Lundi 9 mai 2016
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Chronique du jour : Kiosque arabe
Aux pays de la matière première…


Par Ahmed Halli
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La France organise aujourd’hui à Paris une réunion des «pays soutiens à la Syrie», avec la Turquie, le Qatar, l'Arabie Saoudite, notamment, en plus du pays d'accueil. Il ne manque que Daesh et la «cosa» Nosra, avec mes excuses à la mafia italienne, pour dire de quel genre de soutien il est question. «Pays soutiens à la Syrie», ils ont de ces mots ! C'est le genre de soutien dont Siné dirait, s'il était encore de ce monde, qu'avec de tels amis, la Syrie n'a vraiment pas besoin d'ennemis. La France hollandaise a rêvé un temps de voyages en Syrie, sans espoir de retour, pour ses néo-islamistes, mais en oubliant de leur délivrer un billet en aller simple. Ils sont donc revenus, car ils ont pour la plupart crapahuté aux frontières, via la Turquie, qui leur a offert toutes les facilités pour se déplacer en large, et surtout pour revenir au point de départ. Le Qatar et l'Arabie Saoudite, parents indignes de groupes terroristes, s'il en est puisque toujours prêts à renier leurs rejetons, en cas de revers seront donc de la partie. Reste à savoir si ces deux pays vont revoir leur projet initial qui était de liquider Bachar Al-Assad, puis d'installer un califat de type omeyyade ou une monarchie sur le modèle arabe d'aujourd'hui. Or, les grandes puissances qui ont porté le nourrisson Daesh sur les fonts baptismaux veulent désormais jeter le bébé, sans trop perdre de l'eau du bain.
Bachar s'est révélé difficile à tuer, comme tout bon dictateur qui se respecte, et ses opposants armés n'ont plus rien de démocratique, puisque même leur porte-parole s'exprime en fatwas. Ce n'est pas rassurant quand on veut donner le change et faire croire que l'intégrisme religieux, érigé en programme politique, est en train de revoir sa copie, voire de se renier. Du coup, plus de «Printemps arabes», devenus arables tellement le champ a été labouré et retourné, pour être laissé sans semailles. Le thème reste néanmoins en vogue et toujours médiatisé, en dépit de l'effacement forcé, et/ou tactique, de ceux qui ont le plus profité de ces «printemps» : les islamistes. Comme la première étincelle est partie de Tunisie, il appartenait sans doute aux Tunisiens de tirer le bilan de ces révolutions avortées, en revenant sur leurs causes et sur leurs effets présents. Avec le souci évident de la forme, l'ancien ambassadeur de Tunisie à l'Unesco, Mezri Haddad, a animé samedi dernier à la Sorbonne, un colloque intitulé justement «Printemps arabe cinq ans après». Il s'agissait, comme le résument les organisateurs(*), d'évaluer «le bilan sécuritaire, économique et géopolitique» de ces évènements et de voir «comment faire face au terrorisme». On se garde encore une fois d'accoler l'épithète islamiste ou islamique au mot terrorisme.
Premier intervenant, l'ancien Premier ministre, Sid Ahmed Ghozali, s'est gardé de tomber dans ce travers qui consiste à ignorer le terreau fertile et à défenestrer symboliquement les terroristes de la maison Islam. Quand «le mal est en nous», a-t-il rappelé, en citant les dernières paroles de Boudiaf avant son assassinat, «on ne doit pas se défausser sur les autres», comme on le fait avec facilité. Sujet sur lequel reviendra un autre orateur, tunisien, en affirmant plus crument que «pour créer des monstres, il faut de la matière première», et Dieu sait si le monde arabe en dispose. Sid Ahmed Ghozali a évidemment pointé du doigt les réalités algériennes actuelles, conformes en tous points, aux inquiétudes exprimées jadis par un haut gradé de l'armée : «Le terrorisme est vaincu, mais l'intégrisme demeure.» Est-ce le temps (15mn) imparti aux intervenants, ou un souci de ménager l'Arabie Saoudite ? Toujours est-il que l'homme politique a pratiquement tout mis sur le dos de l'Iran, depuis sa mainmise sur l'Irak. Si l'Iran est effectivement prédisposé au terrorisme, par la nature de son régime, il n'est pas l'unique responsable, par contre, des dérèglements constants au sein du sunnisme. Il avait pourtant pris le sujet à bras-le-corps, d'entrée, en dénonçant la prise en otage de peuples arabes par le «triangle totalitaire».
Il a cité, dans cet ordre, «le totalitarisme du pouvoir, le totalitarisme religieux, et le totalitarisme impérial», d'où peut-être la suggestion de lire le nom de l'Arabie Saoudite en filigrane. Toutefois, nous y avons vu plus clair avec l'intervention de Mohamed Dahlan, l'ancien ministre de la Sécurité de l'Autorité palestinienne, qui a d'entrée marqué ses cibles, l'Iran, bien sûr, mais aussi les Frères musulmans. Il n'a pas encensé l'Arabie Saoudite qui a tourné le dos au mouvement d'Hassan Al-Bana, mais il a fait l'éloge des Émirats qui sont sur le même créneau. Les «printemps arabes» n'ont servi qu'à porter au pouvoir les Frères musulmans, ou des organisations affiliées, comme le Hamas à Ghaza, dont Mohamed Dahlan garde un cuisant souvenir. Il était donc logique qu'il en vienne à évoquer le danger que faisaient peser les Frères musulmans sur l'Europe, et plus particulièrement la France, maillée par quelque 350 organisations et filiales islamistes. Revenant sur ce dernier point, Bernard Godard, ancien haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, a remis en cause la réalité de ces chiffres. Il a affirmé que c'était l'U.O.I.F (Union des organisations islamiques de France), affiliée aux Frères musulmans, qui avait avancé le nombre de 350 association et sections pour sa propagande.
L'U.O.I.F contrôle en réalité une centaine d'organisations, «ce qui est déjà beaucoup», a noté Bernard Godard, en pensant sans doute, lui le spécialiste du renseignement, que c'était déjà une centaine de trop. Il a aussi observé qu'il existait désormais un espace islamiste francophone qui recouvre la Belgique, la France et le Québec, avant de confirmer «l'islamisation» de la cause palestinienne. C’est-à-dire, la prise en charge par les mosquées, et donc par la sphère religieuse, en France du soutien à la cause palestinienne, au détriment des organisations traditionnelles et laïques. Soulignons quand même que l'Arabie Saoudite n'est pas sortie tout à fait indemne de ce colloque, puisque deux orateurs au moins ont dénoncé son rôle. Le premier a été Sylvain Ndoutingaï, homme politique et ancien ministre centrafricain, qui a parlé de «terrorisme islamique», et désigné nommément le wahhabisme, et son influence néfaste en Centrafrique, et dans la région du Sahel. Il a affirmé que la plupart des mosquées de son pays étaient noyautées par le discours wahhabite, et que la milice «Seleca» était composée en grande partie de combattants étrangers au pays. Aussi catégorique, notre confrère Richard Labévière, ancien grand reporter à RFI, a annoncé que chaque fois qu'il avait remonté une filière de financement du terrorisme, il avait rencontré l'Arabie Saoudite et le Qatar. Nous y reviendrons, sur d'autres pages, fatalement.
A. H.

* Il s'agit du Centre international de géopolitique et de prospective analytique, créé et présidé justement par Mezri Haddad.

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