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Culture : L’OMBRE DE MES CALAMITÉS DE MAHREZ BOUICH
La voix du poète obstiné


Enseignant de philosophie à l’université de Béjaïa et chercheur à l’université Sophia Antipolis (Nice, France), Mahrez Bouich est avant tout poète. La preuve, ce premier recueil publié aux éditions Tafat.
Une poésie de la flamboyance et de la déraison, celle qui avance sur des sentiers lumineux. La poésie comme inépuisable source d’amour, de passion, d’échange intime : «J’aimerais vivre de mourir / Que la poésie me consume / Et que les mots avalent ma salive / Je dirais toujours où est-tu ?» Recherche sans cesse renouvelée d’un tête-à-tête intime avec les mots, afin de ressusciter ces territoires du bonheur où «le rêve d’avoir des rêves» tient de l’essence poétique même. «J’écris pour ne pas mourir / Mourir de solitude / J’écris pour me sauver du désespoir / Car la poésie est mon seul espoir / J’écris pour me rappeler le sourire de l’enfant», compose -t-il sa vision intérieure d’un monde que la souffrance lyrique transforme en un habitat chaque jour réinventé. Oui, Mahrez Bouich habite sa poésie et la peuple de choses simples, de petits riens, de souvenirs conquis, d’étoiles observées sur le toit du ciel... Le sublime propre au poète, il le voit dans le miroir, au crépuscule : «L’heure est là, celle de la solitude / Celle où l’on se retrouve face à soi-même / Sans le courage de se mirer».
Le recueil comprend une soixantaine de poèmes où le jeune universitaire (Mahrez Bouich est né en 1981), inspiré de la sagesse des étoiles, nous rappelle «des nuits oubliées», des moments de «bonheur indicible» que seuls permettent l’exil intérieur et «la solitude des anges». Tout ce qu’un poète —et lui seul — peut voir. Sans oublier sa lignée : Omar Khayyâm, Mahmoud Darwich, Aragon... «Je rêve par le regard de Mahmoud Darwich !» titre-t-il par exemple. Dans l’autre poème intitulé «Un hommage à Omar Khayyâm», il écrit : «Alors vole comme un oiseau / Là où tu rencontreras Omar Khayyâm et ses rivaux / Rien ne vaut le pardon du ciel / Mon seul péché : c’est la beauté.»  Refaire le monde, c’est aussi conjurer «les prophéties du mensonge» par le poème qui chante. «Par ma poésie, je voudrais être libre / Je voudrais être ce que je suis / En défrichant le champ des mots / Mon peuple ne cesse de pleurer / De l’envie, d’ivresse et des espoirs vierges», rappelle celui qui dénonce l’amputation, la régression et les mirages.
Mahrez Bouich a naturellement l’Algérie au cœur et dans les tripes : «J’ai le visage de la fierté / J’ai le sourire de mon existence / Et l’enfance grandit en moi / Je tiens encore à mon souffle / Car si je mourais sans résistance / J’aurais honte de tes larmes ma mère !» De la bonne poésie qui parle de tout, à l’ombre de «calamités» qui ne sont autres que l’amour, la liberté, le verbe, l’être, la création, la vie et l’humain. Une poésie qui invente, surprend et enchante par «la folie des mots». Pour le lecteur, quel bonheur de faire un bout de chemin avec le compagnon des choses en devenir. «Je rêve / De faire de la terre un paradis / Celui qui crayonne tous nos rêves / Et puis, je ferme toutes les portes de l’enfer / Jusqu’à l’ombre de l’éternité», nous dit encore le poète. Mahrez Bouich est, à n’en pas douter, un poète obstiné.
Hocine Tamou

Mahrez Bouich, L’ombre de mes calamités, Tafat éditions 2015, 86 pages, 200 DA.

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