalage entre la nécessité de mettre des produits avicoles en quantité et, surtout en qualité et l’autre nécessité de placer la santé du consommateur au centre des inquiétudes. Il y a en Algérie, selon les indications du ministère de l’Agriculture, 985 producteurs de poussins. S’agissant des éleveurs de poulets de chair, ils sont 9 111 et 1 004 pour la dinde. 6 491 sont des éleveurs de poules pondeuses. Il est question de producteurs recensés, c’est-à-dire agréés, et qui répondent à un minimum de conditions sanitaires requises par la fonction. En réalité le nombre est beaucoup plus important. D’ailleurs au niveau du département de l’agriculture, on ne s’en cache pas. Comme on sait pertinemment que souvent les produits animaliers mis sur le marché ne sont pas issus d’un cheptel avicole en parfaite santé. Selon le département de l’agriculture, leurs statistiques indiquent que l’Algérie produit annuellement environ 460 000 tonnes de viande blanche et 6 milliards d’œufs. Ceci pour ce qui est déclaré. Or la quantité est beaucoup plus importante. Encore une autre fois, les responsables de l’agriculture ne se font aucune illusion sur les quantités réelles mises sur le marché sans que les structures de contrôle voient ce qui se passe. C’est toujours le consommateur qui prend le risque. Au niveau du ministère de l’Agriculture, des spécialistes ont consenti à nous indiquer quelques risques pouvant causer différentes infections bactériennes comme les zoonoses ou la salmonellose. Ce sont des bactéries qui causent des infections souvent assez graves. Elles peuvent provenir des produits avicoles. A ce propos, nous citerons un chiffre resté confidentiel ; il est question d’environ 10 000 cas d’intoxications qui surviennent chaque année dans les restaurants des universités du pays.
Quand on sait que ces restaurants sont de grands consommateurs de viande blanche pour éviter le gonflement du budget, on peut aisément imaginer le reste. Il y a également la mauvaise gestion de la santé des volatiles (surconsommation des antibiotiques) qui peuvent se répercuter sur l’individu. Mais selon les techniciens du ministère de l’Agriculture, le plus grand danger pour le consommateur peut être caché dans des produits alimentaires fabriqués par l’industrie de l’agroalimentaire et qui contiennent des œufs. Sur ce point, le danger est sournois et peut frapper sur le long terme.

Exigence de la traçabilité
La parade est-elle possible ? C’est la question que nous avons posée à des techniciens et producteurs. L’exigence de la traçabilité des produits avicoles est une première démarche disent-ils. «Ce qui obligera les producteurs à veiller sur la qualité de leurs produits.» Ce que nous confiait à ce propos Mohamed-Cherif Nahaoui, P-dg de la Sarl Viavi qui produit de manière industrielle des œufs à Corso dans la wilaya de Boumerdès et de la viande blanche à l’Arbaâ dans la wilaya de Blida, n’est pas du tout dénué de bon sens. «Pourquoi sur une bouteille d’eau minérale qui est sans danger pour la santé du consommateur on impose la date de production et celle de limite de conservation ? Pourquoi le citoyen qui achète un yaourt, regarde systématiquement ces dates mais pas quand il achète un poulet ou un œuf ?»
Notre interlocuteur ne craint pas les contraintes législatives en matière de qualité et de traçabilité. Mieux, il les revendique. «Nous souhaitons l’adaptation de la législation algérienne en matière de qualité et de traçabilité dans notre filière.» Dès lors la question qui se pose sera certainement formulée ainsi : les pouvoirs publics évitent-ils de se mettre à dos cette puissance économique tapie dans l’ombre des zones enclavées ? L’explication de l’absence de cette traçabilité se trouve certainement sur le fait que la production et la commercialisation dans le pays du poulet et des œufs proviennent à 80% du circuit informel.
Au cours de notre enquête, nous avons su, par ailleurs, que la majorité des commerçants et les grandes surfaces qui se targuent de la maîtrise de la qualité, refusent cette traçabilité quand elle existe. En clair, il est certain que ces commerçants et grandes surfaces continuent à écouler du poulet et des œufs alors que leur durée de vie est arrivée à échéance. Qui est, en outre, en mesure de garantir que les poulets et les œufs écoulés sur le marché national ne contiennent pas des médicaments et produits chimiques (sulfamides) interdits en Europe ? Ce qui est certain, c’est que la santé du citoyen est en jeu. La filière avicole devient dès lors une affaire sérieuse pour la laisser prospérer dans la clandestinité.

