Jeudi 14 avril 2016
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Chronique du jour : CE MONDE QUI BOUGE
Pourquoi la Turquie renoue avec Israël ?


Par Hassane Zerrouky
La tension n’aura duré que quelques années avant que le conflit syrien ne rapproche la Turquie et Israël. «Israël a besoin d’un pays comme la Turquie», déclarait le 2 janvier dernier le chef de l’Etat turc Tayyip Erdogan. «Nous sommes prêts à coopérer avec Israël contre le terrorisme», déclarait-il le 2 mars dernier dans un message adressé à son homologue israélien, Reuven Rivlin, suite à l’attentat ayant fait plusieurs morts dont trois touristes israéliens, le 19 mars à Istanbul. Et depuis, au terme de plusieurs rencontres, les deux pays sont proches d’un accord de normalisation de leurs relations. Jeudi dernier, le ministère turc des Affaires étrangères faisait même état lors de ces discussions de «progrès» et de «rapprochement», indiquant avoir «convenu que l'accord serait finalisé au cours de la prochaine réunion qui sera convoquée très prochainement».
Depuis l'assaut meurtrier lancé le 31 mai 2010 par des commandos israéliens contre le Mavi Marmara, affrété par une ONG islamique proche de l’AKP (Parti de la justice et du développement) au pouvoir en Turquie, qui voulait briser le blocus imposé à Ghaza par Israël, les rapports entre les deux pays ont été gelés y compris l’accord de défense conclu en avril 1996 entre Ankara et Tel Aviv. Deux mois plus tard, à la demande du Congrès juif américain (AJC), Erdogan restituait le «prix du courage» que lui avait décerné cette organisation en 2004. La fin des noces entre la Turquie et Israël avait été alors bruyamment saluée par la mouvance islamiste en Palestine (Hamas), en Égypte, en Algérie, en Syrie et en Tunisie (Ghanouchi), mais aussi par des mouvements progressistes arabes et maghrébins.
L’accord de défense de 1996, qui avait valu au Premier ministre turc de l’époque, Messut Ilmaz, le «Prix international de l’Humanité» décerné par le Congrès juif américain (AJC) était (déjà) dirigé contre la Syrie et l’Iran puisqu’en cas de crise majeure, Israël était autorisé à utiliser les bases aériennes turques pour frapper le territoire syrien. Bien plus, c’est en application de cet accord que les services turcs et israéliens (le Mossad) avaient mené le 15 février 1999, une opération conjointe d’enlèvement du leader kurde Abdullah Öcalan au Kenya.
Certes, la Turquie pose trois conditions à une normalisation : des excuses publiques pour l'incident de 2010, des indemnisations financières pour les victimes et la levée du blocus imposé par Israël à Ghaza, contrôlé par le mouvement islamiste palestinien Hamas. Mais, concernant ce dernier point, maintenant qu’Israël est sur le point d’obtenir la réactivation de ses relations avec la Turquie, Benyamin Netanyahu a fait un geste qui ne lui a rien coûté : l’extension de la zone de pêche de 11 à 14 km – les accords d’Oslo définissaient une zone de 32 km — aux Palestiniens de Ghaza. Malgré cette concession de 3 km, les pêcheurs palestiniens sont rentrés bredouilles !
Ce rapprochement turco-israélien est dicté par les changements intervenus dans la région. A commencer par l’intervention russe en Syrie qui a de fait rebattu les cartes au Moyen-Orient et fait échouer la stratégie d’Erdogan visant la chute du régime de Bachar : ce dernier a repris l’initiative sur le terrain alors qu’il était au bord du désastre en septembre dernier. Erdogan a également échoué à contenir les prétentions des Kurdes syriens du PYD qui, en alliance avec des groupes syriens opposés aux djihadistes dans le cadre du Front démocratique syrien (FDS), avancent en direction de Raqqa, le fief de Daesh. Pire, voilà que le conflit syrien déborde en Turquie. Pas un jour ne passe sans attentats ou affrontements avec les Kurdes du PKK. Enfin, ajoutons que le retour en force de l’Iran sur la scène régionale n’est pas étranger à ce rapprochement auquel les Saoudiens et leurs alliés ne sont pas du tout hostiles. Bien au contraire, car pour tout ce beau monde (y compris Israël), l’Iran demeure le principal défi.
Quant au Hamas, toujours soutenu officiellement par Ankara, il risque de faire les frais de la lune de miel en cours entre la Turquie et Israël, avec l’aval de l’Arabie Saoudite pour qui les Frères musulmans qui disputent le monopole de l’Islam sunnite aux Salafo-wahhabites, sont à ranger dans le même sac que les Chiites.
H. Z.

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