Jeudi 24 mars 2016
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Périscoop
Régions
Sports
Femme magazine
Culture
Monde
Contribution
Les choses de la vie  
Ce monde qui bouge  
Soit dit en passant  
Digoutage
Reportage
Faits divers
Pousse avec eux
Edition du jour
 
Nos archives en HTML


Contribution : Hommage au professeur Larbi Mekhalfa

Par Pr Rachid Hanifi(*)
J’ai appris, par la presse du jeudi 3 mars 2016, la triste disparition du Pr Larbi Mekhalfa, pionnier de la médecine du sport et des sciences du sport en Algérie. Sa mort et son enterrement, dans la discrétion, voire même dans l’anonymat, nous ont quelque peu frustrés, car nous aurions souhaité lui rendre un dernier hommage, en l’accompagnant à sa dernière demeure.
Le retrait dans sa cité natale de Chelghoum Laïd, depuis presque vingt années, a contribué à faire oublier, notamment chez les jeunes universitaires du domaine sportif, le rôle déterminant joué par ce grand homme pour l’édification des établissements des sciences du sport en Algérie. C’est à ce titre que j’aimerais rappeler quelques-unes des œuvres du Pr Mekhalfa, afin que la mémoire de l’ingratitude ne se substitue pas à celle de la reconnaissance légitime.
M. Larbi Mekhalfa, passionné du sport en général et du football, en particulier, a su faire la jonction entre ses études de médecine et la pratique du sport roi, qui lui ont valu d’être sélectionné en équipe de France universitaire. Ce brillant technicien a également joué dans l’équipe du FC Sion en Suisse où il poursuivait ses études. Sa prise de conscience nationaliste l’a poussé, aux côtés d’autres camarades universitaires, tels que feu Abdelkader Zaibek, à constituer une équipe de football universitaire, pour propager le message de lutte révolutionnaire, qui allait par la suite être repris de façon plus éclatante par l’équipe FLN. Dès les premières années de l’indépendance, le Dr Mekhalfa, voulant mettre son savoir médical et son expérience sportive au service des athlètes algériens, s’est engagé dans la dynamique de construction de la médecine du sport et du Centre national de médecine du sport, avec d’autres confrères tout aussi passionnés, tels que les Pr Merad Boudia, Benkhellil, Hamani, Dr Ouchefoun, Dr Melbouci, qui seront rejoints ultérieurement par les Dr Radaoui et Dekkar, avec lesquels le Dr Mekhalfa allait préparer le dossier de la spécialité médecine du sport. C’est ainsi que le Centre national de médecine du sport, premier du genre en Afrique, a été officiellement créé en octobre 1971, alors que le premier centre spécialisé en France a ouvert ses portes, à Lyon en 1974.
Notre pays était bien en avance, dans le domaine de la médecine du sport, grâce à l’engagement passionné du Dr Mekhalfa. Parallèlement à la promotion de cette spécialité médicale, Larbi Mekhalfa se lança un autre défi, celui de créer un établissement universitaire des sciences du sport, dans le but de former des encadreurs du sport de haut niveau (entraîneurs, dirigeants), pour permettre à notre sport de se hisser au niveau des normes mondiales. Dans ce cadre, Mekhalfa a érigé, vers la fin des années 1970, un établissement universitaire des sciences du sport qui allait devenir l’ISTS (Institut des sciences et de la technologie du sport) dont il sera le premier directeur général, poste qu’il occupait également au niveau du CNMS. L’ambition algérienne d’organiser des tournois internationaux (Jeux méditerranéens 1975, Jeux africains 1978) a poussé le Pr Mekhalfa à lancer le projet de construction d’une clinique médico-sportive, en mesure de répondre aux besoins d’événements internationaux.
Cette nouvelle structure, qui avait accusé quelques retards, a ouvert ses portes début 80, pour constituer, avec l’ISTS, le pôle universitaire du sport. La clinique qui a récupéré l’intitulé de Centre national de médecine du sport, a commencé, grâce au dynamisme de son concepteur et des dirigeants politiques du secteur, à rayonner sur le continent africain, à travers des conventions, avec un certain nombre de pays, dont les athlètes devaient être pris en charge médicalement à Alger.
