Lundi 4 janvier 2016
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Chronique du jour : Kiosque arabe
Conte de Noël en différé


Par Ahmed Halli
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Il ne faut pas s'attendre à ce que les peuples frères, voisins ou amis célèbrent nos héros, alors que nous les oublions, les maltraitons même, quitte à les glorifier au seuil du tombeau. Mais, une fois n'est pas coutume, il faut admettre que les médias arabes et la presse écrite tout particulièrement ont su rendre justice à Aït-Ahmed. De notre côté, il faut relever le très bel hommage de l'écrivaine Ahlem Mostaghanemi qui a insisté sur l'immense popularité du disparu. «Est-ce que la mort sera demain le plus grand des référendums pour apprécier et comptabiliser l'amour du peuple ? Est-ce que le cercueil deviendra la seule urne pour le vote populaire qu'il sera impossible de bourrer ?», souligne-t-elle avant de saluer une dernière fois le digne fils du pays. De partout donc, il y a eu un concert de louanges unanime, jusque du côté du Savonarole national, Ali Benhadj, qui en a profité, comme à son habitude, pour régler quelques comptes. Il a juste oublié que l'illustre défunt mettait sur un même pied l'État policier et l'État théocratique que Benhadj ambitionne d'établir un jour. On peut s'en accommoder, mais entendre cette chargée des pompes funèbres télévisuelles donner du Da l'Hocine à Aït-Ahmed, sans désemparer, c'est quelque chose d'irréel, voire de loufoque, qu'il faut avoir vécu. On en verra sans doute d'autres, puisque le grand spécialiste des oraisons funèbres, Bossuet, nous a légué sans le savoir sans doute des «bossuettes» à l'avenir prometteur.
Dans la presse arabe, encore, j'ai retenu deux phrases extraites du même article publié par le magazine électronique Shaffaf et signé Khayrallah Kharayallah, un confrère libanais. Auteur d'un livre sur le Maroc de Mohammed VI et défenseur attitré des thèses du palais royal, notamment sur le Sahara occidental, ce journaliste n'est pas un exemple de bonne foi ni de probité intellectuelle. Mais de l'article laudateur qu'il consacre à Hocine Aït-Ahmed et à son itinéraire d'opposant irréductible, on peut retenir ces deux traits, l'un sur l'arabisation et l'autre sur la politique étrangère : «Les Algériens n'ont pas appris l'arabe, ils ont oublié le français.» «Le gouvernement algérien défend partout le droit à l'autodétermination, y compris là où il s'est réalisé (allusion évidente au Sahara occidental), mais il n'est pas question du droit à l'autodétermination du peuple algérien.» Ça ressemble à un petit règlement de comptes fraternel, mais c'est suffisamment vrai pour être crédible. Et comme nous parlions d'État théocratique, on appréciera aussi ce «conte» de Noël en différé, que nous propose notre consœur Dalaa Al-Mufti, Koweïtienne d'origine syrienne : «Abdallah, un homme ordinaire vivant dans un État appelé “République arabe chrétienne”, eut l'audace de présenter sa candidature au Parlement, en sa qualité de citoyen de cet État.»
«Ce fut le signal de la révolte populaire, et des gens manifestèrent pour exiger que sa candidature soit rejetée et qu'il soit sanctionné. Comment peut-on envisager qu'un musulman puisse prétendre à un mandat électoral dans une république chrétienne ?» Les hommes d'Église se réunirent et demandèrent au gouvernement de dissuader Abdallah, remettant en cause son patriotisme et aussi sa nationalité. «Ils expliquèrent, en long et en large, que le dénommé Abdallah n'était pas un homme ordinaire comme on le croyait. Il agissait ainsi pour déstabiliser l'Etat, et il appartenait au gouvernement de refuser la nationalité à tout non-chrétien, même s'il est né, a vécu, est décédé dans la république. Les choses n'en restèrent pas là puisque tous les religieux chrétiens entreprirent d'ameuter l'opinion, à travers les médias, contre Abdallah (et ceux qui étaient derrière lui). Ils exigèrent que soit mis un terme à la construction de mosquées sur le territoire de leur État, et que les appels des muezzins à la prière soient interdits. Selon eux, ces appels étaient un outrage à la religion officielle de l'État, sans compter qu'ils constituaient une source de nuisance pour les honnêtes citoyens. Les choses évoluèrent rapidement, le parti d'extrême droite présenta un projet de loi proscrivant toutes les pratiques religieuses musulmanes, sunnites ou chiites, que ce soit par le port du voile, de la barbe, ou la prière dans un lieu public.
Le parti demanda également que soient interdits les manifestations du mois de Ramadhan, l'Aïd al-Fitr et l'Aïd al-Adha, ainsi que le Mouloud. Lorsqu'un député modéré les interpella au sujet de ces revendications, les députés d'extrême droite répondirent : “qu'ils jeûnent et fêtent à l'intérieur de leurs maisons. Nous sommes un État chrétien, nous sommes fiers de notre religion, et nous ne tolérons pas des manifestations autres que chrétiennes dans notre pays.
S'ils ne sont pas contents, qu'ils s'en aillent, et qu'ils célèbrent leurs fêtes hors de nos frontières !”». Le député modéré ne s'en laissa pas conter : «Mais ils sont dans leur pays aussi, ils sont citoyens avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que nous. Voilà que nos voisins de la “République arabe islamique” viennent d'adopter les fêtes de la nativité, et nous voyons des arbres de Noël, et la pratique de vœux, partout dans ce pays». Ce à quoi le député d'extrême droite répondit avec arrogance : «Normal, c'est ce qui doit être fait, puisque notre religion est la vraie religion, et nous ne pouvons pas faire comme eux.» Réplique de l'élu modéré, énervé : «Nous ne parlons pas des religions, mais d'existence, et de participation sociale de citoyens d'un même pays.
Même si nous ne sommes pas frères en religion, nous sommes assurément frères dans notre État et dans l'humanité. Et en agissant ainsi, vous n'incitez pas seulement les musulmans à vous fuir, même les chrétiens modérés comme nous vont se chercher un autre pays plus humain et moins égoïste.» Il n'y a aucun bien à attendre de vous !» Maintenant, vous pouvez lire cet article en inversant les rôles, nous invite Dalaa Al-Mufti. Un conseil inutile à ce stade.
A. H.

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