Intégration industrielle pour éviter des altérations sur la qualité et atténuer le coût de production
Les responsables et techniciens du ministère avec qui nous avons discuté sur ce dossier sont catégoriques, «il est impératif, disent-ils, d’industrialiser au moins 70% de la filière pour la stabiliser sur tous les plans et lui permettre de se développer harmonieusement».
L’industrie avicole fait son entrée en Algérie, mais reste encore hésitante. Etant généralement installée dans les zones rurales, la pénible période vécue par le pays l’a terriblement gênée l’empêchant de prendre son essor pour jouer son rôle de secteur d’approvisionnement de la population en protéines et d’agent actif dans le processus politique visant la sécurité alimentaire du pays. Elle commence en effet à s’implanter, à l’exemple de ce que nous avons vu un investisseur privé à Corso, laquelle entreprise a repris à son compte les critères industriels, économiques et techniques que ceux en cours en Europe — les équipements et la technologie y ont été importés — pour produire en grosse quantité et avec le respect de la qualité. Mais a priori l’aviculture ne jouit pas de la priorité des pouvoirs publics. Vouloir mettre des produits de qualité sur le marché afin de faire face à une demande en constante augmentation est une affaire de vision sur le long terme et d’investissement pour l’acquisition d’équipements modernes. Il y a en Algérie une poignée d’industriels qui ont cumulé assez d’expérience dans ce domaine pour lancer une filière productrice en quantité et en qualité. Ces paramètres de production nous les avons notés chez cette entreprise qui a installé un processus de production de la «basse-cour» jusqu’à l’étal du commerçant pour éviter des interventions externes pouvant corrompre la qualité de ses produits. En clair, elle est en voie de maîtriser tout un processus de production allant de l’aliment pour son cheptel jusqu’au recyclage des déjections des poules en passant par la production des poussins d’un jour, l’engraissage du poulet de chair, l’abattage (éviscérage/découpage) et la production, par centaines de millions d’œufs.
Au niveau de son complexe de Corso, qui emploie 170 personnes, l’entreprise en question, que nous avons longuement visitée, fait l’élevage de poules pondeuses pour une capacité de 500 000 œufs jour. L’unité en question est dotée d’équipements modernes. L’élevage des poules est entièrement automatisé. Leur alimentation, l’aération des poulaillers, la gestion de la lumière et les récoltes rejets sont informatisés. L’œuf est récolté, acheminé, sans aucune intervention humaine, vers un appareil qui le scanne – ceux en mauvais état sont détruits — et une fois calibré, trié et surtout daté avec une encre spéciale (date de la ponte), il est emballé et étiqueté pour l’intégrer dans la chaîne de froid. Tout cela s’accomplit en moins de 10 minutes. Pour renforcer sa maîtrise, cette entreprise a fait l’acquisition de matériel pour monter une unité de production de poules pondeuses et une seconde pour le recyclage des déjections des poules en engrais. Elle n’attend que l’attribution de terrains pour en faire l’installation. Concernant le poulet de chair, l’entreprise a fait l’acquisition d’une unité à Larbaâ appartenant à l’Orac.Réhabilitée et modernisée, cette unité qui emploie 120 personnes abat 24 000 poulets par jour. «Nous avons introduit des conditions d’hygiène draconiennes. Elle a été classée, par des institutions officielles, première au niveau national sur ce point», dira son patron. En fait seuls les grands producteurs dont les unités sont conçues aux normes internationales sont en mesure de garantir la qualité de leurs produits. Cette maîtrise influe également sur le coût de la production.

Le poulet bientôt à 1 000 dinars ?
D’ici le prochain mois de Ramadhan, le poulet frôlera probablement la cote des 1 000 dinars le kilogramme. Plusieurs raisons pousseront le prix vers le haut. Il y a d’abord des contraintes endogènes : le système de production est archaïque. Il n’obéit à aucune rationalité économique ; il est spéculatif. La majorité des éleveurs ne sont pas des professionnels et n’investissent pas dans le durable. Ils louent des terrains ou des hangars pour 2 ou 3 saisons pour installer leur cheptel. Une fois le bail échu ils cherchent un autre endroit, ce qui se reflète sur le coût de production, ou changent carrément de fonction. Comme ils ne disposent pas d’équipements, ils gaspillent l’alimentation. Selon les spécialistes du ministère de l’Agriculture, les éleveurs algériens utilisent environ 2,5 kg d’aliments pour produire 1 kilogramme de viande blanche. Or la norme internationale est ramenée à 1,8 kilogramme d’aliment pour un kilogramme de viande.
Le manque d’hygiène dans des enclos inadéquats et le manque de suivi par des agents qualifiés sont les causes d’une mortalité élevée alors qu’en Algérie la consommation des produits médicaux est supérieure par rapport à ce qui est exigé. S’agissant des contraintes exogènes qui agrandiront, il faut le craindre, le cercle des familles ne pouvant plus acheter de viande, vu la dépréciation du dinar. En effet la totalité des intrants qu’utilise la filière est importée. L’impact sur le prix du poulet est direct. A cela s’ajoutera la fluctuation des cours des marchés mondiaux des céréales et autres dérivés. Il faut s’attendre à ce que d’ici quelques semaines le prix du poulet commencera son ascension pour ne plus s’arrêter.
Abachi L.

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