Le CNMS était programmé pour jouer le rôle assumé aujourd’hui par Aspetar de Doha, lequel profite actuellement du savoir-faire de spécialistes formés en Algérie. Dans la lancée de la promotion de la nouvelle spécialité médicale, le Pr Mekhalfa prit l’initiative de créer l’Union africaine de médecine du sport (UAMS) dont le siège était à Alger, et dont il fut le premier secrétaire général. Cette association continentale continue d’œuvrer, avec son siège au Caire, l’Algérie n’étant malheureusement plus représentée, en dépit des nombreux rappels de son président ivoirien, le Professeur Constant Roux. J’ai eu personnellement le privilège de siéger au bureau de l’UAMS, durant quelques années, grâce au soutien du Pr Yahia Guidoum, ministre de la Jeunesse et des Sports, qui avait pris la décision de prendre en charge les arriérés de cotisations de l’Algérie. Malheureusement, j’ai été dans l’obligation de me retirer, pour défaut de paiement régulier des frais de représentation, par le secteur concerné.
Le professeur Larbi Mekhalfa a également activé au sein de la Fédération algérienne de football, d’abord en qualité de médecin de l’équipe nationale, au début des années 1970, puis au niveau du bureau exécutif, dont il fut vice-président, avec le défunt Salah Djebaili. C’est durant cette période, puis avec les défunts Hadj Kara Turqui et Omar Kezzal, que notre sport roi a connu son apogée, avec les participations aux tournois mondiaux juniors de Tokyo (1979) puis séniors d’Espagne (1982). Je garde de cette période un immense souvenir, car j’avais eu le privilège d’accompagner ces équipes dans leurs préparations, en qualité de médecin, ce qui m’avait permis d’apprécier le dévouement des dirigeants de l’époque et l’engagement désintéressé des joueurs internationaux évoluant au niveau du championnat national ou étranger.
Le professeur Mekhalfa était un homme passionné par son travail, difficile de caractère et dur dans les relations professionnelles, comme sur les terrains de football d’ailleurs où j’avais eu quelques occasions de l’affronter, lors de matchs «amicaux». Cependant, j’ai eu l’opportunité d’apprécier la profondeur d’une bonté que cachait la dure carapace de ce grand Monsieur. En effet, alors que j’avais, à la fin de l’année 1981, pris la décision de démissionner du CNMS, pour désaccord avec son directeur général (Pr Mekhalfa) suite à un conflit de prérogatives avec le médecin russe imposé par l’entraîneur Rogov, j’ai eu la surprise de recevoir un appel téléphonique du même Pr Mekhalfa, deux années plus tard, pour me demander de reprendre du service au CNMS, afin de développer la médecine du sport, en tant que spécialité pleinement reconnue, grâce à son acharnement et à l’intelligente compréhension du ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque, le professeur Abdelhak Bererhi.
Le geste humain du Pr Mekhalfa, qui ne m’en avait pas tenu rancune, m’a permis de compléter la formation que j’avais entamée avec un CES à Paris, pour avoir par la suite, l’honneur et le privilège de devenir le premier professeur de médecine du sport algérien et africain (la spécialité n’était pas pleinement reconnue au niveau continental). C’est à ce titre que j’ai tenu à lui rendre un premier hommage en décembre 2010, en qualité de président du Comité olympique algérien, à travers le premier symposium des sciences du sport organisé à El-Oued, en présence de plusieurs personnalités scientifiques nationales et étrangères, dont le président de la Société française de médecine du sport. Les grosses larmes qu’il avait versées ce jour, au moment de la remise de la distinction, au titre de père fondateur des sciences du sport, en Algérie, laissaient supposer une profonde frustration d’une carrière brusquement interrompue, alors qu’il avait toutes les qualités pour finir à la tête du secteur des sports. Malgré cela, nous pouvons dire que le professeur Larbi Mekhalfa a pleinement rempli sa mission à l’égard du sport, en lui laissant des institutions formatrices de qualité, qui auraient pu rayonner au niveau international, si les dirigeants politiques du secteur avaient poursuivi son œuvre. L’hommage amplement mérité que le ministre actuel de la Jeunesse et des Sports pourrait et devrait lui rendre, est de baptiser l’actuel CNMS, dont j’ai eu le privilège d’être le chef de projet désigné par le Pr Yahia Guidoum, au nom du professeur Larbi Mekhalfa. Ce ne serait que justice rendue à ce grand homme qui vient de nous quitter.
Reposez en paix, cher Maître, vous avez marqué votre passage dans ce monde, en laissant des œuvres importantes pour le sport algérien.
Pr R. H.

* Ex-chef de service de médecine du sport et rééducation à l’EHS Dr Maouche (ex-CNMS). Ex-président du Comité olympique algérien.

Nombre de lectures : 1

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site